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Publié par le 08.11.2018

La mission paraissait ambitieuse : créer non pas des montres mais un univers, en cohérence avec les autres métiers de la maison. C’est ainsi que le sellier Hermès a approché l’horlogerie. Il ne voulait pas faire des montres Hermès mais « La Montre Hermès », comme s’il n’y en avait qu’une. C’est d’ailleurs de la sorte que se nomme celle qui, progressivement, agrège les métiers horlogers pour devenir manufacture « La Montre Hermès ». Cette noble volonté s’est accompagnée d’un concept encore plus délicat : créer « Le Temps Hermès ». Rien que cela ! Et pourtant, tout juste 40 ans après sa naissance (1978 – 2018), force est de constater que Le Temps Hermès prend forme. Ludique, unique, artistique, il vient de s’incarner une nouvelle fois à l’aide des mosaïques horlogères exceptionnelles. En attendant d’en savoir plus en janvier à Genève, lors du SIHH (Salon International de la Haute Horlogerie), où la maison parisienne a été admise l’année dernière, après plus de vingt ans de présence à Baselworld.
Par Olivier Müller

 

Si la mosaïque n’est pas un art répandu en horlogerie, elle n’est néanmoins pas nouvelle. Certaines maisons italiennes, comme Sicis, en ont fait leur spécialité. Hermès a rapidement rejoint ce mouvement en proposant ses propres mosaïques. Elles représentaient, pour cette entrée en matière, un cheval, porte d’entrée la plus évidente pour une maison qui était et reste un sellier.

2’200 morceaux de cuir juxtaposés
Les pièces dévoilées aujourd’hui vont infiniment plus loin : ce sont les premières, chez Hermès et probablement en haute horlogerie, à être réalisées en marqueterie… de cuir. Dans une montre Arceau de 41 mm de diamètre, 2’200 minuscules carrés de cuir juxtaposés forment un profil de cheval issu du carré « Robe du Soir » dessiné par Florence Manlik en 2018. Sur toile de fond bleu électrique et bracelet assorti, les tesselles bigarrées s’illuminent de l’or rose du boîtier rond aux attaches asymétriques et fines aiguilles feuilles. Conçu par Henri d’Origny en 1978, le fameux boîtier rond aux cornes asymétriques inspirées d’étriers prête son classicisme à l’originalité de cette pièce.

Un secret, un cahier
Le procédé employé par Hermès reste très jalousement gardé. Tout tient dans un cahier. Conservé sous clé, il recèle les secrets de l’artisan qui a imaginé et mis au point cette technique. Un an et demi de recherche et développement pour un procédé que son geste seul sait maîtriser. Durant plusieurs semaines, cette personne façonne une œuvre miniature composée de milliers de carrés de cuir. D’abord, ce sont 3’500 abacules finement ciselés dans du veau pleine fleur. Puis, assemblés aux dimensions encore réduites du cadran, 2’200 fragments de cuir sont sélectionnés pour composer un motif équestre flamboyant.

De la mosaïque à la marqueterie
Cette délicate mosaïque de cuir trouve une expression alternative dans deux autres séries limitées réalisées cette fois en marqueterie de cuir : Arceau Cavales et Slim d’Hermès « Les zèbres de Tanzanie ».

Sur le cadran, les artisans Hermès composent un ouvrage panaché à l’effigie d’un cheval et d’un zèbre. Réduites au format d’un boîtier rond, ces créations déploient les coloris éclatants de fines peaux sélectionnées, découpées et juxtaposées avec l’expertise du sellier-maroquinier.

Taillés dans du veau pleine fleur, les cuirs de différentes nuances sont refendus à une épaisseur de 0.5 mm. Un à un, l’artisan prélève et appose ces fragments sur le cadran pour former un dessin. Au terme de six heures d’assemblage, les tesselles colorées forment un patchwork suggérant de fins pétales coquelicot pour le premier, un camouflage stylisé pour le second.

Ce motif « Les Zèbres de Tanzanie » fut imaginé par l’artiste animalier Yves-Marie de Malleray en 2010. Les zébrures bigarrées, composées de bribes de cuirs assemblées à la main, rehaussent le profil de l’animal peint en miniature. Préalablement creusé, le cadran est rempli de plusieurs couches d’émail blanc, intercalées de périodes de séchage et de cuisson. Il est ensuite poli à la main, avant d’y appliquer les rayures à l’aide d’un pinceau très fin et de poudres d’émail mêlées d’essences naturelles. À l’issue de vingt-six heures d’émaillage et de marqueterie de cuir, le motif aux tonalités « Étoupe », ou « Graphite » se dessine dans un contraste mat-brillant saisissant.