Go Out Magazine Menu

Publié par le 24.05.2018

C’est un plongeon dans le monde onirique de Yuka Oishi. Invitée par Gil Roman à créer une pièce pour le Béjart Ballet, la jeune chorégraphe japonaise a présenté Ku en avant-première lors d’un filage de la troupe qui se prépare pour six spectacles fin juin. La création envoûte. Suspendue sur le fil d’une musique dépaysante, elle met en exergue les danseurs comme autant de personnalités entières et fascinantes dans plusieurs tableaux inspirés de la culture japonaise. Insistant sur le mot «émotion» qui la guide en leitmotiv, Yuka Oishi propose une performance à la fois poétique et tribale qui draine une sensualité dingue et une animalité organique, sans jamais perdre sa dimension spirituelle. Rendez-vous du 22 juin au 28 juin au Palais de Beaulieu à Lausanne, où elle est programmée avec trois autres pièces de Julio Arozarena, Gil Roman et Maurice Béjart. Interview avec une artiste souriante, humble et passionnée.

Yuka Oishi ©BBL - Gregory Batardon Performance du Béjart Ballet Ku pour Go Out Magazine

Yuka Oishi ©BBL – Gregory Batardon

Que pourriez-vous raconter de Ku ?
J’ai grandi dans une famille bouddhiste et cette philosophie m’imprègne beaucoup dans ma vision comme dans mes expériences, avec une conscience très aigüe de l’équilibre. Ku est un terme tibétain abstrait. C’est une notion difficile à traduire par des mots, mais qui tend à exprimer l’indicible, le miracle de la vie qui se perpétue, les mystères de notre monde, comme la vie et la mort, ou encore le processus merveilleux de la croissance des plantes. Ku est un projet très personnel car je me suis beaucoup interrogée sur ce qui se passe en moi, en nous, et sur notre rôle dans ce monde. L’importance n’est pas que le mouvement soit beau, mais qu’il entre en résonance avec son contexte, sa temporalité.

Comment avez-vous rencontré Gil Roman ?
C’était en 2015. Je travaillais alors avec John Neumeier, directeur du Hamburg Ballett qui avait proposé que ma pièce Renku (créée en collaboration avec Orkan Dann) soit présentée lors d’un festival au Japon. C’est une pièce très courte ! Gil était dans le public, et lors du cocktail qui a suivi, il est venu me dire combien elle lui avait plu, mais nous n’avons pas évoqué des perspectives de collaboration. C’est seulement quelques années plus tard qu’il m’a invitée à Lausanne. Je suis très honorée.

La musique de Ku est très particulière, et articule l’enchaînement de tableaux aux atmosphères contrastées et très exotiques. Comment l’avez-vous choisie ?
La musique fait partie intégrante du processus de création. Je reste toujours ouverte à des découvertes opportunes, et dès qu’une musique me touche, je creuse plus avant, elle sert l’inspiration et se tisse au mouvement. Pour Ku par exemple, j’ai choisi plusieurs morceaux du compositeur allemand Stephan Micus. Sa musique utilise les instruments traditionnels asiatiques et offre un support très propice à mes idées.

Comment s’est passée votre collaboration avec les danseurs du Béjart Ballet ?
Si j’étais nerveuse au début, j’ai toujours essayé de rester au plus près de qui je suis dans la vie ordinaire. L’authenticité est une valeur essentielle pour moi. Je travaille toujours en abolissant l’idée de hiérarchie pour offrir un maximum de liberté. Je cultive plutôt l’idée de collaboration participative. J’ai moi-même beaucoup appris de ces échanges car ils ont apporté des éléments précieux à la création. Ce sont de fantastiques danseurs, et j’ai voulu faire ressortir leurs personnalités, laisser tomber les masques. Ils ont pu découvrir comment s’exprimer librement et sans faux-semblants, aussi avec l’autorisation de se tromper, de rater. Nous sommes humains, l’imperfection fait partie du jeu ! J’ai été très touchée par leur implication et le résultat de notre travail.

Béjart Ballet Lausanne
22-24 et 26-28 juin
Théâtre de Beaulieu
10, avenue des Bergières -1004 Lausanne
www.bejart.ch
Billetterie: ticketcorner.ch, Manor, La Poste, Coop City

Théâtre de Beaulieu