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Publié par le 06.05.2018

On attendait l’exposition consacrée à Ferdinand Hodler au Musée Rath depuis plusieurs mois. Pour le centenaire de sa mort, le Musée d’art et d’histoire et le Kunstmuseum de Berne s’associent pour présenter son œuvre sous le prisme du parallélisme. Avec une centaine de tableaux réunis grâce à la générosité d’institutions publiques et privées, ainsi qu’à celle de collectionneurs de Suisse et d’ailleurs, l’événement phare de ce début de printemps est en place jusqu’au 19 août. Portraits, paysages, scènes historiques ou fresques d’inspiration symboliste : les toiles aux compositions épurées et équilibrées émeuvent, éblouissent, et prêtent même pour certaines, à la méditation. Focus sur une expérience visuelle dont le visiteur sortira nourri de beauté et ovation pour ce grand peintre suisse dont l’œil a su saisir l’essentiel !

Le lac de Thoune aux reflets symétriques» (détail), une huile de 1905, article l'année hodler par quantin arnoux et anne fatout pour go out magazine mai 2018

« Le lac de Thoune aux reflets symétriques » (1905) (c)Ferdinand Hodler

CONSCIENCE ARTISTIQUE

Le parallélisme, voilà bien un courant en ─isme dont les représentants dans l’art européen de la fin du XVIIème et principalement du XVIIIème siècle ne manquent pas. D’ordinaire apposé anachroniquement par la critique, c’est pourtant bien dans les mots de Ferdinand Hodler que naît ce terme, reflet d’une pleine conscience artistique et à l’origine de l’école qu’il fonde. Ce système de représentation fait de mesure, d’harmonie et d’unité pose la base de ce que Ferdinand Hodler a nommé la mission de l’artiste en 1897. Dès lors, toute sa production est mue par ce fil rectiligne rouge désireux de redonner ordre et simplification dans un contexte où les codes esthétiques de l’Art nouveau prêchent davantage l’usage d’une ligne ondulante.

Paysage du Lac Léman » (1906) (c)Ferdinand Hodler, article l'année hodler par quantin arnoux et anne fatout pour go out magazine mai 2018

Paysage du Lac Léman » (1906) (c)Ferdinand Hodler

PLONGÉE INITIATRICE DANS L’UNIVERS DU PEINTRE

Dans le cadre de cette exposition, le Musée Rath s’est transformé en cocon, avec un travail notoire sur la lumière qui prête à admirer les œuvres sous différents éclairages évolutifs sublimant les couleurs. La première section explore le parallélisme de la nature et celui de la figure humaine. Hodler expliquait : « Si j’entre dans une forêt de sapins […] J’ai autour de moi une ligne verticale, une même ligne répétée de nombreuses fois à l’infini […] la cause de cette impression d’unité, est le parallélisme des troncs de sapin… ».De ses nombreux paysages, les plus connus restent ceux des montagnes, mais on découvre ici d’autres scènes de nature avec des cadrages originaux qui font entrer le spectateur dans le tableau et donnent foison de détails, peints d’un trait linéaire qui lui est si caractéristique.

Le peintre suisse s’intéresse aussi à la symétrie dans le corps. Une série dans la première salle, intitulée « chant lointain » saisit d’emblée le spectateur par la simplicité éloquente dans le traitement de la silhouette féminine. Le traitement pictural soulève l’intérêt par tant de beauté traduite dans l’harmonie et la simplicité. Parfois aussi, Hodler met le personnage en résonance avec son environnement, et alors le travail des drapés rappelle encore son obsession de la ligne, et d’un équilibre dans les jeux de parallélisme. Quant aux grandes scènes épiques, comme la « Bataille de Morat » peinte en 1917, ou « Guillaume Tell », le parti pris d’un plan rapproché donne une lecture de la scène extrêmement graphique et structurée.

La nuit » (1889) (c)Ferdinand Hodler, article l'année hodler par quantin arnoux et anne fatout pour go out magazine mai 2018

La nuit » (1889) (c)Ferdinand Hodler

UNIFORMITÉ CORRESPONDANTE

Cette volonté de parer ses œuvres d’une véritable architecture interne doit se penser eu égard à son observation des maîtres anciens. De la verticalité des représentations égyptiennes à la symétrie d’un Raphaël, Ferdinand Hodler observe, assimile et propose une interprétation dont l’inspiration originelle devient à peine perceptible et tend à s’effacer devant un résultat final uniforme. Ce principe d’unité se retrouve de manière notoire dans le projet artistique d’Hodler et en constitue, à vrai dire, l’apanage :les toiles dont les figures se ressemblent, mais dont les émotions alternent, de l’angoisse à la joie, sont mises en correspondance. Le passage de l’une à l’autre représente leur point commun; et ce qui unit les individus prime sur ce qui les différencie. Les figures peuvent se ressembler – souvent, et semblent même parfois se dupliquer, car elles sont toutes mues par ces mêmes « forces élémentaires » caractérisées par la faim, la mort ou la lumière comme l’expliquait le peintre.

Hodler//Parallélisme
Jusqu’au 19août
Musée Rath
022/418.33.40
www.institutions.ville-geneve.ch/fr/mah

Musée Rath | Place de Neuve, 1