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Publié par le 16.04.2018

Il existe une différence entre créativité et beauté. Cette différence, si infime soit-elle, porte un nom : l’émotion. Les grandes marques qui ont exposé au Mondial de l’Horlogerie il y a quelques jours sont parfois passées à côté. Etouffées par la technique, la démonstration horlogère sans but ni cause, les nouveautés 2018 n’ont pas toujours su (re)trouver le souffle vital de la beauté. Heureusement, il existe quelques rares maisons qui investissent encore pour le seul plaisir d’émerveiller leurs clients. L’art pour l’art existe toujours, nous l’avons retrouvé. 

Calibre du chronomètre FB 1R5 Ferdinand Berthoud

Calibre du chronomètre FB 1R5 Ferdinand Berthoud

Plus personne n’a besoin d’une montre. Un smartphone à 100 francs sera toujours plus précis qu’une montre à un demi-million. La montre n’existe plus que comme objet personnel, marqueur d’une singularité sociale ou, plus simplement, beau bijou que l’on aime pour ce qu’il est.  Quelques rares maisons poursuivent encore cette quête de l’émotion horlogère pure. Parmi elles, Jaquet Droz. Si la marque du Swatch Group comporte toujours de belles collections commerciales, elle réalise en parallèle des pièces hors normes, un art de l’émerveillement auquel plus personne n’attache d’importance : les automates. En horlogerie, il s’agit de créer au sein d’une montre une séquence animée. Chez Jaquet Droz, le thème préféré est celui des oiseaux. La marque a développé une pièce unique, la Parrot Repeater Pocket Watch. Qu’elle soit estimée à plus d’un million de francs n’a aucune importance : elle concentre, sur quelques centimètres carrés, tout ce que Jaquet Droz sait faire en matière de métiers d’art. Peinture, gravure, sertissage, émail sont ici au service d’une saynète où un couple de perroquets donne à manger à leur petit en train de naître, sur fond de carillon sonnant l’heure de l’instant. Poétique, ludique, unique.  

La montre Parrot Repeater Pocket Watch dévoilée à Baselworld Go Out !

Parrot Repeater Pocket Watch

Ferdinand Berthoud jette l’ancre 

Non loin, la manufacture Ferdinand Berthoud présentait cinq pièces, pas une de plus. Pourquoi ? Parce qu’elles symbolisent les cinq chronomètres de marine réalisés par Berthoud lui-même en 1785 pour la fameuse expédition de Lapérouse, soldée par un tragique naufrage dans le Pacifique.  L’équipage y perdit la vie et ces fameux cinq chronomètres passèrent par grand fond. Bien que l’épave soit aujourd’hui localisée, ces cinq chronomètres gisent toujours sur le sable, inaccessibles. La manufacture a réalisé cinq garde-temps en bronze qui représentent ces témoins d’une histoire ensevelie. Ils sont volontairement corrodés, comme s’ils venaient d’être sortis de l’eau. L’association d’un mouvement de très haute technicité avec cette finition vert-de-gris est l’une des plus belles audaces de style de Baselworld. Elle n’a pas manqué de faire mouche : les trois premiers exemplaires sont partis en trois jours, à 241’500 CHF pièce.  

CHRONOMÈTRE FB 1R5 Ferdinand Berthoud L’édition 1785 est une série de cinq exemplaires uniques du chronomètre FB 1R. Ils sont tous taillés dans le bronze, tous présentant une patine d’art différente. Cette édition 1785 met à l’honneur l’expédition la plus marquante de l’histoire de la Marine française, celle des frégates L’Astrolabe et La Boussole. Emmenées par le comte de Lapérouse, elles avaient embarqué cinq Chronomètres de Marine exécutés par Ferdinand Berthoud, alors Horloger-Mécanicien du Roi et de la Marine.

Chronomètre FB 1R5 Edition 1785 – Ferdinand Berthoud

 

Une belle histoire de famille 

Puisque l’horlogerie n’a pas plus de frontières que ses clients, on soulignera également l’initiative de la famille française Herbelin. C’est probablement la dernière grande maison familiale 100% indépendante toujours aux mains de ses créateurs – aujourd’hui avec les deuxième et troisième générations aux commandes, Pierre-Michel et son fils Maxime Herbelin. La marque du Jura fête les 30 ans de son modèle phare, la Newport. Contre vents et marées, contre les « Big Three » (Swatch Group, Richemont, LVMH), Herbelin se bat toujours avec force, courage et humilité pour proposer une horlogerie qualitative et abordable. En trente ans, elle aura vendu 700’000 exemplaires de sa Newport ! Elle ne coute que 1’500 francs en moyenne mais elle est faite avec cœur, passion et cela n’a pas de prix.  

MICHEL HERBELIN NEWPORT FEMME AUTOMATIQUE

Chopard, trente ans d’avance 

Enfin, si ces pièces dégagent une indéniable émotion, le groupe Chopard a pris toute l’industrie de court avec une initiative pleine de bon sens et de respect : alors que la marque réalisait à peine 5% de ses montres en or équitable, elle a annoncé qu’elle réaliserait les 95% restants de la même manière dès juillet 2018.  La contrainte est immense : l’or équitable ne doit jamais être mélangé à de l’or non équitable. Approvisionnement, fonte, transformation, exécution des montres et bijoux doivent pouvoir en permanence être tracés, pour assurer des conditions de travail et un revenu décents à leurs producteurs.   Les contraintes que s’apprête à s’imposer Chopard sont colossales. Il y aura un léger surcoût mais la manufacture a annoncé en prendre la moitié à sa seule charge. Cet or dit « Fairmined » n’est même pas encore évoqué dans le monde horloger et joaillier que Chopard va en faire son standard. Une initiative hors norme qui prouve que quelques rares manufactures savent faire beau… et bien.