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Publié par le 11.02.2018

Le festival Antigel prend ses quartiers pour la huitième année consécutive au coeur de l’hiver genevois et ce jusqu’au 17 février. La durée (trois semaines) de l’événement et la saison dans laquelle il s’inscrit ne sont pas les seuls signes manifestes de son originalité survoltée. En effet, comme à l’accoutumée, il porte haut l’étendard de l’insolite et de l’ouverture, repoussant les limites entre les disciplines artistiques et les générations, abolissant les frontières géographiques entre centre et périphérie pour distiller à travers tout le canton et au-delà sa vision de l’art, de la culture et de la fête, qui s’exprime par des projets délirants et parfois démesurés. Go Out! vous invite ici à une exploration non exhaustive des pérégrinations hors des sentiers battus accomplies par Antigel, le festival qui part à l’assaut du champ des (im)possibles, où des lieux de toutes natures deviennent des terreaux de créativité et durant lequel les festivaliers abandonnent avec bonheur leur zone de confort.

 

À l’heure où nous mettons sous presse, la 8ème édition d’Antigel commence tout juste à souffler son vent d’effervescence sur le canton, que le festival fait sortir de sa torpeur hivernale pendant trois semaines à revigorants coups de concerts, performances, spectacles de danse, soirées et activités. Les plus braves d’entre vous auront d’ailleurs vaillamment lancé l’approche des festivités en défiant la pluie le 20 janvier dernier lors du désormais traditionnel Antigel Run, que ce soit dans sa déclinaison diurne ou nocturne bien que bariolée de lumière. Et ce n’est pas un hasard si le festival débute par de la course à pied: non seulement son codirecteur Eric Linder – plus connu sous son pseudo de musicien, Polar – est un ancien coureur de fond, mais c’est aussi peut-être bien car l’exercice symbolise le déploiement d’énergie inhérent à Antigel, qui invite à arpenter le canton en long et en large en s’ouvrant à une foule de formes d’expressions artistiques. Cette hypothèse se vérifie sans doute un peu plus cette année, le mot d’ordre de la manifestation étant « Explore Genève ».

Affiche d'Antigel Botanique (c) Joëlle Flumet

Antigel Botanique (c) Joëlle Flumet

D’ailleurs, louvoyant vers le Grand Genève, la fibre aventureuse des organisateurs les a poussés pour la première fois jusqu’au-delà des frontières cantonales et même nationales, à la conquête de la France voisine, pour des événements siglés « Made in Antigel ». Ces projets ultra originaux, à l’interface des disciplines et investissant des lieux hors du commun, sont devenus au fil des éditions la griffe qui distingue sans conteste le festival de ses homologues comme la Bâtie. Usine d’incinération des Cheneviers, entrepôt des TPG, sous-sols du Bois de la Bâtie, Bains de Cressy, parking du Vélodrome et autres lieux improbables pour performances mémorables se sont succédés au gré des cuvées précédentes, laissant la place cette année à quatre créations : « Archi Trip » à l’école En-Sauvy de Lancy, « Botanica » au Jardin botanique, « Duels au Fort l’Ecluse » et « Les foudres du Salève » à Etrembières. Il s’agira respectivement de rendre hommage en danse et géométrie à l’architecte Paul Waltenspühl, d’envisager le Jardin botanique comme une planète extraterrestre au gré d’un conte sensoriel, d’assister à des duels artistiques en un lieu brut et martial ou encore d’ « écouter » les carrières du Salève le temps d’une performance en mode plan-séquence massif. À n’en pas douter, les organisateurs d’Antigel ont eu fort à faire pour mettre sur pied ces expériences qui s’avéreront certainement impressionnantes et déroutantes !

