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Publié par le 19.05.2018

Le Musée d’ethnographie de Genève (MEG) a pour credo de faire voyager ses visiteurs, titiller leur curiosité envers le peu familier voire le parfaitement insoupçonné, ce en soulevant des pans de voile sur les productions et pratiques culturelles (artistiques, religieuses, sociales, etc.) bien souvent éloignées de celles que nous connaissons. Après nous avoir invité à suivre le fil du souffle chamanique en Amazonie en 2016 et à découvrir, l’année suivante, les arts aborigènes d’Australie au cours des aléas historiques traversés par les populations locales, le MEG – lauréat du prestigieux Prix du Musée européen 2017 – propose au public, dès le 18 mai, de mettre le cap sur le continent africain. Par cette nouvelle exposition temporaire intitulée Afrique. Les religions de l’extase, le MEG entend bien nous faire sillonner le continent de part en part, à l’exploration des bigarrées expressions de la ferveur, dont une partie des innombrables manifestations se révèle ici au gré d’un périple scénographique mêlant objets, photographies et installations vidéos; autant de médiums témoignant des multiples visages dont se pare la quête vers la lumière de l’invisible. Départ immédiat en direction des sentiers de la foi.

Le Musée d’ethnographie de Genève (MEG) a pour credo de faire voyager ses visiteurs, titiller leur curiosité envers le peu familier voire le parfaitement insoupçonné, ce en soulevant des pans de voile sur les productions et pratiques culturelles (artistiques, religieuses, sociales, etc.) bien souvent éloignées de celles que nous connaissons. Après nous avoir invité à suivre le fil du souffle chamanique en Amazonie en 2016 et à découvrir, l’année suivante, les arts aborigènes d’Australie au cours des aléas historiques traversés par les populations locales, le MEG – lauréat du prestigieux Prix du Musée européen 2017 – propose au public, dès le 18 mai, de mettre le cap sur le continent africain. Par cette nouvelle exposition temporaire intitulée Afrique. Les religions de l’extase, le MEG entend bien nous faire sillonner le continent de part en part, à l’exploration des bigarrées expressions de la ferveur, dont une partie des innombrables manifestations se révèle ici au gré d’un périple scénographique mêlant objets, photographies et installations vidéos ; autant de médiums témoignant des multiples visages dont se pare la quête vers la lumière de l’invisible. Départ immédiat en direction des sentiers de la foi.

Série Vues de l’esprit par Fabrice Monteiro (1972- ). Sénégal, 2014

Question de titre

Au premier abord, le titre choisi par le MEG pour sa nouvelle grande exposition temporaire interpelle, voire dérange. On pourrait craindre que l’Afrique y soit considérée comme un tout, et la connexion entre le continent, les « religions » – terme au fort potentiel fourre-tout – et la notion d’extase semble contenir les écueils d’interprétations hasardeuses. C’est évidemment sous-estimer la qualité du musée genevois! Comme l’explique Boris Wastiau, directeur de l’institution et commissaire de l’exposition Afrique. Les religions de l’extase, l’idée est justement d’abandonner les lieux communs tout en adoptant une démarche globale, sans prétentions d’exhaustivité mais avec pertinence, afin de permettre à un large public d’explorer un domaine culturel méconnu. Le choix de l’angle « extatique » invite à une lecture plus subjective et émotionnelle des phénomènes liés à la foi, posture d’où émerge également le recours important à la photographie et à la vidéo. En parallèle des 323 objets issus des collections du MEG, ce sont 199 photos – dont de superbes clichés de l’ethnologue Jacques Faublée (1912-2003) –, 29 portraits vidéo et 5 installations vidéos qui sont à admirer. Ces dernières sont conçues par l’artiste Theo Eshetu, dont les œuvres visuelles et sonores jouent avec les perceptions sensorielles, et rythment le déroulement de l’exposition, divisée en quatre sections que Go Out! vous propose de survoler brièvement avant de les admirer de tous vos sens.

Le Musée d’ethnographie de Genève (MEG) a pour credo de faire voyager ses visiteurs, titiller leur curiosité envers le peu familier voire le parfaitement insoupçonné, ce en soulevant des pans de voile sur les productions et pratiques culturelles (artistiques, religieuses, sociales, etc.) bien souvent éloignées de celles que nous connaissons. Après nous avoir invité à suivre le fil du souffle chamanique en Amazonie en 2016 et à découvrir, l’année suivante, les arts aborigènes d’Australie au cours des aléas historiques traversés par les populations locales, le MEG – lauréat du prestigieux Prix du Musée européen 2017 – propose au public, dès le 18 mai, de mettre le cap sur le continent africain. Par cette nouvelle exposition temporaire intitulée Afrique. Les religions de l’extase, le MEG entend bien nous faire sillonner le continent de part en part, à l’exploration des bigarrées expressions de la ferveur, dont une partie des innombrables manifestations se révèle ici au gré d’un périple scénographique mêlant objets, photographies et installations vidéos ; autant de médiums témoignant des multiples visages dont se pare la quête vers la lumière de l’invisible. Départ immédiat en direction des sentiers de la foi.

