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Publié par le 05.12.2017

Par François Graz

Avant la fin de l’été suit le périple de trois amis iraniens sur les routes de France, afin de convaincre l’un d’eux de rester malgré son envie de retourner en terres perses. On doit ce mini road-trip rondement mené à Maryam Goormaghtigh. La réalisatrice genevoise passée par l’Institut Supérieur des Arts (INSAS), avec neuf réalisations à son actif, nous a accordé un moment, afin de prolonger un peu plus le doux charme de l’été. 

Expliquez-nous la genèse d’Avant la fin de l’été, pourquoi et à quel moment avez-vous décidé de le réaliser? Tout commence à Paris il y a quatre ans quand j’ai rencontré mes trois protagonistes, à savoir Arash, Hossein et Ashkan. À l’époque, je prenais des cours de persan à l’INALCO. Un soir d’hiver, voulant échapper à la neige, je rentre dans un café et j’entends ces trois garçons qui discutent en perse. Intriguée, je décide de les aborder. De fil en aiguille, on a commencé à converser, on a été amené à se revoir, et ce sont devenus des amis. À partir de là, j’ai pris l’initiative de les filmer au quotidien pendant trois ans. Je pense que ce qui a déclenché mon envie de faire ce film, c’est lorsqu’Arash a émis le souhait de rentrer en Iran, car il ne s’était pas accommodé à la vie en France. C’est à mon sens un élément dramatique suffisamment fort pour organiser une histoire autour de leur amitié et d’un départ imminent. S’en s’ont suivies deux semaines et demi de tournage tout en voyageant sur les routes de France.

La force de votre film, c’est qu’il y a au final très peu de fiction, c’était une volonté de votre part de laisser place à l’improvisation?

Pour moi ce n’est pas vraiment une fiction justement, je n’ai écrit ni scénario ni dialogues. Le but n’était pas d’imposer un récit, j’ai d’avantage orienté mon long métrage sous la forme du documentaire. Ceci dit, certaines situations du film ont été organisées pour mieux capter leur potentiel. Par exemple la rencontre des trois garçons avec les deux musiciennes, c’est quelque chose que j’ai orchestré mais leurs réactions ne sont pas scénarisées. Dans la mesure où ce ne sont pas des acteurs, ce qui m’intéressait c’était de raconter leur histoire et capter leur façon d’être au quotidien.

La musique occupe une place importante dans le film, c’est presque un personnage à part entière, pourquoi cela vous tenait-il à cœur d’incorporer des chants perses ?

La musique fait partie intégrante de la vie et surtout de la culture de mes trois amis. C’est assez drôle car pendant le tournage j’avais presque l’impression d’être en Iran, ils écoutaient de la musique persane tous les jours. Au niveau du choix des morceaux, j’ai intégré des chants datant d’avant la révolution, pour leur coté rétro-nostalgique qu’affectionne tant le peuple d’Iran.

Quel a été le principal challenge lors du tournage ?

Le plus difficile, c’est de devoir gérer la logistique, lorsque l’on n’est pas suivi par une équipe technique c’est compliqué. Ceci dit, cela permet de travailler avec une plus grande liberté. Il y a énormément de prises ou j’ai allumé la caméra alors que les garçons étaient en «off», j’ai ainsi pu capter des moments intimistes, chose qui n’aurait pas été possible si le tournage avait été davantage professionnel.

L’une de vos premières œuvres, Bibeleskaes, faisait également la part belle au road movie, c’est une manière de raconter des histoires qui vous plaît ?

J’aime l’errance et la découverte de nouveaux horizons. Comme pour Bibeleskaes, j’avais envie de plonger les personnages dans la France rurale, c’est aussi une manière de sillonner divers coins d’un pays qui sont rarement montrés au cinéma, je trouve. Le road movie permet de rentrer dans l’intimité de chacun des protagonistes.

Quels sont vos futurs projets ?

Suite au tournage, Arash est reparti vivre en Iran, et pour l’avoir vu là-bas, c’est quelqu’un de très différent de tel qu’on peut le voir dans Avant la fin de l’été. Je me dis qu’il y a quelque chose à raconter, pourquoi pas suivre les aventures de mes trois amis en Iran cette fois-ci.

Avant la fin de l’été de Maryam Goormaghthig 

Avec Arash, Hossein et Ashkan