Affiche Duel au Fort de l'Ecluse - (c) Joëlle Flumet

Duel au Fort de l’Ecluse – (c) Joëlle Flumet

Les événements plus consensuels ne désertent pas non plus la périphérie, puisque l’essentiel des festivités se déroule hors de la ville, la commune de Lancy tenant le haut du panier, notamment grâce au Grand Central qu’elle héberge. Lieu d’inauguration (Roller Skate Party) et de clôture (Happy End Party) du festival, il accueille également les soirées en collaboration avec le Motel Campo et celles placées sous les latitudes d’Egypte et d’Afrique du Sud dans le cadre des créations « Africa, what’s up? », en coproduction avec des acteurs du développement et de la culture. C’est aussi le lieu où se sustenter, puisque du jeudi au dimanche la vue panoramique de la tour s’agrémente de saveurs orientales, sous l’appellation « Syria Diorama », au cours de repas organisés en collaboration avec le restaurant Ou bien encore (pas de tajine d’agneau au menu donc, c’est du 100% végétarien) au sein du projet « Antidote ». Autre innovation de cette 8ème mouture, celui-ci incarne la volonté des organisateurs d’intégrer – avec des partenaires tels que l’Hospice général ou la Croix-Rouge genevoise – une dimension sociale au festival qui, en 2018, s’adresse en particulier aux requérants d’asile et aux jeunes en insertion professionnelle et sociale, par exemple en leur offrant des stages au coeur du staff ou encore en ayant encadré leurs entraînements pour l’Antigel Run.

Affiche Antigel Run (c) Joëlle Flumet 2018

Antigel Run (c) Joëlle Flumet

Au-delà du point de gravité du Grand Central, les festivaliers les plus prévenants auront pu notamment se délecter de la country folk rocailleuse du pourtant tout jeune Colter Wall à l’Eglise d’Aire-la-Ville ou admirer la danseuse et chorégraphe Cindy Van Acker, épaulée par les photographies de Christian Lutz lors d’un spectacle donné au Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (deux des événements sold out au moment de rédiger ces lignes). Parmi les événements pris d’assaut, citons entre autres les activités comme le « Yoga sound system & brunch detox », qui paraissent cependant un peu trop surfer sur la vague tendance pour un festival à l’ADN aussi iconoclaste qu’Antigel. Les festivaliers plus adeptes du last minute pourront avec un peu de chance – mais les billets de cette 8ème édition semblent s’arracher comme des petits pains ! – profiter de concerts dans des lieux insolites tels la piscine du Lignon, que les natifs de Bristol Idles et les Californiens de Wand feront résonner de rock, ou la chapelle de Collex en goûtant à l’improvisation contemporaine éthérée de Peter Broderick. Les salles communales ne sont pas en reste, puisque l’on y retrouvera le 15 février les célèbres Young Gods précédés du bon gros metal de Nostromo et de Prométhée (au Lignon, où se produira également Charlotte Gainsbourg le 17). La ville de Genève a aussi droit à sa part de ce pléthorique gâteau : Jane susurrera les mots de Serge sur fond d’orchestre symphonique au Victoria Hall, Aurélien Dougé fera vivre Sacre, son dispositif mouvant, soit une installation participative de sable, sel et glace (conçue avec Perrine Cado) à la Halle Nord tandis que l’Alhambra verra défiler les chantres de toutes les musiques et que la plasticienne Maëlle Gross déambulera dans le quartier des Pâquis, à la rencontre de ses habitants et de leurs oeuvres d’art.

Portrait de Charlotte Gainsbourg

Charlotte Gainsbourg – le 17 février à la Salle du Lignon

Éclectique, surprenant, innovant, fourni, Antigel s’impose à chaque nouvelle édition comme résolument incontournable sur la scène culturelle, ce que confirment la hausse constante du nombre de spectateurs (50’000 en 2017) et le fait que les communes sollicitent désormais directement les organisateurs afin de participer à l’aventure de ce festival qui promet de donner un bienvenu coup de fouet à encore bien des hivers de la région genevoise.

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Festival Antigel
Jusqu’au 17 février
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