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Publié par le 29.03.2018

Aux alentours de minuit, un début de tempête gronde sur la grande scène du Théâtre Pitoëff, la marée monte dangereusement. Parée à la houle, la foule se prépare à faire face à un ouragan de niveau 12 sur l’échelle de Beaufort: Disiz. Convié par le festival Voix de Fête, aussi à l’aise qu’un poisson dans le flow, il assène une escadrille de punchlines aussi percutantes qu’une nuée de torpilles. La fosse s’agite puis déborde de l’aquarium lorsque qu’il entonne son morceau Carré Bleu. Force est de constater que celui qui a commencé Poisson Rouge dompte désormais l’océan Pacifique. Pour Go Out! il se jette à l’eau, le temps d’un interview à contre-courant. 

Quasiment un an après la sortie de ton album Pacifique, quel bilan fais-tu de cette aventure ? De manière générale je ne fais jamais de bilan de mes projets, je ne suis pas du genre à regarder dans le rétroviseur de ma carrière et c’est pourquoi je suis encore en vie artistiquement parlant je pense. En tout cas avec Pacifique j’ai trouvé une certaine sonorité que j’avais déjà explorée par le passé avec Peter Punk, ainsi j’estime m’être affranchi de beaucoup de codes. Ce projet est un condensé de mes différentes personnalités artistiques, qu’elles soient purement rap comme L.U.T.T.E, ou davantage expérimentales avec ADN.

Toi qui a exploré beaucoup de styles musicaux différents au cours de ta carrière, il y’a des sonorités que tu aimerais apprivoiser ? Je vais peut-être t’étonner, mais l’univers country m’intéresse, pas les trucs clichés avec la panoplie du cowboy hein. Par exemple on ressent un peu cette influence dans les morceaux de Post Malone. C’est ce côté hybride, ce mélange des genres que j’aime expérimenter. Sinon j’ai envie de me replonger dans des sonorités purement africaines, je pense avoir acquis une culture beaucoup plus poussée et pertinente que par le passé sur le sujet.

Portrait de Disiz pour l'interview de Go Out

Sérigne M’Baye Gueye aka Disiz la peste

Racontes-nous ta connexion avec Dabeull, artiste funk du label Roche Musique qui a bossé sur Pacifique. C’est cool que tu connaisses ce gars ! En fait de base j’ai eu écho de son travail via son ancien duo Donovans. De fil en aiguille, il a commencé à m’envoyer des prods que j’ai adoré mais elles ne s’intégraient pas à mes projets. Par la suite je l’ai recontacté pour bosser sur le morceau Ça va aller et j’ai réellement découvert le personnage avec ses vidéos INDASTUDIO. La vraie rencontre s’est faite quand je suis allé chez lui : on s’est tout de suite très bien entendus ! En plus d’être super créatif le mec à des claviers de malade. Je suis un fan absolu de Prince et quand j’ai vu que Dabeull possédait la même line drum que lui j’étais admiratif !

Tu penses collaborer avec lui par la suite ? On va sortir un EP ensemble yes ! Ce gars vit littéralement la musique, et pas seulement au niveau de la funk, il est très doué en matière d’électro aussi. D’ailleurs c’est lui qui a produit l’intro de mon nouvel album.

Suite au mythique mini EP de 2011 avec ton pote Grems, aura-t-on droit à un Klub Sandwich vol 2 ? C’est tout à fait possible ! Grems fait partie des rares amis que j’ai dans le milieu. C’est un artiste qui m’a beaucoup apporté et qui m’a fait découvrir Myspace à l’époque où personne ne connaissait cette plateforme. Quand je suis en studio avec lui c’est carrément jouissif, on se marre bien !

Après la Belgique, c’est au tour de la scène rap made in Switzerland de s’imposer dans l’hexagone, tu écoutes des rappeurs suisses ?  Non mais je travaille avec des producteurs suisses dont Shady qui a beaucoup bossé sur mon prochain album. Niveau artistes je connais Stress de l’époque de Double Pact bien évidemment, mais sinon je n’ai pas encore eu l’occasion d’écouter la nouvelle génération. L’état d’esprit de la scène suisse me fait penser à son homologue belge car les deux sont totalement décomplexées par rapport à ce qu’il se trame aux US. Je trouve qu’en France niveau rap on prend trop exemple sur les Etats Unis et au final on ne tente rien de nouveau. Par exemple les prods de Shady sont aussi travaillées qu’un son de Travi$ Scott mais ce n’est pas pour autant un copier-coller et c’est cette subtilité qui me plait.

Véritable geek du septième art, quels sont les longs métrages qui t’ont marqué récemment ? Deux films m’ont mis une véritable claque cinématographique : Sicario de Denis Villeneuve, extraordinaire, honnêtement j’ai dû le voir dix fois tellement il m’a plu. Et pour le second, Gone Girl de David Fincher.

Y’a quoi dans ta playlist en ce moment ? Je prends plaisir à réécouter l’excellente première mixtape de Travi$ Scott, Owl Pharaoh.

Pour reprendre le titre d’un morceau de Rap Machine, tu fais quoi « Chaque week-end » ? Alors celui-là sera différent des autres car je vais fêter mon anniversaire avec mes proches, mais en général mes week-end se résument à profiter d’être avec ma famille et mes potes, sans oublier de mater des films !

Je te laisse le mot, la phrase ou le monologue de fin. Je n’ai jamais de mot de fin car je préfère les débuts.

Pour suivre Disiz c’est par ici et par que ça se passe.