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Publié par le 22.12.2018

Pourquoi j’serais différent des autres ? Mon seul don, c’est vouloir être différent des autres.
Au fil de ses multiples projets, Lomepal prend plaisir à cultiver son goût prononcé pour l’éclectisme. Avec Jeannine, il flirte avec la folie et abat sans concession les cloisons du rap, nous gratifiant d’une œuvre introspective et assurément l’un des meilleurs albums français de l’année. À l’occasion de son passage à Genève, celui qui a récemment soufflé ses 27 bougies mais également toute forme de concurrence a accepté de répondre aux questions de Go Out! le temps d’un entretien atypique. Florilège.
Par François Graz

Avec Jeannine, tu rends hommage à ta grand-mère, mais également à ta mère, tu peux nous en dire plus ? Outre le fil rouge de l’album qui est la notion de la folie présente chez ma grand-mère, j’estime avoir davantage rendu hommage à ma mère qui est beaucoup plus proche de cette histoire que moi. Elle a vécu des choses horribles et avec cet album je lui confirme que je suis de son côté et que j’essaie de l’aider. Je pense que Jeannine lui a fait beaucoup de bien.

Racontes-nous la conception de ton second album. Fin 2017, avant de commencer la tournée de FLIP, on a eu trois semaines de répit avec mon équipe de choc et on a décidé de partir à Rome pour enregistrer des sons. Pour être franc au début je ne savais pas du tout de quoi allait traiter cet album, la thématique de la folie ne m’était pas encore venue à l’esprit. J’ai écrit les titres Trop beau, Le lendemain de l’orage, et Évidemment là-bas. De retour en France je suis parti en tournée et de ce fait je n’ai pas pu continuer à écrire de nouveaux morceaux faute de temps et j’avais une sensation de culpabilité de ne pas avancer. Fin mai j’en étais au même point d’autant plus qu’en parallèle on a pas mal galéré avec Roméo Elvis pour finaliser le morceau 1000°C. Du coup début juin je m’engage auprès de mon management de boucler mon nouvel album pour mi-octobre. J’ai écrit comme un acharné tout l’été limite je ne profitais pas de mes vacances ! Fin aout je suis rentré en studio et je n’en suis presque pas sorti avant le 12 octobre, j’avais jamais vécu ça c’était vraiment intense !

À t’entendre c’était un véritable parcours du combattant. Mais carrément ! Pour en revenir à 1000°C justement, de base il était prévu que le son sorte en single sauf qu’on a passé au moins deux semaines en studio avec Roméo pour que le titre nous convienne, on a refait l’instru un nombre incalculable de fois, le refrain pareil, au bout d’un moment on détestait presque le morceau. Finalement on est arrivé à le terminer et on a décidé de l’inclure à l’album.

Le clip de 1000°C réalisé par Adrien Lagier et Ousman Ly frappe par son esthétique soignée. Tu peux nous dire quelques mots sur ce duo de réalisateurs ? De base Adrien appartient à l’Ordre Collectif, qui a réalisé pas mal de mes clips. Depuis un an et demi il s’est mis à travailler avec Ousman et je trouve qu’ils forment une fusion parfaite. Adrien est méga créatif et Ousman est un très bon directeur artistique et de ce fait ils se complètent aisément. Pour 1000°C ils ont trouvé énormément d’idées dont le fameux plan à la Mad Max !

Pourquoi avoir organisé la session live chez toi du morceau Beau la folie ? C’est le côté intimiste qui te plait ? Avec mon management on voulait mettre ce titre en avant lors de la sortie de l’album, mais pas sous forme de clip car c’est un morceau trop personnel. Du coup on a décidé de s’associer à La Blogothèque et faire une session live de Beau la folie. J’ai proposé d’enregistrer ça chez moi car c’est ce côté authentique des choses qui me plait. Alors bien sûr j’aime bosser sur des concepts et les développer mais j’aime aussi le vrai des situations tu vois ce que je veux dire ? Pour l’anecdote, quand j’avais 18 ans un pote c’était rasé la tête et il m’a dit « tu vois on peut pas me vanner sur ma coupe de cheveux parce que j’en ai plus, c’est juste ma tête maintenant » c’est tout con comme phrase hein, mais ça m’a marqué dans le sens où j’aime élaborer des trucs 100% vrais, sans artifices, une mise à nu en quelque sorte.

