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Publié par le 12.07.2018

Il y a tout juste une année, Aya Stürenberg-Rossi voyait nommé son successeur à la direction du Festival de la Bâtie, Claude Ratzé, ancien du sérail qui quittait alors la direction de l’Association pour la Danse Contemporaine (ADC). La conférence de presse qui dévoilait la programmation complète de cette édition charnière s’est tenue mi-juin et nous sommes partis discuter avec Claude de ses intentions et impressions sur cette nouvelle édition d’une manifestation devenue institution. Claude Ratzé, c’est plus d’une décennie au Festival de la Bâtie, puis vingt-quatre ans à l’ADC, le Prix Spécial de la Danse 2015 et le co-fondateur d’Antigel. Bref, Claude c’est un type qui ne fait rien et qui se tourne les pouces jusqu’à la tendinite, la preuve ! Danse, théâtre et musique: le champs des possibles est vaste. 

Par Vincent Magnenat

Il y a tout juste une année, Aya Stürenberg-Rossi voyait nommé son successeur à la direction du Festival de la Bâtie, Claude Ratzé, ancien du sérail qui quittait alors la direction de l’Association pour la Danse Contemporaine (ADC). La conférence de presse qui dévoilait la programmation complète de cette édition charnière s’est tenue mi-juin et nous sommes partis discuter avec Claude de ses intentions et impressions sur cette nouvelle édition d’une manifestation devenue institution. Claude Ratzé, c’est plus d’une décennie au Festival de la Bâtie, puis vingt-quatre ans à l’ADC, le Prix Spécial de la Danse 2015 et le co-fondateur d’Antigel. Bref, Claude c’est un type qui ne fait rien et qui se tourne les pouces jusqu’à la tendinite, la preuve ! Danse, théâtre et musique : le champs des possibles est vaste.

Claude Ratzé © Dorothée Thébert

Concernant le volet musical de la prochaine édition du Festival de la Bâtie, que peut-on dire de l’évolution de la nouvelle ligne directrice?

L’idée était d’avoir un conseiller musical qui soit presque un programmateur afin de s’assurer d’être à un certain diapason à la fois du public noctambule mélophile et de l’esprit général du festival. Il y a une volonté de travailler avec une personne d’une autre génération, donc forcément cela amène une autre facture qu’avant. C’est aussi pour cela qu’on investit cette année non seulement des salles de concert mais aussi des clubs. Sur l’évolution de la ligne, on peut dire que j’ai décidé notamment de cesser de programmer des grosses têtes d’affiches qui côtoyaient musicalement des choses tout de suite plus pointues; il y a une volonté claire de resserrer la cohérence du festival, de la rendre plus compacte pour plus de pertinence. Le choix des emplacements aussi s’est trouvé guidé en partie par la volonté de réinvestir les lieux de musique, plutôt que seulement des théâtres, pour faire honneur au fait musical en soi mais aussi de marquer l’ouverture de la saison culturelle genevoise pour 18/19. Il est vrai que jusque là, la Bâtie était peut-être un peu moins axée sur ce genre de préoccupations. Auparavant, la musique était traitée presque comme une pièce rapportée à la Bâtie, alors que théâtre et danse avaient eux une grande cohérence, sans bien sûr non plus être trop dogmatiques. Le programme papier illustre d’ailleurs cette volonté de fluidité entre les propositions en présentant les évènements de manière uniquement chronologique.

Peut-on parler de réforme par opposition à une révolution: on rafraîchit sans passer les 42 ans du festival au bulldozer?

Oui, je suis avec d’accord avec cette idée. Réformer une chose qui fonctionne plutôt que de faire table rase.

Vous aviez quitté la Bâtie il y a plus de vingt ans. Est-ce qu’à un moment vous avez pu vous dire que vous alliez y revenir?

Non, pas vraiment. Comme j’étais en parallèle impliqué dans la programmation de l’ADC et que cette dernière commençait à prendre plus d’ampleur, notamment avec la construction du Pavillon de la Danse à Lancy, c’est venu assez naturellement. C’est un moment où j’ai dû choisir mon cheval de bataille et cesser de courir le lièvre sur tous les tableaux. J’avais envie de me focaliser sur un enjeu institutionnel d’une grande importance et pour lequel j’avais beaucoup travaillé avec mes camarades. Je sentais également que j’avais fait un peu le tour et qu’il était devenu évident qu’il serait très confortable de partir, et dans des très bonnes conditions, en toute fluidité. Chose que je reproduis finalement vingt ans plus tard avec l’ADC où je quitte le navire dans un contexte de calme et de communs accords. Je me suis toujours dit que c’était ainsi qu’il fallait quitter quelque chose, c’était du coup très agréable pour moi.

Quels sont les challenges à relever à la Bâtie vingt ans plus tard? Comment s’est passée la rencontre entre votre expérience passée au sein du festival et vos idées pour le futur de celui-ci?

