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Publié par le 13.04.2018

Le printemps, renaissance de la nature mais surtout de l’art. Le marronnier en fleurs de la Treille observe du haut de ses remparts la Cité sarde éclore au loin. Le Printemps Carougeois bourgeonnera cette année encore pour une 58ème édition du 20 au 29 avril 2018, placée sous les auspices de l’Amour et, bien entendu, sous celui des arts. Arts de la scène, du cinéma ou art de l’éloquence; ce sont en tout 26 événements disséminés dans le tout Carouge qui sont proposés par le service culturel de la ville de Carouge avec la collaboration des services municipaux. Pour la plupart participatives, ces manifestations proposent une (re)découverte des lieux phares de la commune, mais surtout une révélation artistique mise en avant par un véritable discours panégyrique dans lequel le spectateur sera happé au gré de ses pérégrinations, et dont il pourrait ressortir passionnément épris.

Texte: Nyata Riad et Quentin Arnoux

Carouge, Place du Temple Go Out

Carouge, Place du Temple

Dévoile-moi

La soirée d’ouverture du Printemps Carougeois met à l’honneur cette année encore le concours de courts métrages qui, depuis cinq ans déjà, tient sa promesse en révélant de nombreux talents inconnus. Tous les films entrés en lice seront projetés mais seuls ceux qui auront respecté la contrainte et su au mieux comment la rendre originale mériteront de porter la couronne de laurier. La règle est simple : dégainer son smartphone toujours présent à nos côtés pour tenter d’intercepter ce moment épanouissant qu’est le sentiment amoureux. Au détour d’une rue, d’un café ou d’un voyage à l’étranger, le sentiment amoureux est polymorphe et se trouve partout. Toute l’ingéniosité est de le retranscrire le plus distinctement sans en dégrader la complexité. Le type de représentation n’étant pas imposé, ce sont autant que films, de chroniques ou de documentaires qui peuvent se définir comme supports au travers desquels l’amour peut se dévoiler. Ce premier événement de la manifestation carougeoise promet assurément l’illustration de beaux moments de rencontres.

Montre-moi

Portrait du dessinateur Philippe Reymondin présent lors du Printemps Carougeois

Philippe Reymondin

Côté expositions, signalons l’initiative originale du Musée de Carouge, qui a invité des personnalités suisses issues de tous les domaines (arts, sport, politique, gastronomie, etc.) à désigner leur coup de cœur au sein de ses collections par des petits textes empreints de sensibilité. Autre idée surprenante, la nouvelle exposition du dessinateur Philippe Reymondin, Histoire d’amour, prend ses quartiers dans… un salon-lavoir! Ce lieu à l’interface du collectif et de l’intime s’est avéré idéal en prolongation des précédentes séries de l’artiste, Rupture et Encres intimes, à la suite desquelles cette exposition s’inscrit. Les Archives de la Ville de Carouge ouvrent quant à elles leurs portes et dévoilent, par des lettres, journaux intimes, photographies ou documents officiels, des histoires d’amour heureuses ou déçues qui se sont déroulées entre les XVIIIe et XXe siècles. Ces documents éclairent également sur la dimension culturelle en jeu lorsqu’il s’agit d’amour, et à quel point celle-ci varie selon les époques.

Emporte-moi

Image de la pièce Joy de Joshua Monten qui sera présentée lors du Printemps Carougeois à Carouge Go Out

Joy de Joshua Monten (c) Christian Glaus

Dans une appréciation très XXIe siècle, accepter que l’amour se profile parfois tel un combat et que les tensions peuvent par moments rapprocher des êtres représente le postulat sur lequel se construit Joy, une chorégraphie de Joshua Monten pour cinq danseurs impétueux. Il y est question du potentiel électrisant que la violence, ici figurée par un combat scénique, peut avoir à la fois sur les participants et sur les spectateurs. « Love hurts. Pain is pleasure. » un paradoxe voire un tabou traité avec une énergie folle, à découvrir aux Halles de la Fonderie les 26 et 27 avril.

