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Publié par le 11.12.2017

 

L’ADC, l’association genevoise pour la danse contemporaine, sort d’une période turbulente. Si l’année 2016 fut marquée par la célébration de son passé – cette institution phare de la danse contemporaine en Suisse a fêté ses 30 ans en 2016 (à travers, notamment, la publication d’un excellent ouvrage retraçant l’histoire de la discipline en Suisse), l’année 2017 fut celle du changement. D’abord, avec le dépôt de construction de réalisation du Pavillon de la danse, actuellement à l’étude au Conseil municipal de la Ville de Genève. Deuxièmement, avec un changement à la tête de l’ADC: Anne Davier a succédé à Claude Ratzé, qui prendra désormais les rênes du festival de la Bâtie. Face à tant de mouvement, un regard s’impose sur la première partie de la nouvelle saison, entre tradition, continuité et évolution.

«Bienvenue» d’Eugénie Rebetez

Eugénie Rebetez est entertainment, puissance, énergie à son état pur. Lauréate du Prix suisse de la scène en 2013, elle a été prénommée «La reine de la chair» par la NZZ à l’occasion. Difficile de trouver un meilleur qualificatif face à tant d’opulence dans l’expression corporelle, tant de transgression des codes de la danse contemporaine. Ses créations jonglent avec la voix, le théâtre et la danse en explorant l’humour qui nous transpose dans la chaleur humaine de son Jura natal. Sa troisième création d’envergure – Bienvenue – Rebetez présente un nouveau one woman show au caractère à la fois introspectif et émancipé, où tout est ordre, tout est chaos, équilibre et excès. Une pièce résolument mûre mais qui garde les traits qui rendent cette jeune artiste résolument pluridisciplinaire.

«Sing the positions» de Ioannis Mandafounis et Manon Parent

Le dialogue (le silence, l’engueulade) entre le son et le mouvement constituent un des fondements de la révolution artistique que la danse contemporaine incarne. Mandafounis – un nom qui traverse la programmation de chaque saison non seulement de l’ADC, mais de la danse contemporaine dans toute la Suisse – et Parent, enfant terrible des mouvements et sonorités – signent avec Sing the positions leur propre interprétation de ce binôme. Spontanéité, improvisation, décontraction, oubli de soi – la création nous transposera dans l’univers magique et obscur des boîtes berlinoises, où chacun peut être une star le temps d’une nuit.

Sing the positions ©Gregory Batardon ADC Genève pour Go Out! Magazine

Sing the positions ©Gregory Batardon

«Pink for Girls & Blue for Boys» de Tabea Martin

«Les garçons en bleu, les filles en rose. Les garçons seront pompiers, les filles secrétaires. Les garçons doivent être rapides, les filles doivent être propres. Les garçons marchent à reculons, les filles reçoivent des bonbons… Vous trouvez ça injuste?» Ce questionnement intentionnellement enfantin fait inévitablement penser à #balancetonporc et au Conseil fédéral qui refuse le congé paternité. L’égalité et le respect se font terriblement attendre – et, peut-être pour certains, l’éducation vient trop tard. Alors sensibilisons les humains dès le plus jeune âge! Tabea Martin présente sa création Pink for Girls & Blue for Boys dans cet esprit résolument pionnier et optimiste, digeste pour les petits et bénéfique aux adultes. A déguster sans modération!

Pink for Girls & Blue for Boy de Tabea Martin - Crédits: Helen Ree ADC GENEVE

Pink for Girls & Blue for Boy de Tabea Martin – Crédits: Helen Ree

«Last Work» d’Ohad Naharin/Batsheva Dance Company

Le paroxysme de cette saison viendra déjà en décembre et se jouera, comme la tradition le veut bien, au BFM. Ohad Naharin fait partie des superstars de la danse contemporaine au niveau mondial et positionne Israël, grâce à sa compagnie la Batsheva Dance Company, parmi les global players de la discipline. Bien que connu pour son style explosif – le Gaga – Naharin signe avec Last Work une œuvre qui fait davantage référence à la précision horlogère qu’à l’explosivité intempestive du répertoire de Batsheva. Le passage par la Suisse est aussi, en quelque sorte, un retour aux sources pour Naharin – sa formation a été en partie faite auprès de Maurice Béjart, lors de ses années à Bruxelles. Pour découvrir davantage le parcours – et le style – de ce chorégraphe exceptionnel, nous ne pouvons que recommander chaleureusement le documentaire Mr. Gaga (2015, 100’).

Last Work © Gadi Dagon

Last Work de Ohad Naharin, Batsheva Dance Company © Gadi Dagon

ADC Genève

Salle des Eaux-Vives

82-84 rue des Eaux-Vives

1207 Genève

Certains spectacles sont donnés au BFM