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Publié par le 12.04.2018

Revenant planter son village dans le Parc des Bastions les 27 et 28 avril prochains, la 3ème Nuit Antique déploie à nouveau son cortège d’artisans, d’ateliers interactifs, d’artistes et d’autres curiosités tout droit sorties de l’Antiquité. Si ce petit festival a tout de suite connu un succès populaire, assurer son existence sur le long-terme et l’inscrire durablement dans l’agenda des manifestations genevoises relèvent du défi. Zoom sur cet événement historique. 

« Alors ici ce sera le pôle artisanal avec le forgeron, le potier et d’autres…Là-bas ce sera le coin restauration avec la buvette et les fameux sangliers. » Dans le Parc des Bastions qui commence à renaître, Marc Duret, le responsable de la communication de la Nuit Antique décrit son terrain de jeu. Avec sa barbe de légionnaire romain, peu de monde semblerait aussi prédestiné à l’organisation de cet événement. « Et ici ce sera plus le coin pédagogique et interactif… » Cet archéologue de 31 ans ne se départit que rarement de son air sérieux teinté d’une légère ironie. Pourtant il a de quoi être heureux en voyant ce que ce petit festival initié en 2015 est devenu. D’un événement d’une soirée occupant la Promenade Saint-Antoine pour sa première édition, il se déroule maintenant sur deux jours et a migré dans le Parc des Bastions, plus confortable.

Flyers de la Nuit Antique à Genève avril 2018

Le Village antique, car c’est son nom, a encore grandi d’un tiers par rapport à la dernière édition et on ne peut que s’en réjouir à la vue de la très riche programmation. De nombreux artisans viendront exposer leur savoir-faire à l’image du potier, véritable star du Village, qui avec son tour donne envie de mettre la main à l’argile mais aussi d’un atelier de fonte du bronze qui coulera en direct le métal en fusion et de beaucoup d’autres dont le tailleur de pierre qui permettra de se défouler en prenant le marteau et le burin. On pourra aussi trouver des stands plus interactifs pour s’immerger dans le monde antique avec un bac de fouilles archéologiques, des légionnaires qui nous feront essayer leur matériel ou encore, et c’est une nouveauté de cette édition, un salon de coiffure antique tenu par les étudiants du Centre de formation professionnelle technique (anciennement le CEPTA). Des conférences grand-public et des visites guidées en vieille-ville et aux Musées d’Art et d’Histoire donneront à l’événement un aspect plus formel.

organisateurs Nuit Antique Genève Marc Duret, Camille Aquilloz et Thimoty Pönitz

Portrait des organisateurs. De gauche à droite: Marc Duret, Camille Aquillon et Thimoty Pönitz

Le secret de la réussite de la Nuit antique tient dans le fait que le comité d’organisation est avant tout un groupe d’amis. Tous au début étaient étudiants au sein du Département des Sciences de l’Antiquité et ont la même envie de faire partager leur passion pour cette période. Ils ont même fondé l’association AvAnt Ge, l’Association pour la valorisation de l’Antiquité à Genève, qui pilote l’organisation de la Nuit Antique. Puis peu à peu l’Association s’est étoffée et les profils se sont diversifiés. Pour Timothy Pönitz, président de l’Association et par ailleurs doctorant en Archéologie classique, le but de cet événement est de rassembler autour d’une thématique qui intéresse le public et de faire connaître une période très riche et pourtant peu connue à Genève. Tous les profils et toutes les spécialités sont bienvenus tant qu’ils concernent l’Antiquité. Un jeu d’arcade en pixel art ou encore un Trivial Pursuit ont par exemple été spécialement conçus pour l’occasion. L’objectif est aussi de montrer que l’Antiquité est attrayante et qu’elle mérite d’être mise sur le devant de la scène.C’est aussi une question de survie car les Sciences de l’Antiquité n’ont pas franchement le vent en poupe à une époque où le retour sur investissement est roi. Pour le président, les Universitaires de tous grades ont la responsabilité de faire vivre leurs disciplines et de montrer au public quelles sont leurs contributions à la société sous peine de les voir disparaître. Cependant il y a un motif d’optimisme : 5 à 6000 personnes, dont beaucoup de jeunes, sont venues visiter la Nuit Antique lors de l’édition précédente dépassant toutes les attentes des organisateurs et démontrant un réel enthousiasme pour cette période. « Si ça peut faire naître une vocation chez seulement 1% des visiteurs, le pari est gagné » assure Timothy Pönitz en songeant à la relève.

Edition 2016 de Nuit Antique (c) Genva.ch

Edition 2016 de Nuit Antique (c) Genva.ch

Cette relève est d’ailleurs au centre des préoccupations avec la visite organisée de plusieurs classes et la reconstitution d’une salle de classe antique dans laquelle seront données plusieurs petites présentations sur différents thèmes de l’Antiquité. La relève c’est aussi un enjeu chez les organisateurs qui se sont engagés bénévolement jusqu’ici en plus de leurs activités principales. L’édition suivante en 2020 est déjà assurée et petit à petit de nouveaux membres intègrent le comité d’organisation permettant aux plus anciens de s’adonner à d’autres projets. De nouveaux participants quant à eux toquent toujours à la porte signifiant leur plaisir de se produire aux Bastions, ce qui semble de bon augure pour l’avenir.

Nuit Antique

Mais devant le succès populaire grandissant de la Nuit Antique, Camille Aquillon, responsable des bénévoles, un secteur clé de l’organisation, avoue que la manifestation a atteint sa taille critique : « Dans l’idéal, il faudrait réussir à dégager un salaire à temps partiel à l’année pour pouvoir mieux s’organiser et diversifier notre offre » C’est ici toute la difficulté des festivals de taille moyenne, trop grands pour être facilement gérés de façon bénévole et trop petits pour générer assez de recettes pour s’autofinancer. Car si la manifestation tourne avec l’engagement de près de 90 bénévoles au cours de la dernière édition, l’organisation devient de plus en plus complexe pour ce comité formé sur le tas à l’événementiel.  L’avenir, s’il semble prometteur du côté de la participation, reste constamment un défi au niveau de son financement. Il faut donc compter sur la générosité des mécènes publics et privés en espérant qu’ils continuent de croire en l’Antiquité.

La Nuit Antique
Le 27 et le 28 avril au  Parc des Bastions
Programme : www.nuitantique.ch

Parc des Bastions