Pièce Ariane dans son bain de Aline Papin qui sera dévoilé lors du Printemps Carougeois à Carouge © Catherine Monney Go Out!

Ariane dans son bain de Aline Papin

Guide-moi 

Place encore aux arts de la scène. Ariane dans son bain invite le spectateur tous les soirs chez l’habitant afin de lui conter ce motif mythologique bien connu des retrouvailles à la suite d’une attente sempiternelle. Ariane déploie le fil de son histoire mais ne se plaint pas. Plus poétique que son alter-ego antique, cette Ariane moderne propose un monologue intérieur en illustrant de manière poétique la douce rêverie qui la meut à l’idée de retrouver son Thésée qui se métamorphose, ici, en la personne de Solal. Entre les remous de sa baignoire, la jeune femme vogue sur les mots qui permettront peut-être à son époux cinglant les flots de la retrouver. Ironie du sort, Solal représente en hébreu celui qui guide. Les rôles s’inversent et il semblerait bien que ce fil qu’Ariane tend soit moins destiné à son cher et tendre qu’au spectateur pour le guider à travers les méandres complexes de l’amour.

Explique-moi 

 Peau d'Ane de Jacques Demy (1970) qui sera dévoilée lors du Printemps Carougeois à Carouge

Peau d’Ane de Jacques Demy (1970)

Quels sont les remèdes et les solutions à l’amour ? Laissons de côté la réponse d’Iseut pour qui le philtre a assurément servi sa cause, car L’Atelier café amoureux aborde ici l’amour sous ses angles les plus complexes afin d’en tirer quelques leçons bien placées. Trois conférences tenteront de mettre en lumière les questions que peut se poser un public majeur en illustrant notamment le rapport à l’amour quand toque la cinquantaine. L’amour ne se fane en aucun cas comme une fleur avec le temps, mais mûrit. La vie affective des humains présente certes moult facettes, mais celle des animaux en possède d’autant plus, et pas des moins surprenantes! On en veut pour preuve la foule d’exemples fournis par l’ouvrage destiné aux enfants La Vie amoureuse des animaux de Nathalie Desforges et Fleur Daugey, qui démontre que la diversité des façons d’aimer n’est pas propre à l’Homme. On y apprend notamment que « le dauphin rose de l’Amazone, ce grand romantique, tient un bouquet de plantes dans sa bouche pour l’offrir à l’élue de son coeur », ou encore que « la veuve noire dévore ses amants décevants ». A l’attention du jeune public dès 8 ans, une présentation des comportements les plus étonnants recueillis dans le livre et un atelier créatif incluant dessins, collages et découpages animés par les deux auteures sont prévus le 21 avril à la Librerit. Toujours en ce lieu et toujours pour les petits, Alexandre Herriger, formateur et intervenant spécialisé en philosophie pour les enfants, propose le 28 avril un atelier qui fera cogiter nos chères têtes blondes sur la notion d’amour et, en fin de compte, la diversité des émotions qui l’animent.

Raconte-moi

Pour être capable d’aimer autrui, s’aimer soi-même constitue une étape indispensable. C’est du moins l’un des messages en filigrane du spectacle Couac, librement inspiré du célèbre Vilain petit canard d’Andersen. Destiné aux enfants dès 2 ans, ce spectacle poétique mêlant danse, marionnettes et théâtre d’ombres leur démontre que la quête vers l’épanouissement personnel s’inscrit dans un parcours certes parsemé d’épreuves, mais toujours franchissables. Les marmots dès 6 ans et bien au-delà auront également la possibilité de (re)découvrir le mythique film de Jacques Demy Peau d’âne. Sortie en 1970, cette adaptation du conte de Charles Perrault conserve aujourd’hui encore toute sa fraîcheur grâce à sa musique, ses costumes, ses personnages et ses décors enchanteurs.

