Go Out Magazine Menu

Publié par le 06.02.2018

À 82 ans, l’artiste plasticien Christo a toujours l’énergie de ses 20 ans et une kyrielle de projets déments sous le manteau. Rares sont ceux qui, à son image, retiennent en haleine autant d’audience. C’est que pendant près d’un demi-siècle, lui et son duo épouse et complice Jeanne-Claude disparue en 2009 ont drapé des monuments (Reichstag à Berlin, Pont Neuf à Paris), dissimulé des sculptures, empaqueté des sites à valeur patrimoniale, esthétique ou symbolique (Central Park à New York, Lac d’Iseo en Italie), pour en dévoiler avec audace le mystère et la beauté. Avec plus d’une vingtaine de projets aussi monumentaux que géniaux, cet architecte de l’éphémère suscite notre imaginaire et nous offre des œuvres quasi intemporelles, bouleversantes d’éloquence. En 2018, il est l’invité d’honneur de la Foire de Belgique, la BRAFA qui se tiendra à Bruxelles du 26 janvier au 4 février. Close up sur cet insolite sculpteur in situ.

christo-in-his-studio-in-front-of-the-mastaba-project-photo-wolfgang-volz

Christo dans son studio, en face de son nouveau projet « Mastaba » photographié par Wolgang Volz

Christo en Suisse

 1968. Sous l’œil complice du directeur d’alors, Harald Szeemann, Christo emballe la Kunsthalle de Berne. Ce sera le premier empaquetage d’un édifice public par l’artiste. On connaît l’avenir qu’aura cette audacieuse démarche. En Suisse, il sévira d’ailleurs à plusieurs reprises et notamment en recouvrant les sols, les escaliers et les fenêtres de l’Architecture Museum de Bâle (1984) puis plus tard, les arbres du parc de la Fondation Beyeler à Riehen (1998). C’est en recouvrant l’objet d’une toile que l’artiste le propose au regard. Ainsi pour Christo, dévoiler consiste à recouvrir, à dissimuler. L’appel à l’imaginaire en est d’autant plus impérieux dans la mesure où ce n’est plus l’objet lui-même qui est à observer mais son enveloppe qui le transforme en un nouvel objet encore jamais vu. L’artiste montre en cachant, rend visible l’inapparent.

Photo du Kunsthalle à Berne emballé par Christo et Jeanne-Claude en 1968 Go Out!

Le Kunsthalle à Berne emballé par Christo et Jeanne-Claude en 1968

Sempiternel utopiste

22 projets réalisés et 37 refusés : tel est le palmarès de Christo et Jeanne-Claude en plus de cinquante ans de carrière. Parmi les œuvres non-abouties, le Mastaba d’Abu Dhabi, imaginé dès 1977, qu’il ne désespère pas de mener à terme. En 2016, il drape d’un tissu mordoré un pont flottant de trois kilomètres (The Floating Piers) et permet au visiteur, tel Moïse, de marcher sur l’eau et de se rendre de la berge jusqu’à l’île de Monte Isolo (d’ordinaire accessible uniquement par bateau). Par le biais de ses œuvres, symboles de prise de possession de l’espace, l’artiste américain milite avant tout pour la liberté (dont il a cruellement manqué durant les années de plomb vécues dans son pays natal la Bulgarie – sous la tutelle communiste de l’URSS), et contre la propriété. Ainsi, il choisit la nature pour exposer ses projets, lui conférant une dimension sculpturale singulière. Certes, comme les artistes du Land Art, il compose avec les paysages mais jamais n’use d’élément trouvé sur place pour la valoriser.

Des touristes sur le "Floating Piers" de Christ au lac Iseo en Italie, en juin 2016

Des touristes sur le « Floating Piers » de Christ au lac Iseo en Italie, en juin 2016

Une expo bien ficelée

Avant de voiler leurs œuvres, le duo d’«artistes emballeurs» Christo et Jeanne-Claude a, avec beaucoup de patience, dessiné, créé des collages, esquissé des croquis et conçu des maquettes. Ces éléments constitutifs de l’œuvre sont mis à l’honneur dans le cadre de la BRAFA lors d’une rétrospective – Urban Projets – présentée à L’ING Art Center, à Bruxelles jusqu’au 25 février 2018. L’exposition montre ainsi parfaitement la cristallisation de réflexions, d’engagement et de labeur collectif que chaque projet exprime. A chaque fois, c’est une entreprise complète de génie civil qui est mise sur pied, avec sa planification, ses ingénieurs, la sélection des matériaux, les relations avec les sous-traitants, la fabrication des pièces, les essais grandeur nature et l’engagement du personnel.

Financièrement insoumi

Ce sont, souvent, les chiffres vertigineux – ceux des coûts, des surfaces, des distances, des quantités de matériaux employés – qui sont retenus ou mis en avant, bien plus que l’intention de l’œuvre en elle-même. Aprement opposé à toute sponsorisation qui dénaturerait le sens même de son entreprise, Christo assure son indépendance financière par la vente de ses dessins. De même que les emballages sont destinés à disparaître, toute notion de profit s’inscrit-elle aussi dans une économie de relance qui permet à chaque projet de produire les conditions du prochain. Le duo d’artiste a donc crée un nouveau type d’échange entre art et argent. Chapeau bas !

BRAFA – Brussels Art Fair

Du 27 janvier  au 4 février 2018
Tour & Taxis, avenue du Port 86 C, 1000 Bruxelles
Urban Projets
Jusqu’au 25 février
ING Art Center
Place Royale 6, 1000 Bruxelles

ING Art Center