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Publié par le 19.07.2018

─ Je me suis ouvert un 99 l’autre jour, c’était juste au-dessus.
─ Au-dessus de quoi?
─ De tout. Au-dessus des mots même.
─ Ah! Quelle région ? En 99, les Rhône Nord sont sublimes.
─ Me rappelle plus. 99 points Parker, étiquette dorée.
─ (…).

Ben oui, il y’a des vins meilleurs que d’autres. Et aussi certains bien faisandés avec une belle petite note de lacet mouillé. Mais de là à établir une notation représentative de la qualité des vins… Enfin, la spéculation autour des vins rares est aujourd’hui telle qu’il faut bien des experts pour justifier qu’un Château Petrus coûte légèrement plus cher que le meilleur gamay du Beaujolais. Alors que valent les notations des gourous du vin, les médailles de concours et à qui peut-on bien se fier sinon aux divins avis de votre serviteur?

─ La chronique œnologique de Pierre-Emmanuel FEHR

Robert McDowell Parker. Ben oui, il y'a des vins meilleurs que d'autres. Et aussi certains bien faisandés avec une belle petite note de lacet mouillé. Mais de là à établir une notation représentative de la qualité des vins... Enfin, la spéculation autour des vins rares est aujourd'hui telle qu'il faut bien des experts pour justifier qu'un Château Petrus coûte légèrement plus cher que le meilleur gamay du Beaujolais. Alors que valent les notations des gourous du vin, les médailles de concours et à qui peut-on bien se fier sinon aux divins avis de votre serviteur? PAR PIERRE-EMMANUEL FEHR, go out magazine

Robert McDowell Parker

Hey Bob, is sugar good for you ?

Mister Robert McDowell Parker Junior a 21 ans lorsqu’il découvre le vin avec un pinot blanc qui tache à Strasbourg, pour la seule raison qu’il était moins cher que du Coca. Foudroyé par cette révélation (l’histoire ne dit pas s’il a reconnu que c’était du vin), il se lance dans une découverte effrénée du vignoble français. Dix ans plus tard, The Wine Advocate voit le jour, une lettre d’information pour amateurs de vin, qui deviendra la plus célèbre au monde… En primeur, il encense le mythique millésime 1982 à Bordeaux, à l’inverse des critiques de l’époque, qui se révélera un des plus grands du siècle: il peut enfin abandonner son métier d’avocat pour le nectar des dieux. Son influence deviendra telle qu’il fait monter ou plonger la réputation d’une étiquette d’un coup de langue et qu’on le rend responsable de l’uniformisation du goût, les vignerons cherchant à « parkeriser » leurs vins selon le goût du gourou, bien identifiable. Et oui! L’homme qui déguste comme personne (en quantité) aime la sucrosité, le bois, la rondeur et l’opulence… Alors qu’il avait attribué un 100/100 à un Château Pavie 2003, Jancis Robinson, autre prophète UK de la critique, avait qualifié de ridicule l’avis de Bob, en décochant un venimeux: « un porto est meilleur à Porto qu’à Saint-Émilion ». Wouh, ça recrache, mais ça clash. Et oui, les notes de Bob sont le reflet de son goût personnel, mais répondent surtout aux envies du marché américain. Quand on décrypte les presque 500 vins ayant reçu l’onction suprême de 100/100 depuis 1978 jusqu’à la retraite de Parker en 2014, on comprend mieux la crédibilité du soi-disant incorruptible et indépendant critique: pléthore de Napa Valley, Bordeaux et Vallée du Rhône, aucun vin de Loire (son nez assuré à un million est trop fin pour le cabernet franc), presque pas de vin italien (mais un Sassicaia, vous apprécierez… enfin s’il avait trouvé un vin moins cher qu’un café, il aurait peut-être eu un coup de foudre pour le vignoble italien) et quelques Bourgogne qui se courent après (seulement mélangés à du Coca). Une belle success story à l’américaine, un chouïa marketing, pour celui qui se prétend infaillible (lors d’une dégustation de Grand crus bordelais 2005, il a confondu les rives, appellations, cépages, a noté à l’inverse de ses notes publiées et en préférant le vin qu’il avait initialement le moins aimé – oups).

Aujourd’hui, presque une centaine de vins suisses apparaissent dans les notes Parker, dont deux 99 pour Marie-Thérèse Chappaz. Ouf, le vignoble suisse existe enfin sur la carte du monde. C’est rassurant, nous pourrons enfin commencer à boire notre propre vin.

