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Publié par le 18.09.2018

Alors que certains se torturent l’esprit en songeant à la perte de la biodiversité ou à la disparition des abeilles, d’autres investissent temps et énergie pour mener à bien des initiatives qui prennent à bras le corps ces problématiques de façon concrète. Les six jeunes gars du cru qui forment l’association Nurban Concept font résolument partie de ceux-là. Leur collectif, dont le financement des projets est basé sur un système de parrainage, propose des solutions simples et sacrément smart pour rendre un peu de vert au milieu urbain genevois et transmettre des connaissances acquises par des cursus en horticulture, sciences de l’environnement et biologie à ses habitants. Basé sur deux pôles – l’apiculture et les potagers urbains – eux-mêmes unis par une démarche de sensibilisation du grand public aux questions de biodiversité, Nurban Concept s’adresse à tout un chacun qui aurait à coeur d’implanter plus de nature dans son quotidien de citadin. Entretien bourdonnant d’enthousiasme et de bonnes idées avec deux de ses membres, Arnaud Aebi et Maxime Shabi.
Par NYATA NATALIE RIAD

Présentez-nous l’association Nurban Concept et ses projets.
Arnaud Aebi : Nurban Concept, notre toute jeune association à but non lucratif fondée en 2017, a pour objectif principal de faire la promotion de la biodiversité en ville, ce par le biais de différentes activités: la première est l’apiculture urbaine, soit l’installation et la prise en charge par nos soins de ruches en ville, la deuxième est la mise en place de bacs potagers « clé en main » et la troisième — qui en fait est l’élément central qui dirige notre démarche — consiste en des ateliers pédagogiques qui, dans un premier temps, s’adressent surtout à un public jeune mais visent à terme également l’ensemble de la population.
Maxime Shabi : En effet, l’aspect « sensibilisation » aux problématiques d’écologie urbaine nous semble primordial pour une promotion efficace de cette idée globale de « verdir la ville ». Peu de gens savent, par exemple, que le syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles domestiques est trois fois plus intense en environnement rural qu’urbain, un constat parmi d’autres qui démontre la pertinence du développement de la biodiversité en ville.

©Nurban Concept

Pouvez-vous nous parler plus en détail des volets apiculture et potagers urbains que vous proposez?
A qui s’adressent-ils ?
M.S. : Pour ce qui relève des ruches, nous privilégions des endroits particulièrement propices aux abeilles; nous avons ainsi éliminé l’option d’en poser sur les toits, trop ensoleillés et venteux, mais installé treize ruches à Coinsins, près de Nyon, deux à Plan-les-Ouates et trois à la Ferme de Budé, lieu où des structures permettant de donner des cours sont d’ores et déjà existantes, ce qui est idéal pour nous qui souhaitons combiner information et concrétisation. Toutes ces ruches exigent déjà pas mal de travail en entretien et pour la récolte du miel, un produit local, naturel et de qualité dont les bénéfices issus de la vente participent accessoirement au financement de nos activités. Nous en offrons également à nos parrains en guise de remerciement pour leur soutien, indispensable pour mener à bien nos projets.
A.A. : Les bacs potagers, quant à eux, s’adressent à tout un chacun, et peuvent être posés tant dans un jardin que sur un carré de béton que quelqu’un voudrait voir verdir ! Pour ce faire, nous proposons la conception et l’installation de structures en palettes de bois recyclées prêtes à accueillir des potagers qui respectent les principes de la permaculture, c’est-à-dire exempts d’engrais et autres traitements chimiques, tout en favorisant des semences issues de variétés anciennes et sans OGM, évidemment. Nous développons également des jardinières et des carrés de potagers en géotextile feutré, de jute ou de coco 100% écologique, ce qui permet à tout Genevois qui dispose d’un peu d’espace en extérieur de produire ses propres denrées alimentaire et développer une certaine autonomie. Nous fournissons aussi des conseils de jardinage et des informations quant aux associations végétales à favoriser, les variétés à cultiver en fonction des saisons, les types de substrats, et ainsi de suite, afin de tirer le maximum de son potager urbain. Nurban Concept se veut véritablement ouvert à tous, et prouve qu’il n’est pas nécessaire d’être une entreprise, une institution ou un particulier fortuné pour concrétiser des initiatives pour plus de biodiversité en ville.

