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Publié par le 10.04.2018

Jeudi 11 janvier 2018, une foule aussi compacte que magmatique prend d’assaut l’enceinte guindée du Victoria Hall. Au bord de l’implosion, le baromètre de la jauge évoquait l’apparition surprise de Martha Arguerich. Le melting-pot présageait un featuring avec un Ian Curtis ressuscité pour l’occasion. Il n’en est rien, l’explication réside dans une entité embryonnaire fondée 6 mois auparavant : Stradivarius Art & Sound. Fruit de la rencontre du célèbre instrument éponyme et du soliste, Fabrizio von Arx, celle-ci fait le pari de décloisonner au pied de biche la musique classique en conviant pour l’occasion les premiers danseurs du Béjart Ballet. Balayant les conventions, la première représentation détonne et concrétise d’un tour de bras l’ambition longtemps caressée par l’ensemble des Institutions locales. Pour en saisir la dynamique, il faut remonter au fondateur et mécène : Olivier Plan. Quadragénaire dont l’hyperactivité est saluée dans le milieu des affaires et de l’immobilier, il tire à travers ce concert un coup de semonce. Celui de l’avènement de sa fondation « Bridge Into Generations » (BIG) avec laquelle il compte se consacrer à impulser de nouvelles dynamiques au sein du tissu socio-économique et culturel local. Se déployant dans le domaine du social et de l’écologie, les visées de BIG sont à l’image de son acronyme et l’approche, antinomique au concept de philanthropie passive. Pour en saisir les tenants, on a rencontré celui qui ambitionne de restituer à sa manière « le double de ce que Genève lui a offert ». Portrait d’Olivier Plan.

Concert Fabrizio von Arx et Gábor Takács-Nagy au Victoria Hall (c) Marcio Toledo pour Go Out !

Concert de Fabrizio von Arx dirigé par Gábor Takács-Nagy au Victoria Hall (c) Marcio Toledo

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D’origine colombienne et genevois d’adoption, c’est à l’âge de 2 ans qu’Olivier Plan prend ses quartiers à Bernex au sein d’une famille de la classe moyenne. « On avait un jardin, une Peugeot et tout le calme qu’une banlieue pavillonnaire pouvait offrir ». Trop calme… A l’âge de 15 ans, il décide de s’assumer intégralement, hisse la bannière de son indépendance et quitte le cocon familial. Direction le centre-ville, on est alors en plein dans les années 80, les Tokow Boys enflammaient les nuits genevoises, les jeunes gens modernes* affluaient à Etat d’Urgence, le Debido inondait les rues de ses flots sonores. « Genève était en proie à une véritable effervescence, la scène artistique et culturelle explosait littéralement, j’ai alors suivi le mouvement » se remémore-t-il. Look new wave de rigueur, il co-fonde parallèlement à ses études et sa pléthore de petits jobs, Brain Juice, un groupe de hard rock cathartique. En 1989, place à la House, « j’étais en formation en commerce, opérais dans une agence de télévente et mixais au Rave O et dans une nuée de bars et de boîtes de nuit ».

Côté avenir, les perspectives s’effacent et se dessinent avec une ferveur épileptique, le court terme dictait sa norme et l’irrévérence des épopées frisaient quelquefois le borderline. « On songeait à la fois à vivre pleinement l’instant présent, changer le monde, devenir riche et s’engager chez Médecin sans Frontière tout en restant à Genève ». Un psychologue pouvant aider à démêler tout cela, le sien se révélera comme sa plus mémorable performance d’art absurde. « Son poignet était serti d’une énorme montre en or sur laquelle il tassait clope sur clope en répétant machinalement les mêmes questions, peu importe la réponse… C’était digne des Monty Python ». Le salut viendra d’un oncle : Winterthur recrutait. Engagé contre tout attente en 1997, il fête alors l’événement en se ruant chez un chocolatier pour en ressortir avec une sculpture représentant un agent d’assurance armée d’un costume-cravate et d’un attaché-case. Sa carrière prend son envol pour culminer, toujours en costume-cravate, au sommet de sa société immobilière Immologic et de sa holding Immosynergies.

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Olivier PLan (c) Pedro Neto

Olivier Plan (c) Pedro Neto

Immobilier, assurances, placement de personnel, restauration, intelligence artificielle… Loin de se cantonner seulement aux affaires, les aspirations d’Olivier Plan se positionnent à présent sur un nouveau challenge : changer le monde à l’échelle du canton. Côté artistique d’abord, avec la création de Stradivarius Art & Sound. « Il s’agissait au départ de soutenir la notoriété ascendante du soliste Fabrizio von Arx. J’ai donc fait l’acquisition d’un Stradivarius Madrileno tout en étant conscient que la fascination qu’il exerçait dépassait de loin le simple cercle de mélomanes. J’ai donc sauté sur l’occasion pour décloisonner la musique classique en misant, aux côtés de Fabrizio, sur la notoriété de l’instrument et, surtout, sur une programmation hybride ». Le Victoria Hall affichera salle comble, une saison entière se profile avec pour objectif d’offrir un tremplin aux solistes locaux. Parallèlement von Arx continuera de jouir de l’instrument durant 10 années reconductibles.

Côté social ensuite, avec la fondation BIG qui voit le jour en compagnie de Christophe Pidoux et Oscar Frisk (tous deux associés au bureau d’architectes Frisk de Marignac Pidoux) et Nabil Oulhaci de Favre & Guth le 31 janvier 2017. Sa finalité : répondre aux problèmes sociaux et écologiques en développant, en compagnie de structures existantes, des modèles aussi viables que durables. Les perspectives s’esquissent conjointement avec la Fondation Partage, banque alimentaire genevoise dont les denrées distribuées se chiffrent à plus de 960 tonnes. Lui emboîtant le pas, BIG s’investit dans un projet de permaculture avec le double objectif de réaliser un bond qualitatif et quantitatif dans la nourriture servie aux plus démunis tout en contribuant à généraliser les pratiques éco-responsables dans l’agriculture. « Nous étudions la possibilité de mettre à disposition 19 hectares que copossède pour la Fondation ». Une partie de ce qui y serait produit reviendrait alors directement à la banque alimentaire tandis que l’autre serait revendue à la population et aux restaurateurs pour autofinancer ce projet. Les chômeurs et autre personnes en difficulté pourraient alors directement venir la cultiver et se voir en échange, gratifiés par les produits de la terre. « Je ne serais probablement jamais arrivé là où je suis si je me trouvais autre part qu’à Genève. Cette ville offre la chance d’entreprendre et de percer peu importe son parcours, ses origines ou sa classe sociale. C’est à mon tour d’entreprendre cette fois pour lui restituer durablement ce que je lui dois »,
conclue-t-il.