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Publié par le 13.09.2018

Pour ceux qui écoutent la radio, un single en particulier retient l’attention en ce moment. C’est « Colosse de Rhodes » du groupe genevois Cyril Cyril. En parlant avec un des deux Cyrils, on comprend qu’il ne s’agit pas d’un pluriel de majesté. Cela n’irait d’ailleurs pas du tout avec les vines respectives de Cyril Bondi et de Cyril Yeterian. Le premier vient d’une sorte de jazz hypnotique (Plaistow, Diatribes, La Tène, Insub Meta Orchestra), le second du rock cajun (Mama Rosin) et le magasin de disques et record label Bongo Joe.
Par VINCENT MAGNENAT

D’après Yeterian, la collaboration entre ces deux pôles donne qu’avec Cyril Cyril, l’un a l’impression de faire du mainstream, l’autre de l’underground qui tache. Amusante conséquence des rapports humains.

Le rock n’est toujours pas mort donc, et forts de leurs expériences respectives, le duo reprend ses bases, un banjo au lieu de l’accordéon, des pédales d’effet, une batterie retravaillée et augmentée, une solide introspection et c’est parti !

L’album « Certaines Ruines », d’où est tiré « Colosse de Rhodes », se balade sur une texture musicale rock psychédélique, de la folk « turquisante » et des percussions étouffées très parlantes et qui dressent une atmosphère de contemplation. On vit une période de dépoussiérage intensif de la musique turque, maghrébine, iranienne et quelque part, voulu ou non, on est ici dans cette thématique. C’est appréciable, on est véritablement entre le mystique et le spoken word. Nicolas Julliard du Temps, le qualifie de « muezzin sans frontières », on valide. Oui car Yeterian parle ses textes, les scande avec talent même, et laisse la chanson aux instruments, alors que Bondi a construit sa batterie avec de multiples objets hétéroclites.

Le fond textuel par exemple dans « Sous la mer » évoque le décalage entre l’homme et l’urbain, le sapiens nomade et le col blanc qui « tourne en rond » et on est invité à aller voir « sous la mer » car ç’y est calme. Les passages en arabes de Yeterian renvoient à ses racines d’Arménien du Liban, qu’il lui a fallu aller cartharsiser auprès de ses chers géniteurs. Saine occupation s’il en est. L’omniprésence des « pommes analogues », « technofutur, rétrofutur, donne tes données, je te donne mes données » où on devine l’interrogation que nous avons finalement probablement tous sur l’accélération technologique, la violence sociale en général qui renvoie au « Léviathan », la société selon John Hobbes, qui écrase l’humain d’une foule d’inquiétudes.

On notera une exploration du côté des Doors, avec un texte chanté en arabe dans « Sayyara ». Votre serviteur n’étant encore que très partiellement locuteur de la langue d’Ibn Khaldoun, il faudra se passer de la signification ici.

D’un côté, on nous parle de « folk-transe », de l’autre de « tandem fanfare-fantôme »… Il est en tout cas certain que la légèreté naïve se drape de feutre lourd et c’est vraiment plaisant.

Cyril Cyril
Le 15 septembre à 21h30
Dans le cadre du Festival de la Bâtie
pour la Total Bongo Joe Night
Kalvingrad – Usine
4, place des Volontaires – 1204 Genève
www.facebook.com/cyrilcyrilband/