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Publié par le 10.12.2017

La complication reine de l’horlogerie, le chronographe, vient de connaître sa mutation la plus forte depuis les années 1880. C’est un indépendant genevois qui en est à l’origine. Avec cœur et passion, Jean-Marc Wiederrecht a patiemment façonné un nouveau type de mouvement qui pourrait bientôt se retrouver dans bon nombre de créations horlogères, toutes marques confondues. Au cœur de son propos, un constat très simple: le chronographe, de nos jours, est très esthétique mais peu lisible. De cette simple constatation est né l’Agengraphe, un calibre de très haute voltige qui offre un nouveau visage au chrono.  

Il est né en 1816 des mains d’un horloger français, Louis Moinet. L’homme, également professeur au Beaux Arts de Paris, avait en ce temps commis un objet qui, aujourd’hui encore, reste une énigme. Déjà, par son antériorité: les chronographe de Louis Moinet conçoit avant tout le monde que l’on aurait un jour la nécessité de mesurer des temps courts. Ensuite, par sa précision: 216’000 alternances par heure, c’est une fréquence de très haut niveau qui ne sera égalée… qu’un siècle plus tard, par un certain Jack Heuer. Enfin, par son caractère fonctionnel: le «Compteur de Tierces» de Louis Moinet, de son vrai nom, a traversé les siècles dans l’indifférence totale pour être retrouvé quasiment par hasard en 2013 dans une vente aux enchères … en parfait état de marche!  

Le chronographe de Louis Moinet © Ateliers Louis Moinet Go Out! Magazine

Le chronographe de Louis Moinet, © Ateliers Louis Moinet

Une brève histoire des temps courts ch

Depuis, le chronographe a peu évolué. L’on a gardé une grande aiguille centrale qui indique les secondes. Les minutes et les heures sont toujours restées affichées dans de petits compteurs annexes, souvent positionnés à 3h, 6h ou 9h. En 1934, Breitling achève de donner au chronographe son visage moderne en créant le second poussoir indépendant pour la remise à zéro. Seule sa précision évolue en même temps que les progrès techniques de l’horlogerie: de la seconde, on est ensuite capable de mesure le 1/10ème de seconde dès la fin des années 60. Les années 70 verront arriver le quartz avec des précisions au 1/100ème, égalées vingt ans plus tard par l’horlogerie mécanique qui, elle, ne saura plus vraiment dépasser ce stade. Jean-Marc Wiederrecht connaît cette histoire par cœur. Il est horloger depuis 45 ans. D’abord employé dans un atelier spécialisé dans les montres extra plates, il s’est mis à son compte en 1978 en créant Agenhor, pour Atelier GENevois d’HORlogerie. Après avoir servi les plus grandes marques (Harry Winston, MB&F, Van Cleef & Arpels, Fabergé, Arnold & Son, Hermès, etc.), l’homme se penche sur le chronographe avec ce constat très simple: alors qu’on lui demande la plus grande précision, l’on est aujourd’hui incapable de lire correctement un chronographe à cause de ces compteurs annexes et de leur taille microscopique. Comment faire? Tout casser, tout reconstruire.  

Jean-Marc Wiederrecht fondateur d'Agenhor Go Out!

Jean-Marc Wiederrecht, fondateur d’Agenhor

Dix ans, dix millions 

Il existe un adage en horlogerie: «construire un nouveau calibre, c’est dix ans et dix millions». Agenhor ne fit pas exception. Sa création, l’Agengraphe, lui a pris neuf ans et, effectivement, plusieurs millions d’investissement. La somme passe inaperçue dans les comptes des «Big Three» de l’horlogerie (Swatch Group, Richemont, LVMH) mais est colossale pour un petit atelier genevois indépendant – allant jusqu’à l’hypothèque de certains biens. C’est dire combien Jean-Marc Wiederrecht croyait en son projet. Il pouvait.  L’Agengraphe, c’est une révolution de surface. Il n’y a ici nulle dévalorisation du travail titanesque fourni par Agenhor, bien au contraire. «Révolution», car il a fallu repartir d’une feuille blanche pour reconstruire le chrono de zéro. «De surface» car il offre aujourd’hui la possibilité d’avoir des aiguilles centrales pour compter les secondes, heures et minutes du chronographe. De belles aiguilles, longues, parfaitement lisibles, qui sautent d’un pas net et viennent survoler une large partie la circonférence offerte par le cadran de la montre, non plus seulement de minuscules traits d’union comprimés au sein de sous compteurs atrophiés. Les heures et minutes, elles, sont déportées sur des anneaux en extérieur de cadran. Un chronographe à aiguilles centrales: l’idée est simple, encore fallait-il y penser.  

Montre Track 1 de la marque Singer Go Out Mag

Singer Track 1

Les chronos de demain arboreront-ils ce visage? Pas tous. L’usage actuel des compteurs de chrono a son histoire, ses fans, d’indéniables qualités esthétiques. Toutefois, les puristes du chronographe basculeront sans hésiter du côté de cette révolution genevoise, plus lisible. Certaines marques ont déjà acheté la licence de l’Agengraphe, qui reste néanmoins la propriété exclusive et brevetée d’Agenhor. Fabergé et Singer sont parmi ces early adopters. La première est reconnue dans l’univers horloger (déjà grâce à des complications fournies par Agenhor!), la seconde est une icône de la préparation de Porsche qui a voulu se lancer dans une horlogerie aussi sportive que disruptive. La pièce, dénommée Track1, n’est éditée qu’à 50 exemplaires. Ils sont déjà presque tous vendus. L’avenir du chronographe est déjà là.