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Publié par le 06.05.2018

Le Baiser de l’Hôtel de Ville, les usines Renault, les milliardaires de Palm Springs, les paysans d´URSS, les shootings mode pour Vogue, les écoliers à culottes courtes… Robert Doisneau a tout photographié ! Normal que le Boléro, décide d’exposer ce géant de la photographie. Sous l’impulsion créative d’Olivier Delhoume, responsable culturel de la ville de Versoix, la galerie propose dès le 26 mai prochain une rétrospective inédite en Suisse avec 70 photographies originales. L’œil vissé sur son appareil, ce génial photo-reporter était avant tout connu pour partir à la rencontre de cafés désuets et de gens immuables, dans une France, dont le charme saute aujourd’hui aux yeux et prend la gorge : des séquences de vie devenues icônes intemporelles ! Ainsi, d’une image à l’autre, d’une époque à une autre, des années 30 à celles des années 60, on embarque aux côtés de ce chasseur d’instants, en découvrant des clichés saisissants, des témoignages piquants pris sur le vif, et portraits touchants. À travers le regard intense et forcément subjectif d’un artiste-artisan soucieux de saisir la réalité, telle qu’elle est, avec pudeur et simplicité, on se laisse emporter par un road-picture à la manière d’un Kerouac ou la poésie d’un Prévert. Et le temps semble alors suspendu… Bulle discursive sur cette rétrospective avec Olivier Delhoume, expert en photo.

Robert Doisneau dans son atelier, 1983 (c)Peter Turnley, article doisneau, déclics et des déclichés par mina sidi ali pour go out magazine mai 2018

Robert Doisneau dans son atelier (c)Peter Turnley, 1983

COMMENT AVEZ-VOUS ORGANISÉ CETTE RÉTROSPECTIVE SUR ROBERT DOISNEAU ET COMMENT S’EST OPÉRÉ LE CHOIX DES PHOTOS ?

Il s’agit d’une collaboration avec les deux filles de Robert Doisneau : Francine Doisneau-Deroudille et Annette Doisneau qui animent l’Atelier Robert Doisneau et gèrent le fonds photographique de 450 000 négatifs de leur père. On a tout d’abord regardé les séries proposées et j’ai opté pour un ensemble comprenant les plus célèbres chefs d’œuvre afin de répondre à l’attente du public. Puis, comme l’exposition se déroule jusqu’à l’été, j’ai souhaité y ajouter la suite Les grandes vacances. À partir de 1936, les congés payés ont fait souffler un grand esprit de liberté. C’est l’invention des premières grandes vacances et le début des loisirs pour tous : on part sur les routes de campagne ou découvrir la mer avec d’improbables moyens de locomotion et l’arrivée de l’automobile. Cet âge d’or fut particulièrement bien saisi par Robert Doisneau également après-guerre et dans les années 60. C’est une sorte d’album de famille qui capte les émotions d’une société dans ses changements.

La dame indignée », 1948 (c)Robert Doisneau, article doisneau: déclics et des clichés par mina sidi ali pour go out magazine mai 2018

« La dame indignée » (c)Robert Doisneau, 1948

ROBERT DOISNEAU N’EST-IL QU’UN PHOTOGRAPHE DE SON ÉPOQUE OU UN ARTISTE DONT L’OEUVRE SERAIT DEVENUE INTEMPORELLE ?

Je suis intimement convaincu que l’œuvre de Robert Doisneau est intemporel. S’il fut tout d’abord reporter, il a compris rapidement que ses images dépassaient le simple témoignage visuel de son temps. L’intérêt d’un large public et d’intellectuels ainsi que la publication de nombreux ouvrages de son vivant en attestent. Avec sensibilité et parfois humour, Doisneau a photographié ses contemporains. Mais à travers les sujets qu’il traite, il aborde des thèmes universels. L’exposition du Boléro s’intéresse au cœur de son travail en noir et blanc ; ce qui permet d’être au plus près de l’humain, sans l’artifice de la couleur. S’il fait preuve parfois d’humour, Doisneau reste toujours bienveillant avec son sujet. Ce maître de l’instantané est pleinement un artiste. Un sourire d’enfant, une explosion de joie ou le temps des misères tels que Robert Doisneau a pu les révéler sont éternels.

Les pains de picasso » (c)Robert Doisneau, 1952, article doisneau, déclics et des déclichés par mina sidi ali pour go out magazine mai 2018

« Les pains de Picasso » (c)Robert Doisneau, 1952

QUAND VOUS PARLEZ D’INSTANTANÉ, ON SAIT QUE CERTAINES DE SES ŒUVRES ÉTAIENT DES COMMANDES AVEC DES MISES EN SCÈNE. ON PENSE AU BAISER DE L’HÔTEL DE VILLE, UNE PHOTO PRISE POUR LE COMPTE DU MAGAZINE AMÉRICAIN LIFE. PHOTO POSÉE OU PHOTO VOLÉE ?

Si Robert Doisneau a le plus souvent agit comme un témoin-reporter, il a pu lui arriver de recomposer avec des amis une scène qui lui avait échappée sur le vif et ce ne serait pas condamnable. Il a aussi travaillé sur commande en plaçant ses sujets. Il faut savoir que beaucoup de photographes interviennent comme les metteurs en scène de leurs images et l’on n’y voit généralement pas de problème ; il s’agit alors de compositions créatives et d’expression artistique. Mais pour Doisneau dont on attend des instantanés, cela aurait pu surprendre. Cependant, la question qui s’est posée pour ce « Baiser », est plus le droit à une rémunération des personnes photographiées que véritablement une question d’authenticité de la démarche artistique. Lorsqu’une image prise un après-midi amical devient une icône du XXe siècle, il se peut que vos amis demandent à percevoir quelque rétribution. Et c’est, je crois, ce qui est arrivé. Cette photographie reste une œuvre majeure et le baiser semble bien sincère.

Le Baiser de l'hôtel de ville » Paris, 1950 (c)Robert Doisneau, article doisneau: déclics et des clichés par mina sidi ali pour go out magazine mai 2018

Le Baiser de l’hôtel de ville » (c)Robert Doisneau, 1950, Paris

QU’AVEZ-VOUS PRÉVU AUTOUR DE L’EXPOSITION ?

Nous organisons un week-end, en entrée libre, au cœur de la galerie du 25 au 27 mai. Le vendredi à 20h30, nous proposons un concert du Quartet Charles-Guillaume Méla qui revisite tous les standards du jazz. Nous poursuivons le samedi avec le vernissage officiel à 18h. Puis, le dimanche à 18h, nous offrons un apéro-concert avec l’ensemble Les Vents Blancs. En juin, nous prévoyons de projeter le documentaire Robert Doisneau, le révolté du merveilleux, une co-production ARTE réalisée par sa petite-fille, Clémentine Deroudille. Cette exposition au Boléro constitue le premier grand hommage suisse rendu à ce photographe majeur de l’histoire de l’art.

Robert Doisneau, photographies
Exposition du 26 mai au 29 juillet 2018
Vernissage samedi 26 mai de 18h à 20h
Au Boléro
Entrée libre du mardi au dimanche de 15h à 18h
022 950 84 00

Boléro | Chemin Jean-Baptiste Vandelle, 8