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Publié par le 07.11.2018

Unanimement considérée comme un point névralgique de la culture à Genève, la Vieille-Ville jouit de nombreuses institutions muséales, mais surtout, de nombreuses galeries. Peu connues, réputées inaccessibles et trop bien souvent qualifiées de lieux où l’achat est le maître-mot, les galeries d’art de la Vieille-Ville qui sont réunies sous l’association d’Art en Vieille-Ville (AVV) ont pourtant la même volonté de faire connaître leurs collections à un large public. Pour sa 24ème édition, AVV décroche ces préjugés de leur cime et nous donne rendez-vous dès le 8 novembre pour lancer l’événement culturel phare de l’automne. Les quatorze galeries membres de l’association dévoilent leurs plus belles œuvres dans le cadre d’expositions thématiques ou monographiques. Ce fil rouge permet de naviguer entre différentes époques pour faire découvrir des formes d’art ou des façons spécifiques de les aborder. On en décortique certaines.
Par Quentin Arnoux

L’art tribal
L’exposition thématique Picasso : « L’art nègre ? connais pas » expose la beauté des masques africains. En partant d’un masque Hongwe congolais réalisé au XIXème siècle comme pièce maîtresse, la fondation Barbier-Mueller s’intéresse à la découverte de l’art non-occidental par les Cubistes et les Fauvistes au début du XXème siècle. L’art africain fascine ces avant-gardistes et représente une source intarissable de nouvelles idées pour représenter un espace pictural novateur qui ne se base plus sur une représentation mimétique. Les formes simples, limitées et schématisées du masque qui se regroupent en cercles et traits se retrouvent en filigrane dans les visages des œuvres de Picasso.

 L’art de la sculpture
De sa fonction primaire en tant que récipient dans l’Antiquité, en passant par sa progressive évolution comme sculpture en soi avec les mouvements contemporains Arts and Crafts et California Clay, l’exposition Fire and Clay retrace l’évolution des récipients en céramique. La fonction dynamique de la sculpture est quant à elle développée par Aliska Lahusen dans le cadre de Pluies avec une production qui vise à un savant équilibre entre un vide rempli de tensions et des espaces suggérant des mouvements.

 L’art flamand et hollandais
Depuis la brèche ouverte par l’exposition de 1902 sur les Primitifs flamands et les publications postérieures du célèbre historien de l’art Erwin Panofsky qui ont ramené l’art flamand sur le devant de la scène du marché de l’art, l’art de Flandre et de Hollande jouit d’une réputation certaine et intéresse collectionneur et amateur. Dans le cadre d’Art en Vieille-Ville, les galeries De Jonkheere et Salomon Lilian présentent une sélection de tableaux du XVème au XVIIème siècles. Les œuvres réalisées entre ce qui est appelé, à tort, gothique international et la Renaissance, sont, pour la majorité, non signées. Leur attribution pose donc problème, mais avec la théorie dite du connoisseurship, des noms de convention sont proposés à partir d’un recoupement stylistique. La galerie De Jonkheere fait de ces problèmes d’attribution un de ses fers de lance et propose donc une Passion du christ attribuée à un anonyme rhénan. D’Utrecht ou de Cologne, la provenance de l’œuvre n’est pas confirmée et interroge, mais différents éléments permettent de dater l’œuvre et de retracer une partie de son historique. La palette relativement resserrée, le fond or byzantinisant – car souvent utilisé dans la production artistique byzantine – et la succession de plans présentant une narration simultanée permettent de dater l’œuvre entre 1490 et 1500. La segmentation de la narration apporte un effet de lisibilité que l’on retrouve fréquemment à la fin du XVème siècle et qui est le témoignage d’une circulation des modèles flamands en terres germaniques. Aussi, la présence du commanditaire, souvent agenouillé et représenté en portrait en pied de trois-quart permet de confirmer l’héritage nordique, mais accentue le possible malentendu sur la provenance. Quid ?

La production artistique d’Utrecht est également mise en lumière avec la galerie Salomon Lilian qui s’interroge sur les origines du clair-obscur, aussi appelé ténébrisme, dans les œuvres flamandes du XVIIème siècle. Bien qu’ils n’aient, pour la plupart, pas effectué ce voyage initiatique en Italie que l’on nomme Grand Tour, à la suite duquel ils auraient pu apercevoir un traitement des ombres du type de celles du Caravage, ces artistes flamands et hollandais mettent toutefois en place un dispositif similaire qui leur est propre et qui est typique de la production des Pays-Bas espagnols et des Provinces-Unies. 

Art en Vieille-Ville de Genève
Du 18 novembre 2018 au 19 janvier 2019
Vernissage le 8 novembre
www.avv.ch

 

 

© Aliska Lahusen

© Barbier-Mueller