Série Vues de l’esprit par Fabrice Monteiro (1972- ). Sénégal, 2014

Les monothéismes

Les trois religions monothéistes – christianisme, islam et judaïsme – se sont implantées très tôt en Afrique. S’agissant du christianisme, il y est instauré entre le IIe et le Ve siècle par des Pères de l’Eglise d’origine berbère. Le monde chrétien a longtemps été gouverné par la Pentarchie formée par les cinq premières églises majeures, soit celles de Rome, Constantinople, Antioche, Jérusalem et, sur le continent africain, l’Eglise d’Alexandrie, en Egypte, où les mystiques ont promu une vision ascétique en quête d’extase religieuse. La chrétienté africaine revêt aujourd’hui de multiples aspects, parmi lesquels figure l’église orthodoxe éthiopienne et érythréenne, l’une des plus anciennes. Dotée d’une liturgie et d’une mystique propres, elle est à découvrir dans le cadre de l’exposition notamment via le travail du photographe italien Anthony Pappone, dont les clichés dévoilent les cultes pratiqués lors de la Pâque orthodoxe dans l’église de Saint-Georges de la ville sainte de Lalibela. Lieu de pèlerinage et monument impressionnant, la basilique fait partie d’un complexe d’églises taillées à même la montagne au cours du XIIIe siècle.

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Un pèlerin religieux célèbre le festival Hosanna (Dimanche des Rameaux) à Axoum au Nord de l'Ethiopie. (c) Anthony Pappone

La colonisation européenne et l’esclavagisme massif se mettent en place dès le XVe siècle, important en terres africaines les missionnaires, dont l’influence reste relative jusqu’au XIXe lorsque l’évangélisation devient prioritaire, laissant une empreinte indélébile sur un grand nombre de régions. Suite à des processus d’appropriation, notamment par le biais de mouvements prophétiques liés aux luttes pour l’indépendance, les Eglises locales s’émancipent et connaissent une vaste diversification après la décolonisation: catholiques et réformées à l’origine, beaucoup sont abandonnées au profit de cultes pentecôtistes, évangélistes ou baptistes, principalement. A découvrir au MEG, la série Train Church (1986) du photographe sud-africain Santu Mofokeng qui s’est intéressé aux wagons de train transformés en chapelles roulantes sur la ligne Soweto-Johannesburg, cadre d’un rituel quotidien aux vertus cathartiques pour les fidèles.

cliché du photographe Santu Mofokeng “Train Church.” Sur la ligne ferroviaire reliant Soweto à Johannesburg 1986 pour Go Out Magazine

“Train Church.” Sur la ligne ferroviaire reliant Soweto à Johannesburg 1986 (c) Santu Mofokeng

Largement moins présent que les autres religions monothéistes, le judaïsme a cependant marqué l’Afrique du Nord, entre autres dans l’artisanat. Des communautés juives s’y sont installées suite à divers aléas de l’histoire: invasions wisigothiques ou Reconquista notamment. Sans oublier les Juifs d’Ethiopie, déplacés en Israël à la fin du siècle dernier, rencontrant souvent de grandes difficultés liées au racisme sur place.

S’agissant de l’islam, celui-ci s’impose en Afrique du Nord dès ses origines, au VIIe siècle, par l’entremise de la conquête militaire, avant d’élargir son champ d’influence à l’est et à l’ouest du continent lors des siècles suivants, avant de s’essouffler face à la mainmise de l’Europe coloniale. Les mouvements d’indépendance s’accompagnent d’un regain de diverses traditions islamiques, en particulier sunnite coexistant, parfois au prix de fortes tensions, avec les confréries mystiques soufies pratiquant l’ascèse, la transe, la méditation, le chant, la danse ou encore la flagellation, autant de moyens d’accéder à l’extase religieuse. La diversité de l’islam africain se dévoile également par sa cohabitation, en Afrique subsaharienne surtout, avec des pratiques autochtones: cultes de possession, divination, exorcisme. Le MEG propose aux visiteurs de découvrir certains aspects de l’islam africain par le biais du regard du photographe Christian Lutz, qui a rencontré la communauté mouride genevoise. Cette confrérie maraboutique sénégalaise très influente est également capturée sur les clichés du belgo-béninois Fabrice Monteiro, qui mettent en exergue la dévotion des fidèles lors du pèlerinage en direction du tombeau des fondateurs à Touba.

