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Publié par le 14.12.2017

DESTI-NATIONS

 Drames, amours, passions, telles sont les couleurs annoncées pour la dernière saison du Grand Théâtre dans les murs de bois de l’Opéra des Nations. Quel dommage, le public s’était (presque) accoutumé à celui-ci et avait (presque) perdu le réflexe de se rendre instinctivement Place de Neuve pour n’y trouver que… des échafaudages. Au programme de cette saison remplie d’aventures, une palette d’opéras mettant en avant nouvelles productions et jeunes talents, mais aussi des ballets issus de trois mondes que tout oppose ainsi que des récitals de qualité, articulés autour de bijoux de Castafiore, de danseuses de flamenco, de tours enflammées, de barbiers et de bagues de fiançailles. Alors… que choisirez-vous?

Par Fabien Bergerat Djabar 

La Head s’expose à l’Opéra des Nations – Création : Joanne Savary, Tiki Bordin, Sidonie Teikiteetini, Tamara Liardet, Jessica Mascellino © Raphaëlle Mueller

Figaro-ci, Figaro-là

«Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur», fait dire Beaumarchais à son fils le plus légitime, Figaro, au milieu d’un extensif monologue au cours duquel ce dernier reproche à la femme sa décevante faiblesse, tel un insolent brise-cœurs revendiquant son droit à la sottise. À la fois maître et valet, fruit du plus grand cru de l’opportunisme, Figaro incarne un hé- donisme débridé. Figure de modernité à l’avant-garde des révolutions, le plus futé des sévillans a su séduire Mozart à peine huit ans après sa naissance sous la plume du dramaturge français et, sans s’encombrer de précautions inutiles, le jeune compositeur nous livre ses célèbres Noces, que Rossini augmentera d’une hilarante préquelle en 1816 avec Le barbier de Séville. Caractérisées par une exquise balance entre légèreté et caricature des enjeux sociaux de l’époque, ces deux pièces comptent parmi les opéras les plus produits au monde et constituent le point d’orgue de la prochaine saison du Grand Théâtre. Mis en scène par Sam Brown et dirigé par Jonathan Nott, qui a récemment fait briller l’OSR, Il Barbiere di Siviglia ouvrira le bal avec le baryton pavesan Bruno Taddia dans le rôle titre, et la mezzo-soprano ukrainienne Lena Belkina dans une très attendue Rosine, dont le succès reposera sur l’équilibre entre virtuosité maîtrisée et jeu comique passionné.

Les célèbres Nozze di Figaro nous raconteront la suite des aventures de l’illustre merlan, bien que le librettiste ait pris la précaution – utile cette fois – de se faire censeur en «omettant» de traduire les références politiques afin de caresser l’empereur Joseph II dans le sens du poil. La cérémonie sera tenue par Marko Letonja, qui dirigeait Manon la saison dernière, avec une mise en scène de Tobias Richter, qui s’absentera brièvement du bureau du directeur pour renouer avec l’art de la mise en scène, qu’il pratiquait lors de ses débuts au Grand Théâtre en 1972.

 On oublie parfois que Beaumarchais nous a laissé un troisième volet, La Mère coupable, qui inspira l’opéra éponyme de Darius Milhaud créé en 1966 au Grand Théâtre de Genève et dont la notoriété demeure de toute évidence anecdotique. Créé à Cardiff en 2016, Figaro Gets a Divorce d’Elena Langer tente à nouveau l’aventure avec un titre plutôt annonciateur, puisque Suzanna plaque son barbier. Un divorce via lequel la compositrice britannique se mesure à ses grands prédécesseurs, et si Figaro et Suzanna choisissent des chemins différents, nous espérons tout de même que l’alliance subsistera entre le public et son héros.

Figaro ? La Barbe !

Oui, le Grand Théâtre a aussi prévu d’autres opéras, à commencer par un joyau perdu, Fantasio, composé par Offenbach sur un livret de Paul de Musset et basé sur une pièce de son illustre frère Alfred, avant d’être livré aux oubliettes. Thomas Jolly l’en ressort pour ses débuts au Grand Théâtre, avec une mise en scène qui s’annonce novatrice.

Bien que plus méphistophélique, il n’a jamais été question d’oubliettes pour Faust de Gounod, dont l’air des bijoux nous rappellera avec sourire les prestations assourdissantes de Bianca Castafiore. Bien ancré dans la culture populaire, ce chef-d’œuvre est, après Carmen, l’opéra français le plus célèbre. Cette saison, c’est le français Georges Lavaudant qui en assurera la mise en scène pour ses débuts au Grand Théâtre, avec à la direction Jesús López Cobos, qui est pour sa part un habitué des lieux, ayant notamment conduit l’excellent Guillaume Tell lors de la dernière saison à la Place Neuve.

