Go Out Magazine Menu

Publié par le 11.10.2018

 Frédérique Constant fête ses 30 ans. Cette modeste aventure familiale néerlandaise est devenue un poids lourd de l’industrie horlogère. Elle vient de passer aux mains du groupe Citizen qui ne manquera pas, rapidement, d’en tirer de nouvelles synergies. Retour sur une trajectoire particulièrement atypique de l’horlogerie.

Par Olivier Müller

 

Frédérique Constant est un nom aujourd’hui familier de l’horlogerie. Tant est si bien que l’on oublierait presque son caractère hautement improbable ! Que l’on y pense quelques instants : un lancement en 1988, alors que l’horlogerie mécanique est au plus bas. Des montres Swiss Made, alors qu’en cette période, le quartz Made in Japan & China fait autorité. Une marque dirigée par un couple, totalement inconnu de la place horlogère. Des origines néerlandaises, peu répandues au pays du Swissness. Et, pour couronner le tout, un financement indépendant, comme s’il s’agissait d’une petite boutique familiale. En somme, un business plan voué à l’échec ! Sauf que, trente ans plus tard, la petite aventure du couple Staas s’est mue en un acteur majeur de l’industrie, regroupant trois marques : Frédérique Constant, Alpina et la très confidentielle Ateliers de Monaco.

Sept fois plus de montres que Zenith

Aujourd’hui, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 150’000 montres Frédérique Constant prévues pour 2018 (10’000 pour Alpina), 3000 points de vente répartis dans 120 pays pour un total frisant les 200 personnes, filiales incluses. Pour avoir un ordre de grandeur, 150’000 pièces par an, c’est peu ou prou le volume de Breitling, 2,5 fois plus que Hublot, 7 fois plus que Zenith ! Un chemin impressionnant pour une marque qui a toujours tout fait seule et en dehors du schéma habituel de construction industrielle.

Si, en trente ans, la société a considérablement évolué, son positionnement n’a jamais dérivé. Peter Staas le répète inlassablement depuis trois décennies : « offrir un luxe horloger abordable ». L’idée n’est pas nouvelle. Tissot, Rado, Mido, en sont les chantres. Leur succès n’est d’ailleurs pas anodin. Tissot, notamment, produit plus de quatre millions de pièces par an.

Transparence et discrétion en vertus cardinales

La proposition de Frédérique Constant est simple : des montres classiques, sobres, de bonne qualité et abordables. Pas d’ambassadeur extravagant, de complications hors norme et, plus que tout, une transparence peu commune.

Peter Staas, CEO abordable, discret, a de tout temps dévoilé ses investissements, ses réussites, ses échecs, les chiffres clés de son entreprise. Une petite révolution dans un sérail horloger tenu par un secret viscéral ! Au bout du compte, Frédérique Constant a patiemment gagné la confiance de ses partenaires, distributeurs, détaillants et clients.

27 mouvements maison en 30 ans

Parmi ces homme clés qui ont de suite adhéré au dessein de la marque : Pim Koeslag. Inconnu du grand public, cet horloger néerlandais a rejoint le groupe en 2003. Sa mission est double : doter le groupe d’une marque haut de gamme et créer pour Frédérique Constant ses futurs calibres.

La première mission s’incarne par Ateliers de Monaco, une micro niche dans laquelle l’horloger crée à l’envi des modèles haut de gamme. La seconde s’est traduite par le premier mouvement 100% manufacture du groupe, dévoilé il y a tout juste dix ans, en 2008. Aujourd’hui, Frédérique Constant dénombre 27 calibres maisons qui sont pour beaucoup, en réalité, des variations de quelques calibres souches.

Casser les prix (et le marché)

Un autre coup d’éclat survient en 2016 : la marque dévoile son premier Quantième Perpétuel, à moins de 8500 euros. Cette complication de la Haute Horlogerie est capable d’indiquer sans erreur, pendant plus d’un siècle, les jours, dates, mois et années ainsi que la phase de Lune. Cette prouesse était précédemment proposée au quintuple du prix affiché par Frédérique Constant, voire au décuple ! D’abord détestée pour avoir fait sauter le tabou d’un réservoir à très confortables marges, Frédérique Constant a ensuite été largement copiée (Montblanc, Girard-Perregaux, etc.).

Elle le sera en revanche moins avec ses deux dernières grandes innovations : l’Horological Smartwatch et la Hybrid Manufacture. La première a pris le parti d’une montre connectée habillée des atours d’une montre classique. La seconde est une pièce hybride où la mécanique est couplée à un circuit électronique. Leur développement n’appartient plus tout à fait à Frédérique Constant : depuis deux ans, faute de descendance investie dans l’affaire familiale, le groupe a été cédé à Citizen. Une nouvelle page se tourne.