Comment s’est fait la connexion avec le fantasque Vladimir Cauchemar, à la production sur trois des titres de l’album ? En fait il avait déjà participé à FLIP en étant à la prod’ sur 70, ainsi qu’à la batterie sur Ray Liotta et sur Bécane. Du coup on s’est bien entendu et on a re-collaboré pour Jeannine. Vladimir Cauchemar à une cadence de production assez incroyable, les instrus de mon album il les a réalisées en une heure de train en venant de Reims ! Pour la petite histoire il a créé son titre Aulos à partir d’un vieux sample de flute pendant qu’il regardait un match de foot à la télé. Et du coup pour déconner il a envoyé le son à Pedro Winter de chez Ed Banger avec qui il est pote. Pedro lui a dit que le morceau défonçait et de fil en aiguille ils ont trouvé son blaze et clippé Aulos. De base le personnage de Vladimir ça devait être le mec qui joue de la flute mais il n’était pas chaud du coup ils ont opté pour le masque de squelette.

Vidéaste dans l’âme, quelle est ta dernière claque cinématographique ? (Attention Spoiler Alert, allez mater ce film de toute urgence merci) Je ne suis pas allé beaucoup au cinéma cette année mais quand j’ai vu A Beautiful Day de Lynne Ramsay, j’étais surpris de découvrir des nouveaux tricks de réalisation tu vois ? Par exemple il y a une scène où Joaquin Phoenix rentre chez lui et se bat avec les deux gangsters qui viennent de tuer sa mère. Il réussit à en tuer un, s’apprête à achever l’autre mais il s’effondre avant sur le sol de la cuisine. En fait les deux mecs sont par terre à bout de force, et d’un coup ils se mettent à chanter et éclater de rire ensemble, c’est un twist profondément humaniste qui fait que cette scène est chanmé parce que tu passes par tous les états émotionnels possibles en 5 minutes.

La disparition soudaine de Mac Miller en septembre dernier a laissé un grand vide dans le monde de la musique. C’est un artiste qui t’as influencé ? Mac Miller m’a énormément inspiré ouais. C’est étrange mais, j’étais pas particulièrement fan de lui jusqu’à qu’il sorte son second album Watching Movies with the Sound Off, et là je me suis pris une méga claque, parce que le mec aborde des sujets beaucoup plus dark que dans ses précédents projets. S’en est suivi la mixtape Faces que j’ai bien aimé et selon moi son meilleur album, GO:OD AM, qui m’a fortement influencé dans ma manière d’écrire. Après j’ai moins accroché à ses deux derniers projets, The Divine Feminine et Swimming mais honnêtement son décès m’a beaucoup affecté car c’était quelqu’un de très touchant.

Si tu dois citer un seul de ses morceaux lequel te vient à l’esprit ? Je dirais ROS tiré de son album GO:OD AM. Quand j’ai découvert ce titre j’avais la volonté de chanter sur mes propres morceaux et entendre Mac Miller en mode piano/voix c’était tout un symbole ! J’aime beaucoup ce son et plus particulièrement l’intro, quand il s’adresse au public avant de chanter, c’est assez stylé je dois dire.

Je te laisse conclure cette interview… Ah c’est fini ? Je pensais que t’allais enchainer sur XXXTentacion vu qu’on abordait le sujet des rappeurs disparus.

Maintenant que tu m’en parles ça m’intrigue, tu l’apprécies ? Honnêtement je suis méga fan, c’est un des seuls artistes qui a réussi à bien faire le pont entre les genres emo/rock et rap et c’est pour cela qu’il a mon admiration éternelle.

On finit sur une note relativement triste du coup… Ouais j’avoue mais c’est pas grave, c’est dans la tristesse que résident les plus belles choses.

Pour suivre Palpal c’est par ici et par que ça se passe.

Jeannine est dispo ici