Surnommées Cav et Pag depuis qu’elles se sont partagées une affiche au Met en 1895, la Cavalleria Rusticana de Mascagni et I Pagliacci de Leoncavallo seront également jouées ensemble la saison prochaine, étant chacune trop courte pour en faire une soirée. D’une même époque mais de compositeurs différents, ces œuvres ont un caractère ostensiblement sororal qui – avec le temps – les a rendues indissociables. Alexander Joel assurera la direction du diptyque, dont les mises en scène seront assurées par Emma Dante pour Cav et Serena Sinigaglia pour Pag.

affiche de Cavalleria Rusticana à l’Opéra des Nations du 17 au 29 mars Go Out! Magazine

Cavalleria Rusticana Pietro Mascagni – Du 17 au 29 mars 2018

Pour clore la saison, l’illustre opéra des opéras, comme le qualifiait Wagner, se déchaînera sur les planches des Nations. Don Giovanni ressort en effet son little black book, dans lequel sont cataloguées ses 640 conquêtes italiennes, 231 allemandes, 100 françaises, 91 turques et, comme le chante avec justesse Leporello, «in Spagna 1003». Le Don Juan saura chauffer les esprits des coureurs de jupons avant le solstice, sous la baguette de Stefan Soltesz et avec Simon Keenlyside dans le rôle titre.

Affiche de l'opéra de Don Giovanni - Grand Théâtre - Go Out!

Don Giovanni – Du 1 er au 17 juin 2018

Bons Tons

Plusieurs voix pour le moins éminentes donneront également le ton à la saison, à commencer par la contralto québécoise Marie-Nicole Lemieux. Après s’être plu à parcourir le répertoire baroque, celle-ci a eu l’occasion de s’essayer avec succès aux mélodies françaises et italiennes, passant notamment par les maestros Rossini i Verdi et incarnant avec grande conviction les personnages qu’elle chante tour à tour. Ayant l’occasion de se produire avec de grands orchestres, elle envoûtera plutôt de ses cordes vocales le public genevois lors d’un récital, pour lequel elle sera accompagnée par le pianiste anglais Roger Vignoles

Marie-Nicole Lemieux

Autre récital, celui de la voix de basse de Mikhail Petrenko. Né en 1975, il a passé son enfance à StPétersbourg et fait ses débuts au Théâtre Mariinksy avant de voir sa carrière propulsée à l’internationale en 2004, s’étant notamment vu attribuer le rôle clé de Hunding dans La Walkyrie par Daniel Barenboim. Et du côté des concerts dits «exceptionnels», la soprano bulgare Sonya Yoncheva fera aussi une entrée sur scène remarquée. Après avoir étudié au Conservatoire de Genève et fait ses gammes auprès du Chœur du Grand Théâtre, la jeune récitante a récemment su incarner avec brio les rôles de Norma au Royal Opera House ainsi que de l’héroïne de La Traviata au Metropolitan Opera.

Portrait de Mikhail Petrenko Opéra des Nations Genève Go Out Ballet

Récital de Mikhail Petrenko – Mercredi 6 juin 2018 à 19h30

Pas Chassés

Trois ballets issus de royaumes totalement disparates marqueront également la saison. Le premier, Callas, est un témoin du Tanztheater, un style développé dans les années 20 et 30 autour des travaux de Rudolf Laban, qui a par la suite pris un bel essor sous l’influence de Pina Bausch ainsi que de Reinhild Hoffmann. Cette dernière est la chorégraphe du ballet en question, dont le titre s’inspire de la célèbre cantatrice grecque Maria Callas, qui a marqué l’histoire aussi bien de sa voix que de son mystérieux décès et que l’on surnommait La Diva assoluta.

Ballet Las Callas à l'opéra des Nations du 10 au 17 octobre 2017 Genève

Callas – Ballet du Grand Théâtre de Genève du 10 au 17 octobre 2017

Le ballet Voces transmettra lui l’univers du flamenco dans toute sa splendeur, avec ses chants, ses costumes typiques et ses décors intimistes permettant de rapprocher musiciens et danseurs. Il a été imaginé par Sara Baras, qui a grandi dans la belle ville de Cadix et qui a créé sa propre compagnie en 1998, grâce à laquelle elle a pu collaborer avec de (très) grands noms tels que Paco de Lucía.

Ballet flamenco Voces avec Sara Barras du 21 au 25 février

Ballet flamenco Voces – Sara Barras du 21 au 25 février

La saison se ponctuera finalement par la création mondiale Vertige romantique, une danse visant à explorer en deux actes les tourments dont se compose le romantisme. Le premier, Fallen, sera l’œuvre du chorégraphe américain Andrew Skeels, composé en harmonie avec des morceaux de Tchaïkovsky et de Schuman et paré de costumes made in On Aura Tout Vu, la maison qui avait déjà positivement marqué de sa griffe Casse-Noisette ainsi que Carmina Burana. Le second, Return to Nothingness, sera signé Natalia Horecna sur des tons schubertiens, remettant dès lors le mouvement romantique au goût du jour par deux coups. Côté ballet, pourrait-il donc s’agir d’un trio gagnant? Qui vivra verra.

Grand Théâtre de Genève

Saison 2017-2018

Opéra des Nations |Avenue de France 40 – 1202 Genève

Billetterie et abonnements: 022 322 50 50