Trésors rhodaniens

Musée départemental Arles antique, Statue d’un captif, ©MDAA, Jean-Luc Maby

À Arles, dans le limon du Rhône, une barque renversée et un étrange buste en marbre blanc sont repérés. Si les traits peuvent faire penser à une représentation de l’imperator autoproclamé, d’autres avancent le fait qu’il puisse s’agir d’un gouverneur représenté à la « César ». Prudence, l’identification est toujours sujette à débat. S’ensuivent alors des fouillent qui mettent en lumière l’importance de la ville d’Arles et de son passé commercial sous la République. Plus en amont : Genève, dont l’histoire est intimement liée à César et au Rhône elle aussi. En collaboration avec le Musée départemental Arles antique et le Musée du Louvre, l’exposition César et le Rhône. Chefs-d’œuvres antiques d’Arles propose de revenir en cinq sections sur les œuvres exceptionnelles trouvées dans le fleuve et à Genève, mais également de soulever l’importance commerciale et sociale de ces villes fluviales.

Le glaive et le négoce

Arles et Genève ont toutes deux entretenu un rôle important dans la romanisation de la Gaule transalpine. La première est faite colonie en 46 av J.-C. suite à son refus de soutenir Marseille – qui, à l’époque, se positionnait en défaveur de Jules César lors de la guerre civile qui l’opposait à Pompée – et pour ce faire, bénéficie de la construction d’un port et de nombreuses infrastructures publiques encore visibles aujourd’hui. La romanisation de la ville s’aperçoit également dans l’architecture privée avec la commande de grands ensembles de mosaïques à sujets mythologiques.

La seconde témoigne tout autant de contacts étroits avec la Rome républicaine puisqu’elle est considérée comme un bourg romain (vicus Romanus). En – 58, elle est le théâtre d’un affrontement planifié entre le proconsul et les Helvètes qui tentent de franchir le Rhône pour émigrer en Aquitaine. L’armée romaine détruit le pont reliant les deux berges et construit des fortifications plus en aval du fleuve pour forcer le peuple celte à les franchir, et donc d’être dans son bon droit de riposter et d’envahir la Gaule. Une plaque visible de nos jours sur le Pont de l’Île commémore cet événement qui inscrit Genève dans l’histoire romaine.

Quoiqu’il en soit, l’importance de ces deux villes s’explique principalement grâce à leur emplacement éminemment stratégique. Arles possède un port où les marchandises de Méditerranée arrivent et sont taxées avant d’être redistribuées, tandis que la proximité de Genève avec le Léman et d’autres réseaux fluviaux offre un accès facilité aux territoires septentrionaux. Forcément, les aléas du temps ont précipité divers objets dans ce fleuve qui officie en tant que trait d’union entre les deux villes.

Musée départemental Arles antique, portrait d’homme ©MDAA, Rémi Bénali

Quelques trouvailles

Une barque remplie d’ustensiles de cuisine, de marchandises et de bloc de pierres taillés découverte en 2008 dans le lit du Rhône offre l’opportunité de visualiser la taille des bateaux commerciaux à fond plat qui circulaient sur les fleuves et dont l’apparence longiligne s’éloigne des trières massives qui naviguaient en mer. Pleinement chargée au moment où elle a sombré, cette barque est un fabuleux révélateur de la vie d’alors.

Parmi les objets phares exposés se trouvent notamment de nombreuses statues dont un bronze particulièrement bien conservé d’un captif agenouillé et nu sous les traits d’un Gaulois. Comme la majorité des statues antiques qui sont parvenues jusqu’à nous sont en pierre, il est complexe d’évaluer la part de celles réalisées en bronze, dont la plupart ont, qui plus est, souvent été refondues pour récupérer le matériau d’origine. Une telle découverte est presque un unicum. Le très bon état de conservation de ce bronze du 1er siècle avant notre ère permet d’avancer plusieurs éléments. La taille relativement imposante de la statue et la pose soumise du barbare vaincu – si l’on retient l’hypothèse qu’il s’agit d’un Gaulois – peuvent signifier, d’une part qu’il intégrait un groupe sculpté duquel il a été séparé et, d’autre part, que la personne à qui il se soumet est probablement César.

Et parce que consacrer une exposition à l’art en Gaule sans faire allusion à l’homme fort de la République pourrait être qualifiée de barbare, la figure de César est aussi abordée grâce à un buste en marbre trouvé en 2007 qui le représenterait. La figuration d’un homme d’âge mûr, imberbe et au large front réunit les caractéristiques physiques de l’imperator. L’identification reste toutefois incertaine, car s’il peut effectivement s’agir de lui, il pourrait également s’agir d’un contemporain à la tête de l’administration arlésienne représenté à son effigie. Si cette seconde hypothèse est retenue, elle témoigne de la victoire des modèles esthétiques comme politiques romains en terres celtes.

Genava

Les vestiges de la Genava antique sont aussi mis en valeur – quoique moins nombreux. Si nous ne disposons plus des traces visibles du plan urbanistique antique de la ville comme à Arles, le passé romain est toujours présent malgré tout. Il surgit entre autres grâce aux nombreuses stèles repêchées dans le Rhône ou en ville. L’art épigraphique est une source précieuse pour les historiens dans la mesure où il renseigne sur la vie quotidienne. Toutes les stèles noircies au fil des ans ont été restaurées par le Musée d’art et d’histoire courant 2018 et jalonnent l’exposition pour renseigner sur les affaires administratives et sociales de la population du bourg romain.

César et le Rhône. Chefs-d’œuvre antiques d’Arles.
Du 8 février au 26 mai 2019

Musée d’art et d’histoire
2, Rue Charles-Galland – 1206 Genève
www.ville-geneve.ch/mah

Responsable de la rubrique art

Quentin est responsable de la rubrique art classique et contemporain au sein du magazine. Étudiant en histoire de l’art à l’Université de Genève, il se passionne pour les œuvres de la période médiévale et notamment celles d’art médiéval iranien, bien que son regard fin, parfois caustique, et avisé lui permette également de s’intéresser aux idées modernes plus tarabiscotées.