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Photo de la série Eglise orthodoxe érythréenne par Christian Lutz (1973- ) Suisse, Le Grand-Saconnex. 2018 Reportage réalisé par Christian Lutz pour le MEG

La divination

Bien entendu, avant l’implantation des divers monothéismes l’Afrique comptait d’innombrables systèmes religieux, au sein desquels le culte des ancêtres s’exprimait entre autres par des pratiques divinatoires. Ou plutôt s’exprime, puisque la vivacité de ces pratiques perdure dans le temps malgré une certaine érosion. La divination joue plusieurs rôles-clés: elle permet de révéler l’influence d’esprits qui détiendraient un pouvoir sur les vies humaines, qu’il s’agisse de dieux ou d’ancêtres connectant différents univers visibles ou invisibles. Elle est réalisée par l’entremise de devins qui usent de techniques variées comme le recours à des oracles (paniers contenant des figurines, animaux, jeux, poisons, autopsies, lectures des entrailles, etc.) ou à des processus de possession et de transe.

Photo de la série réalisée en marge de Tropical Gift par Christian Lutz (1973- ) Le Musée d’ethnographie de Genève (MEG) a pour credo de faire voyager ses visiteurs, titiller leur curiosité envers le peu familier voire le parfaitement insoupçonné, ce en soulevant des pans de voile sur les productions et pratiques culturelles (artistiques, religieuses, sociales, etc.) bien souvent éloignées de celles que nous connaissons. Après nous avoir invité à suivre le fil du souffle chamanique en Amazonie en 2016 et à découvrir, l’année suivante, les arts aborigènes d’Australie au cours des aléas historiques traversés par les populations locales, le MEG – lauréat du prestigieux Prix du Musée européen 2017 – propose au public, dès le 18 mai, de mettre le cap sur le continent africain. Par cette nouvelle exposition temporaire intitulée Afrique. Les religions de l’extase, le MEG entend bien nous faire sillonner le continent de part en part, à l’exploration des bigarrées expressions de la ferveur, dont une partie des innombrables manifestations se révèle ici au gré d’un périple scénographique mêlant objets, photographies et installations vidéos ; autant de médiums témoignant des multiples visages dont se pare la quête vers la lumière de l’invisible. Départ immédiat en direction des sentiers de la foi.

Photo de la série réalisée en marge de Tropical Gift par Christian Lutz (1973- )

Les cultes aux ancêtres prennent une grande diversité de formes; plusieurs sont décrites dans le cadre de l’exposition du MEG, où cette thématique est notamment abordée sous l’angle des rites sacrificiels avec les travaux de Jonathan Watts, le photographe du musée depuis 1993. Il a ainsi immortalisé des cérémonies d’offrandes et sacrifices chez la communauté Bobo du Burkina Faso, qui pratique l’immolation de chèvres et poulets, sélectionnés selon leur sexe et apparence et le lien de ces caractéristiques avec la puissance surnaturelle des esprits invoqués. Le photographe s’est également rendu chez les Luvale de Zambie, où le culte des ancêtres et les sacrifices y relatifs ont perdu de leur vigueur mais auxquels la population fait toutefois de temps en temps recours afin de rétablir un équilibre entre le monde d’ici-bas et celui des esprits trépassés. Toujours sur le thème du sacrifice, une installation vidéo aux accents kaléidoscopiques de Theo Eshetu intitulée The Festival of Sacrifice met en évidence les liens entre la donne spirituelle d’un tel événement et la culture islamique.

La transe de possession

La transe, élément fondamental des cultes de possession, fait l’objet de nombreux fantasmes et simplifications qui masquent leur diversité et la richesse de ces puissants rituels: il n’y a pas que le vaudou! Une constante se détache cependant, celle de l’usage de chants et percussions au cours des rites qui mènent à la transe, impressionnant état d’une exaltation ultime où la conscience de l’individu s’altère pour faire place à la mainmise d’un esprit. Ces cultes possèdent souvent des vertus curatives (se libérer d’un esprit trop envahissant, favoriser la fertilité) ou de mise en relation avec des divinités, comme c’est le cas dans le vaudou.

