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Publié par le 06.03.2018

Photographe, mélomane et plume émérite, c’est aujourd’hui en métaphysicien du gosier que Pierre Emmanuel Fehr nous livre chaque mois les raisins de sa quête oenologique.

Les verres s’agitent frénétiquement, les sourcils se tordent, on scrute, soupçonneux, on renifle, extatique, puis vient la symphonie triomphante de gargarismes.
La vache, ça tape !Enorme, ça se boit comme du p’tit lait… gouleyant à souhait !
Silence ! Le sommelier va s’exprimer.

– La robe est tuilée. Le nez est crémeux sur des notes toastées, avec une touche de graphite. L’attaque en bouche est sapide, le corps élancé est articulé autour d’une trame ciselée et parachevé par une finale séveuse, légèrement balsamique. Bordeaux, rive gauche, rusticité d’un Saint-Estèphe. Belles graves sableuses et argile léger, expression typique d’un Calon Segur dans le millésime solaire 2009.
Amen.

Mimi,Fifi et Glouglou – Petit traité de dégustation (c) Michel Tolmer – Editions Epure

Mimi,Fifi et Glouglou – Petit traité de dégustation (c) Michel Tolmer – Editions Epure

Savoir boire, c’est savoir vivre !

Et oui, dire d’un vin qu’il « est bon », c’est passer pour un con. Vous aimez le vin ? – Oh, moi je n’y connais rien, je ne peux rien dire. SI : j’aime/j’aime pas. Alors abandonnons un moment le vocabulaire du snobelier et démystifions la dégustation en quelques fausses vérités.

1.Le nez est une étape indiscutable de la dégustation.
Non ! La primauté des arômes par la dégustation olfactive (analyse sensorielle), bien que généralisée aujourd’hui, est devenue à la mode dans les années 70, parallèlement à la viticulture chimique. Une autre méthode, millénaire (la dégustation géo-sensorielle), saute l’étape du nez en se concentrant sur la texture du vin en bouche pour mieux ressentir l’expression du terroir et compte parmi ses adeptes d’éminents vignerons et dégustateurs.

2. On grume le vin.
Pas forcément ! Le grumage, action de faire passer de l’air pendant que le vin est en bouche en un sluuuuurp pour favoriser l’analyse des arômes par voie rétronasale, est jugée incomplète par beaucoup de dégustateurs, car ni la langue ni la salive ne se mêlent au vin. L’alternative est de mâcher longuement le vin afin de mieux en ressentir les saveurs, car c’est la salive qui transporte les molécules vers les cellules réceptrices du goût.

3. Merci de recracher le vin après le rinçage en bouche !
Si vous recrachez chez un vigneron valaisan, vous vous exposez à des risques supérieurs que repartir en voiture sans avoir recraché.

4. Un vin se carafe.
Rarement. L’oxygénation d’un vieux vin est trop violente. Seule celle des vins jeunes qui ne disent pas grand-chose au nez est conseillée, mais son impact est relatif et l’oxygénation dans le verre est généralement suffisante. L’ouverture d’une bouteille plusieurs heures à l’avance est elle, recommandée dans la plupart des situations.

5. Il faut boire au goulot.
Uniquement avant d’assister à un concert de Lang Lang.

Alors que faire maintenant ? Boire !

Chercher le goût qui mène au plaisir des sens, ressentir avec ses propres critères, décrire avec son vocabulaire. Déguster hédoniste, pas uniquement technique. Et dans un bon jour, c’est un paysage qui apparaîtra dans notre verre, la terre craquelée qui assèchera notre palais, le climat venteux qui fouettera notre langue, le rire de la vigneronne qui résonnera dans notre bouche.

T’as bu ?
Nan, je me cultive.

Que l’ivresse l’emporte sur le savoir et laissons aux initiés le crachoir !