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Publié par le 12.02.2019

Suivant New York, Los Angeles et Paris, la galerie Gagosian expose John Currin dans sa succursale suisse à partir du 30 janvier 2019. Il dessine et peint ses figures humaines, et principalement des femmes, en reprenant différents codes et éléments prototypiques, tant de la pop culture que des grands maîtres de la Renaissance. Et si peindre la femme est un sujet particulièrement fécond dans l’art, le peintre américain l’agrémente d’une dose de fantasme inquiétant et crée un nouvel érotisme ambigu.

RETOURNEMENT DU STIGMATE

La femme et l’érotisme ; la virilité et l’homme. Ces deux notions ont souvent été pensées comme indissociables en peinture; l’une exprime visuellement l’autre et l’autre définit la première. Or, la notion d’érotisme ou de virilité fluctue selon les époques et les caractéristiques qu’on leur prête. John Currin veut en proposer une défini- tion contemporaine et, pour ce faire, prend comme sujet d’étude les Américains de la classe moyenne et leur accole les clichés bien établis sur la féminité et la masculinité. Il opère ce que l’on pourrait qualifier de retournement du stigmate. La femme blonde niaise à forte poitrine s’approprie ces clichés et les réutilise pour se définir. D’apparence peu ordinaire, cette manière de procéder présente une femme certes érotisée, mais émancipée puisqu’elle se définit par ce qui la distinguait.

FIGURES ÉROTIQUES

John Currin peint avant tout la femme. L’homme est parfois présent, il n’est là que pour la suppléer. Si les premiers dessins et peintures de femmes sont relati- vement neutres, les œuvres ultérieures illustrent une sexualité latente, voire de la pornographie. La typologie des figures est à mi-chemin entre les Vénus de Lucas Cranach l’Ancien, des pin-ups ou des représentations plus classiques de nymphes. Derrière le rendu léché de ces muses aux faciès figés se trouve un amas d’éléments paratactiques loin d’être chimériques. Les femmes de Currin harmonisent en effet des apports divers. Tantôt dépeinte comme diaphane et lascive, la femme prend par moment les traits d’une matrone austère. Si le corps se résume en un amas de courbes, l’artiste américain les amplifie et offre un rendu parfois pornographique déstabilisant. Les formes s’allongent, les ventres gros- sissent, les visages gagnent en expressivité, mais le sourire se transforme rapidement en rictus. Les poses en contrapposto des figures sont plus exagérées et donnent l’aspect de pantins désarticulés. Les seins sont peints relativement hauts et ces figures tantôt graciles, tantôt voluptueuses, transmettent un pouvoir suggestif au moyen de la ligne sinueuse et de détails apportés aux cheveux notamment. John Currin rassemble tout, ramasse tout et sert tout à la représentation nouvelle d’une femme qui s’impose par sa présence.

John Currin

Du 30 janvier au 12 avril 2019

Galerie Gagosian

Place Longemalle 19 – 1204 Genève 022 319 36 19

www.gagosian.com