Le Musée d’ethnographie de Genève (MEG) a pour credo de faire voyager ses visiteurs, titiller leur curiosité envers le peu familier voire le parfaitement insoupçonné, ce en soulevant des pans de voile sur les productions et pratiques culturelles (artistiques, religieuses, sociales, etc.) bien souvent éloignées de celles que nous connaissons. Après nous avoir invité à suivre le fil du souffle chamanique en Amazonie en 2016 et à découvrir, l’année suivante, les arts aborigènes d’Australie au cours des aléas historiques traversés par les populations locales, le MEG – lauréat du prestigieux Prix du Musée européen 2017 – propose au public, dès le 18 mai, de mettre le cap sur le continent africain. Par cette nouvelle exposition temporaire intitulée Afrique. Les religions de l’extase, le MEG entend bien nous faire sillonner le continent de part en part, à l’exploration des bigarrées expressions de la ferveur, dont une partie des innombrables manifestations se révèle ici au gré d’un périple scénographique mêlant objets, photographies et installations vidéos ; autant de médiums témoignant des multiples visages dont se pare la quête vers la lumière de l’invisible. Départ immédiat en direction des sentiers de la foi.

Onction de boue sacrée dans le Bassin Saint-Jacques par Jean-Pierre Grandjean (1950- ) – Haïti, Plaine du Nord, Bassin Saint-Jacques. 2003

Au sein de sa nouvelle exposition, le MEG présente les cultes de possession par plusieurs biais. En plus des nombreuses explications, y sont visibles des vidéos – Zar Possession de Theo Eshetu, réalisé au Caire et qui recrée l’expérience visuelle des adeptes mis en transe en musique par la réinterprétation du Zâr, culte d’origine éthiopienne –, des photographies – dont celles de Jonathan Watts sur le vaudou béninois ou la série de Jean-Pierre Grandjean consacrée aux adeptes du vodou à Haïti, où une foule de divinités africaines ont été importées –, mais aussi des objets en lien avec ces rituels.

2 / 11 - Masque Liberia, région côtière Wobe. Fin du XIXe- début du XXe siècle. Bois, peau, fer, textile, pigments. Acquis d'Edmond Morlet à Bruxelles en 1935. © MEG, J. Watts

Masque Liberia, région côtière Wobe. Fin du XIXe- début du XXe siècle. Bois, peau, fer, textile, pigments. Acquis d’Edmond Morlet à Bruxelles en 1935. © MEG, J. Watts

Les univers magico-religieux

Comme tout système composite, les univers spirituels africains ne peuvent se définir que par les parties évoquées ici; suivant une logique holistique, ils s’avèrent modeler la vie des individus bien plus intensément qu’à des occasions circonscrites. Ainsi, l’on recense des cycles initiatiques qui jalonnent les vies, des masques à forte signification, des systèmes pour contrer la sorcellerie ou encore la valeur symbolique liée à la naissance de jumeaux. Dans le cas de la gémellité, qui a partout et en tous temps suscité des interrogations, les diverses sociétés étudiées ont traditionnellement des points de vue très divergents: pour certaines d’entre elles, la naissance de jumeaux est abhorrée ou à l’opposé considérée comme une bénédiction.

Figure de reliquaire mbulu-ngulu Gabon, Haut Ogooué Kota Obamba. 19e siècle Bois, cuivre, laiton Don du docteur Georges Graz en 1929 MEG Inv. ETHAF 011925 Photo : © MEG, J. Watts

Figure de reliquaire mbulu-ngulu Gabon, Haut Ogooué Kota Obamba. 19e siècle Bois, cuivre, laiton Don du docteur Georges Graz en 1929 MEG Inv. ETHAF 011925 Photo : © MEG, J. Watts

Les masques constituent quant à eux une classe à part parmi les objets, portant souvent une dimension sacrée de par l’incarnation visible de l’esprit qu’ils représentent. Ils jouent parfois un rôle lors de rites initiatiques qui rythment les vécus, ou de rituels funéraires et agraires, et la puissance qu’ils dégagent est dans certaines situations à même de mettre dans un état de transe les non-initiés qui s’en approcheraient de trop près… voire bien pire. D’autres objets sont considérés comme recelant des caractéristiques magiques, par exemple ceux en lien avec la sorcellerie. Une foule d’accessoires permettraient donc de jeter des maléfices, mais évidemment aussi de s’en prémunir. Le MEG présente aussi des « objets-force » du XIXe siècle,  issus de la communauté Kongo, appelés minkisi (sing. nkisi).  Dotés de substances « magiques », ceux-ci sont réputés détenir des pouvoirs qui favorisent le succès, résolvent les conflits ou encore nuisent à autrui… A défaut de pouvoir vous transmettre des facultés surnaturelles rien qu’en admirant ces derniers, l’exposition présentée au MEG cette année risque bien, et pour le moins, de vous transporter en terres inconnues, qu’elles fassent partie de ce monde ou d’un autre…

Afrique. Les religions de l’extase
Du 18 mai 2018 au 6 janvier 2019
Vernissage public le 17 mai dès 18h
Musée d’ethnographie de Genève
65, boulevard Carl-Vogt – 1205 Genève

Musée d’Ethnographie de Genève | Boulevard Carl-Vogt, 65