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Publié par le 11.02.2018

Murs textiles, voilures aériennes, manteaux de résille verte ou chênes à la chaîne, il est des architectures sensorielles qui se fondent de manière quasi fusionnelle dans le site qui les environne. Kengo Kuma fait partie de cette clique de créateurs pour qui le flacon importe décidément autant que l’ivresse qu’il doit procurer. Ultra attentif aux matériaux, à la transparence, à l’espace et à la lumière, ses réalisations stimulent tous les sens du visiteur. Avec dextérité, il réimplante la nature dans les villes, et fait surgir dans ce tissu citadin des accidents merveilleux. En témoignent l’emblématique Water/Glass House (Shizuoka, Japon 1995), une maison qui telle un caméléon se fond dans la l’environnement, ou encore le Mur de Bambou (Pékin, 2002), une construction poétique à base de tiges de bambous. Architecte de la sensualité, il transforme les bâtisses les plus utilitaires en oeuvres d’art. Normal qu’il rafle prix et appels d’offre à la pelle ! A Genève, il dérobe avec brio le projet du nouveau campus de l’Institut des Hautes Etudes Internationales et du Développement (IHEID). En janvier dernier, il a été convié par la Maison de l’Architecture pour partager son amour des espaces en osmose. Rencontre avec ce génie du bâti.

Portrait de Kengo Kuma (c) Archi Eyes

Portrait de Kengo Kuma (c) Archi Eyes

Vous avez facilement accepté l’invitation de la Maison de l’Architecture à venir présenter votre travail à Genève…

Oui, car j’ai plusieurs projets qui me lient à la Suisse romande, dont le nouveau campus de l’Institut des Hautes Etudes Internationales et du Développement (IHEID), un projet avec Rolex à Dallas, en Valais également et celui de l’EPFL pour lequel j’ai réalisé le bâtiment ArtLab. J’entretiens plusieurs connexions ici et j’y apprécie en particulier la qualité des relations professionnelles. En outre, il existe plusieurs similarités entre la Suisse et le Japon au niveau artisanal comme l’usage du bois dans les deux pays. Votre pays a toujours excellé en architecture et spécifiquement dans tout ce qui est matérialité. D’ailleurs, tout comme au Japon, l’usage de matériaux locaux et les nouvelles technologies vont de pair. Ce que j’apprécie ici, c’est la diversité, elle est un atout pour le futur car elle défie la globalisation.

Tea Pavillon by Kengo Kuma

Tea Pavillon by Kengo Kuma

Pourriez-vous nous en dire davantage sur la nouvelle résidence pour étudiants du campus de l’IHEID ?

Il s’agit de la nouvelle résidence pour étudiants, un projet d’avant-garde sur une parcelle de 10’000 m2 sis à proximité des Nations Unis. C’est un hommage à Le Corbusier, une sorte de réponse à son principe de verticalité et à son projet non réalisé pour les Palais de la Société des Nations en 1927. Pour l’instant je ne peux pas vous en dire davantage car nous venons de débuter le projet.

Le Mur de Bambou – Bamboo wall house (Pékin, 2002) Kengo Kuma pour Go Out

Le Mur de Bambou – Bamboo wall house (Pékin, 2002) Kengo Kuma

Vous avez souvent des réalisations aux enveloppes très impressionnantes. Comment construisez vous l’extérieur et l’intérieur ?

Traditionnellement, au Japon, les deux ne sont pas séparés. Il y a une ventilation naturelle, créant des ombres comme solution climatique et durable. Je puise mon inspiration dans ces procédés. Au XXe siècle, les américains ont peu à peu développé cette idée de séparation de l’extérieur et l’intérieur à travers d’imposants murs avec la mise en place d’air conditionné. Je ne suis pas adepte de ce type de proposition. Le toit et les parois peuvent à eux seuls créer un cadre confortable. Mes réalisations tendent vers un type de construction où l’environnement est déterminant. L’objectif est de saisir la lumière naturelle.

Le nouveau campus de l'EPFL - Kengo Kuma

Le nouveau campus de l’EPFL – Kengo Kuma

Selon vous, quel est le matériau du futur ?

Mon travail est une réflexion contre l’évolution des villes. Avec le béton et l’acier, ces cités du XXe siècle ont été trop éloignées de la nature. Cela correspondait à une production de masse à cette période. Aujourd’hui, les gens souhaitent voir leur habitat réalisé avec des matériaux uniques et locaux. Il y a une volonté de localité. Le béton et l’acier ne sont pas du tout idoines à notre époque. Je privilégie également cette tendance dans l’optique de donner un sens à la construction et la fondre le plus possible dans son environnement. Je nourris cette envie de réintroduire des matériaux naturels, donc j’use tout autant du bois que de la pierre brute trouvés localement mais également de tissu. Il s’agit d’une démarche à la fois écologique et très ancrée dans les traditions japonaises. C’est également une solution au problème du réchauffement climatique, une solution subtile puisque le bois absorbe le CO2 dans l’air, on ne le perçoit pas.

Water Glass House à Shizuoka (c) Michael Freeman

Water Glass House à Shizuoka (c) Michael Freeman

Maison de l’architecture
Cycle de conférences 10 ans, 10 regards
Prochaines conférences :
Tatiana Bilbao, le 8 février / Steven Holl, le 8 mars
www.ma-ge.ch
Kengo Kuma and Associates
kkaa.co.jp