Marie-Thérèse Chappaz, Ben oui, il y'a des vins meilleurs que d'autres. Et aussi certains bien faisandés avec une belle petite note de lacet mouillé. Mais de là à établir une notation représentative de la qualité des vins... Enfin, la spéculation autour des vins rares est aujourd'hui telle qu'il faut bien des experts pour justifier qu'un Château Petrus coûte légèrement plus cher que le meilleur gamay du Beaujolais. Alors que valent les notations des gourous du vin, les médailles de concours et à qui peut-on bien se fier sinon aux divins avis de votre serviteur? PAR PIERRE-EMMANUEL FEHR, go out magazine

Marie-Thérèse Chappaz

Les concours, consensuelle objectivité

La plupart des critiques présélectionnent les domaines et ne les dégustent pas à l’aveugle. Vous avez dit crédibilité? C’est sûr que c’est tout de suite plus compliqué de demander une bouteille à Lafite Rothschild et de lui coller un 79. Et les concours? Là au moins on déguste à l’aveugle, les jurés représentent différentes profession et les critères de notation sont transparents et validés par des organismes officiels. MAIS… revers de la médaille, ce sont les vins qui se goûtent le mieux le jour J qui passent la rampe, en fonction des conditions de dégustation et des autres concurrents. Les résultats sont en général lissés en resserrant l’amplitude des notes et au final, ce sont les vins consensuels qui se distinguent, bien appliqués au premier rang de la classe. Certains malins vignerons ont bien compris les règles du jeu et sortiront à coup sûr quelques bêtes de concours bodybuildées…

La sélection des vins de Genève, bien ou bien?

LE concours des vins genevois vient d’attribuer les médailles de l’édition 2018. Après avoir critiqué les critiques, on va se passer de la nôtre. Alors, quelle crédibilité pour ce concours, qui sélectionne les vins AOC Genève qui nous représenteront dans les autres foires et concours nationaux et internationaux? Ma foi, malgré notre à peine masqué scepticisme pour ce type d’exercice, nous devons saluer les genevoiseries de ce concours auquel nous avons participé. C’est en effet le seul au monde patronné par l’Organisation Internationale du Vin, qui fonctionne sans chef de table! Le Comité d’organisation se base sur les travaux de Julien Fournier et Charlotte Jaggi de l’Ecole de Changins, qui ont constaté que l’influence du chef de table, qui rediscute les notes les plus éloignées des siennes et lime ainsi les différences, est plus dommageable que pondérer de manière égale les dégustateurs plus fantasques. Autre spécificité, les vins sont dégustés dans un ordre différent pour chaque dégustateur, pour lisser l’impact de l’ordre de passage. C’est qu’à la baguette, c’est le méticuleux œnologue Florian Favre, accompagné de l’enthousiaste Christian Guyot, vigneron et professeur à Changins, qui essaie de tendre vers la plus grande impartialité et qualité, notamment en variant la composition des groupes de jurés (professionnels, viticulteurs, restaurateurs, amateurs) selon la technicité des catégories. Il va jusqu’à tenir un historique des notes des dégustateurs, pour juger de leur constance selon l’écart type avec les autres dégustateurs. Là encore, un système qui a ses avantages et ses inconvénients, mais qui démontre une volonté certaine de tendre vers la fiabilité et la crédibilité (et qui au passage permettra de virer un dégustateur trop irrégulier). Une Sélection qui a donc une véritable raison d’être, peut-être moins pour déterminer quels sont les meilleurs vins de notre canton, que pour participer à leur promotion.

Julien Fournier (c)Sabine Papilloud, Ben oui, il y'a des vins meilleurs que d'autres. Et aussi certains bien faisandés avec une belle petite note de lacet mouillé. Mais de là à établir une notation représentative de la qualité des vins... Enfin, la spéculation autour des vins rares est aujourd'hui telle qu'il faut bien des experts pour justifier qu'un Château Petrus coûte légèrement plus cher que le meilleur gamay du Beaujolais. Alors que valent les notations des gourous du vin, les médailles de concours et à qui peut-on bien se fier sinon aux divins avis de votre serviteur? PAR PIERRE-EMMANUEL FEHR, go out magazine

Julien Fournier (c)Sabine Papilloud

Bob à la retraite, à qui se fier?

Antonio Galloni et Neal Martin (Vinous), Jancis Robinson, Stephen Tanzer, Jean-Marc Quarin, James Molesworth (Wine Spectator – au moins lui déguste à l’aveugle), Stephan Reinhardt (The Wine Advocate), Jeannie Cho Lee (Decanter), James Suckling, autant de critiques qui se battent pour la place d’héritier du big Bob. A notre avis, autant de jolis marketers, qui au mieux partagent leur goût qui n’est jamais le nôtre, au pire sont dirigés/influencés par des intérêts divers. Alors à qui se fier, au goût subjectif de quelques dégustateurs plus ou moins sensibles au copinage et à l’hédonisme ou à ceux plus scolaires et consensuels des concours? Well well well, question dirigée! Réponse (subjectivement objective): déguster et se faire son propre avis, car seule notre émotion quantifiera la grandeur d’un vin. Se fier à un critique reconnu ou à un concours lissant au lieu de déguster, c’est un peu comme engager une agence pour trouver son âme sœur ou décider de notre itinéraire de vacances. A chacun ses plaisirs.