Comment vous est venue l’idée de monter Nurban Concept ?
M.S. : Les six membres de l’association sont tous des passionnés de nature issus du milieu environnemental de près ou de loin, ayant pour certains suivi des formations en horticulture à Lullier et pour d’autres des cursus plus académiques en biologie et sciences de l’environnement au sein des universités de Neuchâtel et de Lausanne. Monter Nurban Concept représente pour nous la concrétisation des savoirs théoriques et pratiques engrangés durant nos études, une manière des les appliquer à une échelle humaine, sans but lucratif, tout en apportant quelque chose sur Genève directement.
A.A. : A l’origine, l’un de nous avait émis l’idée de développer la végétalisation des toitures mais cela s’est vite avéré trop ambitieux. Si de notre côté nous étions bien renseignés, grâce à nos formations, de l’effondrement des populations d’abeilles, nous avons aussi réalisé qu’une prise de conscience plus généralisée se mettait gentiment en place et que le développement de l’apiculture urbaine commençait à se faire dans d’autres villes. Comme le rappelait Maxime, les abeilles domestiques se portent plutôt bien en ville alors qu’à la campagne elles souffrent du recours massif aux pesticides et à la monoculture. Lorsque l’on sait qu’environ un tiers de notre consommation alimentaire dépend de la pollinisation effectuée par les abeilles, on comprend l’importance des enjeux ; c’est aussi un élément qui a renforcé notre motivation dans l’élaboration de ce projet, par lequel nous pouvons aussi partager un certain nombre de valeurs liées à notre conscience écologique. Finalement, nous nous enrichissons beaucoup sur le plan personnel, mais pas en argent !

©Nurban Concept

2) Que répondez-vous aux personnes qui ont une appréhension vis-à-vis des abeilles ?
M.S. : La cohabitation entre humains et abeilles n’est pas toujours facile, et c’est justement ce qui rend la démarche de sensibilisation essentielle. Nous souhaitons favoriser une cohabitation qui arrange tout le monde et ne voulons surtout pas imposer nos ruches, ce qui implique de les installer dans les lieux adéquats et, bien entendu, avec toutes les autorisations administratives et sanitaires nécessaires.
A.A. : Nous aimerions vraiment mobiliser les ruches installées pour faire de la sensibilisation; nous ne sommes pas là pour produire du miel puisque nous faisons de l’apiculture sans être des apiculteurs professionnels, mais il s’agit d’un outil pour développer les autres volets de notre projet, en particulier la prise de conscience écologique tout en mettant en avant des solutions simples qui s’appliquent à l’environnement urbain. Dans ce cadre, comprendre le rôle crucial que jouent les abeilles est essentiel.

3) Quels sont vos projets à venir, et comment voyez vous l’évolution de l’association ?
M.S. : Nous sommes actuellement en train de discuter l’instauration d’ateliers pédagogiques au sein d’écoles primaires du canton pour l’année prochaine. A plus ou moins long terme, nous envisageons de fournir des prestations pédagogiques aussi dans des cadres différents, par exemple lors d’événements culturels pour les enfants ou les adultes, ainsi qu’animer des ateliers tout au long de l’année dans des lieux qui s’y prêtent. Et bien entendu, nous restons ouverts à toutes les bonnes idées !
A.A. : Nous espérons aussi distribuer un maximum de bacs potagers, continuer à installer des ruches et dans ce cas former de nouvelles personnes au sein de l’association, car elles exigent beaucoup de soins. Et pourquoi pas, à terme, créer une antenne ailleurs que dans le canton de Genève !

4) A quoi ressemblerait la ville (Genève) idéale du point de vue écologique ?
M.S. : Elle serait plus lente, comprendrait moins de trafic lourd, plus d’espaces verts, plus de gens dehors… Une forêt urbaine qui abandonnerait le tout bétonné pour revenir en partie à ses origines, formant un nouvel écosystème équilibré. Une ville créée par et pour ses habitants qui, en s’investissant dans leur espace de vie, en améliorent les conditions. Il est certain que cette dynamique « par le bas », via des projets tels que le nôtre, se révèle efficace et que la participation directe motive l’engagement personnel des individus.
A.A. : Je la conçois également avec plus d’espaces verts et des jardins familiaux développés; ceux-ci représentent de formidables opportunités d’expériences personnelles valorisantes, ce sont des lieux de production, certes, mais aussi d’apprentissage car on y montre aux enfants comment poussent les légumes ainsi qu’à les reconnaître, et bien sûr des lieux de rencontres et de partage qui motivent les gens à sortir de chez eux. Par le biais de notre association, nous espérons parvenir à améliorer ne serait-ce qu’un tout petit peu les choses dans ce sens, à notre échelle. Ce qui nous réjouit, c’est que nous rencontrons chez tous nos interlocuteurs un très grand enthousiasme, qu’il s’agisse de particuliers ou de représentants d’institutions, tout comme de la part des plus jeunes, qui font preuve d’une grande curiosité et de sensibilité vis-à-vis des problématiques environnementales.

Informations et parrainages :
nurbanconcept.ch 
www.facebook.com/Nurban-Concept-La-Nature-en-Ville

De gauche à droite, les membres de Nurban Concept presque au complet (il manque Sylvain Coullery) : Arnaud Aebi, Corentin Descombes, Nicolas Sauthier, Laurent Doyen et Maxime Shabi
©Nurban Concept