Je ne suis pas un programmeur de la rupture, j’avais envie d’une certaine continuité. Puisqu’on m’en donne l’occasion, j’ai notamment l’intention de reprendre des pans de la Bâtie qui étaient peut-être moins exploités et les réactiver. On parle entre autres de la territorialité du festival. Historiquement, la Bâtie est trans-frontalière et il n’était pas question de s’en détourner. C’était l’occasion à l’inverse de reconsidérer profondément l’implication des communes genevoises dans l’émulation culturelle du festival. Même si la Bâtie s’estampille «de Genève», cette appellation ne se limite pas à la ville elle-même et il est indispensable aujourd’hui d’inclure ce territoire qui mute constamment dans le questionnement culturel au sens large. Je ne perçois pas la Bâtie comme un bloc autonome qui se suffit à lui-même, au contraire je veux qu’on puisse mettre un pied dans les maisons, parfois avec force, parfois avec complicité, ou logique mais aussi à contre-temps, on veut remuer et mélanger un peu les dynamiques, les rendre peut-être plus organiques. C’est important pour moi de m’être associé à la Nouvelle Comédie par exemple, dans la ligne d’une Bâtie plus en contact avec le monde extérieur. Cette dame d’âge mûr qu’est aujourd’hui le festival de la Bâtie, j’ai un peu envie de la bousculer mais de la respecter en même temps. Je ne m’interdis pas de programmer à nouveau certains artistes sous prétexte que ça serait une sorte de faux-pas. Donc la Bâtie se veut un peu moins exclusive qu’auparavant, c’est un autre point.

Il y a tout juste une année, Aya Stürenberg-Rossi voyait nommé son successeur à la direction du Festival de la Bâtie, Claude Ratzé, ancien du sérail qui quittait alors la direction de l’Association pour la Danse Contemporaine (ADC). La conférence de presse qui dévoilait la programmation complète de cette édition charnière s’est tenue mi-juin et nous sommes partis discuter avec Claude de ses intentions et impressions sur cette nouvelle édition d’une manifestation devenue institution. Claude Ratzé, c’est plus d’une décennie au Festival de la Bâtie, puis vingt-quatre ans à l’ADC, le Prix Spécial de la Danse 2015 et le co-fondateur d’Antigel. Bref, Claude c’est un type qui ne fait rien et qui se tourne les pouces jusqu’à la tendinite, la preuve ! Danse, théâtre et musique : le champs des possibles est vaste.Etes-vous satisfait du chemin emprunté et parcouru depuis vingt ans, notamment en ce qui concerne la danse?

Je suis parti d’une Bâtie encore très associative pour en retrouver une assez institutionnelle dans la manière de travailler, l’organisation… Avant, tout cela était plus alternatif. C’était l’époque des squats, de l’ouverture d’Artamis. La Bâtie était sortie du bois pour entrer dans les théâtres et j’ai connu cette transformation vers un modèle plus professionnel. De concert avec les autres programmateurs, on avait décidé à cette époque de mettre de l’argent sur des projets chorégraphiques, comme Merce Cunningham, qui comportaient beaucoup de risques parce qu’on pensait que la salle serait vide. Le succès était heureusement au rendez-vous et ça a ouvert énormément de perspectives par la suite. J’étais d’ailleurs souvent le premier à programmer ce genre de contenus et cela a été pour moi des années de dingue en terme d’innovation artistique pour la danse. En plus de l’Association pour la Danse Contemporaine (ADC), l’ouverture du Théâtre Forum Meyrin et d’un certain nombre de théâtres, il est vrai que la Bâtie a énormément contribué à ce qu’on ose programmer de la danse. Le festival que je retrouve vingt ans plus tard a continué sur cette voie. Et cela me réjouit aujourd’hui d’être assez culotté pour programmer Jérôme Bell, qui avait fait son chemin depuis 1989 dans une Orangerie qui n’avait pas été rénovée, au Théâtre du Léman cette saison: il s’agit vraiment d’une continuité, dans le sens de la réforme dont on vient de parler. Bien sûr, cette édition est pour moi assez expérimentale, forcément, en tant que directeur fraîchement débarqué, et j’aurai à coeur d’en observer le déroulement pour pouvoir approfondir et affiner son amélioration.

Aujourd’hui on a des groupes de jeunes gens qui organisent des raves-parties sauvages dans tout le canton et notamment dans le Bois de la Bâtie, que cela vous inspire-t-il en termes justement de cycles culturels ?

C’est plutôt réjouissant que les nouvelles générations aient envie de retrouver aujourd’hui le sens d’une certaine alternative. C’était déjà très compliqué pour le coup il y a quarante-deux ans, et je pense qu’aujourd’hui ça l’est davantage encore. Genève a besoin d’une culture alternative. Même si la contre-culture d’hier est devenue la culture d’aujourd’hui et que beaucoup de combats ont été couronnés de succès, il reste toujours énormément à faire. On est désormais beaucoup plus mélangés, les lignes ont complètement éclaté. Je n’ai aucune honte à discuter avec le Grand-Théâtre ou l’OSR par exemple, on est loin de l’opposition frontale des débuts avec la culture dite bourgeoise. En tous cas, si on parle de contre-initiatives qui s’inscriraient contre la Bâtie, eh bien: bienvenue! (rires).

La Bâtie – Festival de Genève
Du 30 août au 16 septembre
Divers lieux
www.batie.ch