Écris-moi 

Dans l’intimité d’un boudoir spécialement aménagé aux Halles de la Fonderie, replongez-vous dans l’ambiance licencieuse et libertine des Liaisons Dangereuses en prenant part à la lecture publique des lettres amoureuses lauréates du concours éponyme de cet hiver. L’obscurité complice de la nuit permettra de pénétrer peu à peu ce sujet complexe qu’est l’expression sentimentale et pour ce faire, les épîtres les plus poétiques des novices comme celles des plus expérimentés seront proposées à la lecture. Afin de cerner un peu mieux les mystères entourant l’une des manifestations les plus extrêmes et intrigantes de l’amour, à savoir le coup de foudre, Patrizia Lombardo, professeure honoraire au Département de français moderne de l’Université de Genève, donnera une conférence le 25 avril en ce même boudoir. Elle illustrera son propos par des exemples tirés des plumes les plus expertes en la matière, dont Racine, Goethe ou Stendhal.

Rencontres internationales de Genève 2017 – Résister, écrire, imaginer – Patrizia Lombardo

Patrizia Lombardo

Ecoute-moi

Si le sentiment amoureux se communique idéalement à l’écrit, l’oralité n’est toutefois pas en reste… Ainsi, c’est toujours le boudoir sis aux Halles de la Fonderie qui entendra résonner les voix de Juliette, employée d’un centre de don de sperme, et celle de l’homme « le plus objectivement beau », les deux protagonistes entamant une rencontre circonscrite de bébés en tubes qui pourrait bien changer leur vie. Cette installation, intitulée Love-In, est une chambre d’écoute sonore en parallèle de laquelle un atelier de création de fictions sonores se tient, du côté de la Maison Delafontaine cette fois. Sur inscription préalable, les participants sont invités à mettre en œuvre, en binôme, toutes les étapes nécessaire à la réalisation d’une fiction au format audio, dans une atmosphère  ludique faisant la part belle à l’intuition. Choix des textes, conception d’un projet, enregistrements des voix et ambiances, montage et mixage se succèdent afin de donner naissance à des créations qui feront l’objet d’une écoute collective et conviviale.

Portrait de Henri Gougaud pour les Printemps Carougeois

Henri Gougaud

Parle-moi

Vous n’êtes pas très à l’aise pour exprimer vos sentiments de vive voix? Cela ne vous empêche cependant pas d’être sensible aux paroles doucereuses apposées sur de la musique, voire de cacher en vous un spécialiste ès chansons d’amour; si tel est le cas, filez donc au Chat Noir le 28 avril démontrer vos compétences en la matière lors du blind test musical géant consacré au genre! A n’en pas douter, Dj Hobbs saura dénicher des perles parmi l’infinité de titres créés autour du sentiment le plus inspirant qui soit. Une autre alternative offerte par le festival afin de goûter aux mots d’amour consiste à aller s’en abreuver autour d’une rencontre avec l’auteur et maître conteur Henri Gougaud, la plume qui a signé La clé des cœurs, contes et mystères du pays amoureux le 24 avril à la librairie Nouvelles Pages. « L’amour. C’est un rêve, un souci, un désir, un compagnon sur le chemin de nos vies. Nous ne pouvons pas nous empêcher de l’interroger, de le bénir, de le maudire. Paradoxalement, même quand nous le fuyons, nous ne cessons de l’espérer. Pourrions-nous vivre sans lui, sans ses tempêtes, ses refuges, ses cavalcades ? ». Qui dit mieux?

Enivre-moi!

Enfin, et cela va de soi, l’amour, qu’il soit naissant ou profondément enraciné, a besoin d’être nourri et abreuvé, tout comme celles et ceux qui le portent en eux. C’est aux papilles et estomacs bien charnels de ces derniers que le Printemps Carougeois propose d’être aimés comme il se doit, presque tous les soirs dès 18h durant le festival, en se rendant au Boudoir des Halles de la Fonderie faisant office de cœur battant de la manifestation: vins locaux et petite restauration n’y attendront que d’être goulûment dégustés. De quoi se rassasier pour arpenter en pleine forme ce riche programme débordant d’amour, dont il est vivement conseillé de profiter en excès.

Printemps Carougeois
Du 20 au 29 avril
Divers lieux
www.printemps-carougeois.ch

Carouge