Musique classique

Schubert en vogue sur le Rhône

avril 19, 2017 9:29 Publié par

Cela fait près d’un an et demi qu’existe la série de concerts «Musique sur Rhône», une formule grâce à laquelle divers musiciens de l’OSR présentent au public un répertoire de chambre, plus intimiste que celui des grandes formations, alliant partenariats avec des artistes invités et découverte des musiciens de l’orchestre dans un cadre différent. Le dimanche 23 avril prochain à 11h, c’est vers un programme 100% schubertien que l’ensemble nous propose d’embarquer. Les musiciens interprèteront un Trio méconnu du grand public, l’Adagio et Rondo concertant en fa majeur et le fameux Quintette en la majeur dit «La Truite». Quoi de mieux, pour un beau matin d’avril, que de se laisser porter par les mélodies d’un compositeur qui a si bien loué la reverdie dans ses Lieder printaniers?

Texte | Jeanne Gressot

Confluence de talents

L’ensemble du jour comptera trois membres de l’OSR et deux artistes invités. Yin Shen fait partie des premiers violons de l’orchestre depuis 2003; Catherine Soris-Orban, altiste, pour sa part musicienne à l’OSR depuis 1988, a été membre du sextuor à cordes de la formation pendant dix ans. Elle est aussi membre du trio Berliwood, qui interprète le répertoire des cabarets berlinois de l’entre-deux-guerres. Parmi les nouvelles recrues de l’orchestre, la contrebassiste Ivy Wong a rejoint le pupitre de contrebasse en 2015 après avoir collaboré régulièrement avec des formations réputées comme le New York Philharmonic. Du côté des artistes invités, le violoncelliste Zéphyrin Rey-Bellet, virtuose précoce dont l’intérêt pour la musique de chambre s’épanouit à présent avec le Trio Renoir (formation ayant pour professeurs prestigieux Ralph Gothoni et le Trio Wanderer), et le pianiste Xavier Dami, qui pratique un répertoire allant de la musique ancienne aux créations contemporaines, qui se produit comme continuiste et musicien d’orchestre au Grand Théâtre, mais aussi en accompagnement de récitals de chant, avec orchestre et en solo.

Trio Wanderer

Trio Wanderer

Au programme

Si Schubert est connu pour ses Lieder romantiques, le compositeur est également l’un des incontournables de la musique de chambre, genre où il excellait et qui représenta un lieu d’expérimentation unique pour ses idées musicales et sa sensibilité. Le Trio pour piano, violon et violoncelle D. 28 en fait partie. Ecrit en 1812, il s’agit de l’unique trio du compositeur en plus des deux fameux de la fin de sa vie (op. 99 et 100). Si ces deux dernières œuvres constituent de véritables tubes (on pense à la bande son de Barry Lyndon de Kubrick, qui a probablement fait entrer le trio op. 100 dans la pop culture), l’ensemble fait ici le pari de donner à entendre une œuvre de jeunesse, moins connue du grand public.

On y découvre une appropriation des langages classiques de Mozart, Haydn et Beethoven dont le jeune musicien viennois était naturellement imprégné, mais aussi une sensibilité propre, un discours à la fois majestueux et intime, des traits d’humour et une fluidité dans la mélodie qui annoncent les grandes œuvres à venir (les cycles de Lieder, les symphonies ou encore le Quintette «La Truite» en fin de programme). L’Adagio et Rondo concertant en fa majeur, écrit quatre ans plus tard, est le témoin d’une période de transition extrêmement prolifique (avec notamment 150 Lieder et deux symphonies). L’œuvre allie la grâce du classicisme aux surprises des modulations expressives dont Schubert avait désormais le secret.

La musique de chambre est aussi, pour Schubert, un lieu rêvé de dialogue entre langages instrumental et vocal. Le Quintette pour piano et cordes en la majeur exploite pleinement ces possibilités: le compositeur y intègre, à la demande du commanditaire, des variations sur le thème de La Truite, – ou Die Forelle Lied très acclamé à l’époque.

Les instruments sont chargés d’exprimer chacun à leur tour le thème de la voix décrivant l’insouciance puis la fin malheureuse de la truite prise à l’hameçon du pêcheur. La présence étonnante de la contrebasse permet de laisser la part belle au violoncelle (instrument que le mécène pratiquait en amateur) et au piano, en les libérant de leur rôle de basse et en leur permettant d’incarner pleinement des passages mélodiques. La guirlande de notes rapides ascendantes au piano, évoquée dans l’ensemble de l’œuvre, est là pour imiter la joie frétillante de la truite qui se fraie un chemin en remontant l’eau claire du ruisseau. Parions que ces jeux aquatiques entreront en résonance avec les eaux du fleuve et que musique et atmosphère se conjugueront pour animer ce voyage matinal en musique des plus inspirants!

Musique sur Rhône 5
Œuvres de Schubert
Dimanche 23 avril 2017 à 11h
Bâtiment des Forces Motrices – Salle Théodore Turrettini
www.osr.ch
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