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Publié par le 23.12.2017

C’est un concert dans la plus pure tradition romantique, avec la perspective d’un voyage dans des contrées lointaines et d’un cœur mené aux rythmes d’émotions fortes, contradictoires, bouleversantes. Sous la baguette du chef britannique Jonathan Nott, l’Orchestre de Suisse Romande accompagnera d’abord Xavier Philips dans le concerto pour violoncelle de Dvořák en trois mouvements de dialogues entre un instrument soliste impétueux et un orchestre dense. Après l’entracte, les musiciens en découdront avec des avalanches de notes dans le réputé très virtuose poème symphonique Ein Heldenleben (Une vie de Héros) de Richard Strauss. Le public ressortira probablement échevelé mais heureux. Le 18 janvier à 20h, c’est tout le Victoria Hall qui sera embarqué dans l’épopée héroïque de ces deux œuvres magistrales.

Jeudi 26 janvier 2017. Orchestre de la Suisse Romande. Série Répertoire 6. Concert inaugural de Jonathan Nott. Victoria Hall. Jonathan Nott, direction.

Jonathan Nott lors de son concert inaugural au Victoria Hall (c) Enrique Pardo

Dvořák brise les cœurs en incorrigible romantique 

L’encre de cette partition est chargé de passion. Durant quarante minutes de lyrisme intense, le violoncelliste Xavier Philips tiendra le verbe haut à un orchestre touffu pour porter aux nues une musique aux couleurs des contrées slaves. Dans ce parcours émotionnel puissant, les interventions solistiques en mode impérieux donnent au violoncelle des rôles où il est tour à tour voix humaine chaleureuse, ruban de velours chatoyant ou encore bête sauvage et plaintive. Ecrit aux Etats Unis à la même période que la symphonie DNouveau Monde, le concerto rencontre  un succès immédiat. Si son dédicataire a insisté pour que le violoncelle soit plus exposé et virtuose encore, Dvořák a souhaité maintenir dans l’écriture cet équilibre qui donne à l’orchestre une part généreuse, au lieu de n’être qu’objet d’accompagnement.  

Dans le premier mouvement allegro, le décor est planté par l’orchestre avec l’exposition des deux thèmes contrastés. Le violoncelle entre beaucoup plus tard dans une tirade bouillonnante. S’ensuivent des échanges intenses où les contre-chants dynamisent un discours musical puissant qui tient l’auditeur en haleine jusqu’au deuxième mouvement. Celui-ci ferait entrer un athée amer en religion tant son atmosphère inspire la sérénité. Dvořák joue avec l’ombre et la lumière avec des lignes mélodiques empreintes de recueillement, des accents plaintifs et des passages dramatiques. Le chant du violoncelle résonne comme une confession touchante. Le dernier mouvement en forme rondo prend des tonalités militaires, avec des cuivres très présents.  Avec fougue, le soliste alterne entre aigus célestes et graves dont les vibrations mettent le poil à la verticale. Dans l’épilogue, les réminiscences du premier mouvement bouclent le récit dans une dernière envolée. A bien y réfléchir, elle pourrait sonner aux oreilles des néophytes comme la musique de la Guerre des étoiles 

Hallucinations sans champignons 

Ecrit à la même période que le concerto de Dvořák, Ein Heldenleben dépeint les aventures d’un héros ordinaire en une suite de tableaux: Le héros, les adversaires du héros; La compagne du héros; Certitude de la victoire; Le champ de bataille; Fanfares de guerre; Les œuvres de paix du héros; Retrait du héros et accomplissement. Pour la première fois dans sa carrière de compositeur, Richard Strauss ne se réfère pas à un support littéraire pour écrire son poème symphonique. À 34 ans, il s’inspire ici de sa propre vie pour donner corps au héros. La musique est si descriptive que l’imaginaire s’enflamme au gré des tableaux écrits comme les épisodes d’une saga. Surgissent des images aussi réelles que celles générées à la lecture d’une histoire.

Avec un talent de conteur, Richard Strauss compose une épopée où les violons enchantent ou pleurent, les cuivres grondent ou donnent une mesure solennelle, les bois pépient ou s’affolent. On entend presque des soupirs, des gémissements, des incantations lyriques. Le héros est incarné dans thème romantique plein d’entrain brodé tout au long de l’œuvre. Quant à l’auditeur, il se retrouve porté par l’aventure, les nerfs connectés à la trame biographique.  Lorsque Jonathan Nott s’exprime sur sa volonté de fédérer, il met en avant les constantes prises de risques et pertes de repères. Il explique que l’intranquillité est presque chez lui un manifeste. En musique, impossible de se reposer! Avec ce concert, le public sera servi. Qu’il attache sa ceinture! 

INFOS:
Concert série répertoire
18 janvier 2018 – 20h00
Tel: 022 807 00 00

BILLETTERIE

Victoria Hall | Rue du Général-Dufour 14