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Publié par le 07.11.2018

Pour sa deuxième exposition, la galerie Pace opère un virage à 90 degrés et se mouille en consacrant une imposante rétrospective, la première, au photographe Richard Avedon. Son parcours bien connu comme photographe mode chez Harper’s Bazaar puis Vogue l’amène photographier les gens, sous toutes leurs coutures. Avec les innombrables portraits de célébrités en noir et blanc qu’il réalise, il va plus loin et soulage son obsession tant de photographier des icônes que de montrer ce qui n’est pas vu : les états d’âme. Ce leitmotiv le pousse également sur la route de l’Ouest américain pour photographier des petites gens qui, eux aussi, portent en eux une histoire digne d’être photographiée.
Par Quentin Arnoux

Organisée par la fondation Richard Avedon, l’exposition consacrée au célèbre photographe américain expose une quarantaine de photographies chargées de regards qui laissent chacune entrevoir une histoire singulière. Mises en dialogue par leur sujet même, on s’attache finalement peu à des considérations esthétiques ou chronologiques pour juger ces photographies. L’exemple flagrant de la représentation d’astronautes faisant face au portrait des American Daughters tisse un lien avant tout thématique. L’âpre concours dans lequel se perdent les Etats-Unis et l’URSS pour atteindre la Lune trouve son pendant avec la course entre l’élite américaine et un peuple désabusé.

Obsession
Avec l’essor du cinéma américain à l’international dès les années 50, de nombreux comédiens accèdent au rang d’icônes et, via leurs films, entretiennent avec le spectateur l’illusion d’une relation de proximité. Richard Avedon développe une obsession pour ces icônes, mais positive toutefois, car elle a pour but de dévoiler l’authentique chez des célébrités au final relativement effacées lorsqu’il s’agit de leur vie privée – souvent moins glamour que l’image qu’elles laissent transparaître. A juste titre, la Marilyn Monroe publique et souriante n’est sensiblement pas la même que celle photographiée par Avedon en 1957 qui, pendant quelques secondes, défaille et offre une expression teintée de la nostalgie et des tourments qui l’habitent. Le portrait d’Andy Warhol et de ses blessures par balles développe également cet intérêt pour une photographie audacieuse, crue même parfois. Finalement, ce n’est pas tant la notoriété du modèle qui intéresse le photographe, mais sa capacité à disposer d’une psyché suffisamment profonde, véhicule d’un vécu, qu’il peut immortaliser et recracher telle quelle sur sa pellicule.

 

Richard Avedon
Galerie Pace
15-17, quai des Bergues – 1201 Genève
022 900 16 50
www.pacegallery.com

©The Richard Avedon Foundation, Andy Warhol,  artist,  New  York, April  5,  1969