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Publié par le 17.04.2018

Le cinéma asiatique a le vent en poupe depuis quelques années. Ce n’est pas la programmation du Festival local « Black Movie » qui pourra dire le contraire… Le cinéma japonais, et plus récemment le cinéma coréen, s’exporte sous nos latitudes depuis longtemps. Pour exemple, sans même avoir vu leurs films, qui n’a pas entendu parler un jour de Akira Kurosawa, Takeshi Kitano ou Hayao Myazaki pour les plus connus ? Tous sont Japonais. En Europe, Hirokazu Kore-Eda ne bénéficie peut-être pas de la même renommée que les réalisateurs précédemment cités. Ses films demeurent peut-être plus confidentiels. Cependant, le rappel de ses œuvres les plus marquantes vous évoquera certainement quelque chose.

Tiré de « Third Murder », film japonais 2017, article jamais deux sans trois pour go out magazine avril 2018

Tiré de « Third Murder »

Il faut le dire, le Tokyoïte Kore-Eda est un adepte des « drames familiaux ». Plus de la moitié de sa filmographie concerne ce genre cinématographique. D’ailleurs, c’est à lui que l’on doit les remarquables et remarqués Nobody Knows en 2003 et Tel père, tel fils en 2013. Le premier traitait de l‘abandon de quatre enfants dans un appartement, le second de deux fils échangés à la naissance. En revanche, avec The Third Murder, le cinéaste change ses habitudes et s’essaie avec réussite au thriller juridique. Le Japonais garde néanmoins sa touche personnelle lorsqu’il s’agit d’installer l’invisible, de semer le doute. Un meurtre, un coupable, l’histoire démarre de façon « banale » sur des bases claires. Mais petit à petit, le scénario se complexifie au point de mettre à mal le jugement de Shigemori, avocat de la défense. Il en perdra même son latin arrivé à un certain point et d’embarquer le/la spectateur/trice sur la même voie.

Kore-Eda excelle dans l’exercice d’ouvrir plusieurs pistes sans que jamais celles-ci ne paraissent farfelues, ni superflues. L’effet de style et le retournement de situation ne prévaut pas dans son cinéma. Le récit prend le temps de s’installer autour de dialogues qui interrogent les croyances et les points de vue, lorsque la vérité ne peut pas être établie par des faits. Par le biais de la justice, communément garante de justesse, il questionne l’injustice. A travers les témoignages, il aborde les liens tissés en secret entre ses personnages. Le flou permanent capte à tout instant le/la spectateur/trice, tenu/e par un fil dont on aimerait voir le bout. Procédé trop facile pour Kore-Eda, chez qui la résolution n’est pas une finalité. Jusqu’aux dernières minutes du film qui n’arrangent rien, au contraire. Un sans-faute accordé à la réalisation qui lie une mise en scène sobre à une esthétique irréprochable. Un Kore-Eda assez bon pour se hisser, sans rougir, aux côtés des trois réalisateurs nommés en introduction. Et lui faire gagner du crédit, si il en avait besoin, auprès du public occidental.

The Third Murder
De Hirokazu Kore-eda
Sortie le 11 avril
au Cinema Les Scala

Cinéma Les Scala | Rue des Eaux-Vives, 23