Musique

Mammane Sani au Bourg

mai 13, 2017 2:18 Publié par

Futurisme pixélisé

C’est un véritable sirocco sonore qui s’apprête à souffler le 16 mai au Bourg. Au programme, une immersion abyssale dans l’univers musical sahélien. Loin du folklore chéri par les chantres de l’ethnomusicologie, la soirée se penchera sur des compositeurs, méconnus ou oubliés, dont les œuvres ont propulsé le répertoire traditionnel à l’avant-garde même des courants musicaux. Leur exhumation, on le doit à une nouvelle génération de défricheurs plus occupée à fouiner dans l’arrière-boutique d’un shop de vinyles qu’à en lécher la vitrine. Des diggers parmi lesquels on trouvera Christopher Kirkley et son brillant label Sahel Sound Record spécialisé dans la réédition de disques introuvables. De la même trempe qu’Analog of Africa, Habibi Funk ou Awesome tapes of Africa, ce dernier s’est progressivement imposé, aux côtés de Mdou Moctar et des Filles de Illighadad, comme une référence incontournable du répertoire moderne nigérien. Ainsi, durant la première partie de la soirée, le documentaire «A story of Sahel sounds», nous plongera à ses côtés dans un périple allant de Portland à Niamey pour ensuite rebondir sur le live de l’artiste d’où il tire sa renommée: le WTF extatique de la saison, le brillant Mammane Sani. Affectueusement surnommé le Dinosaure de l’Orgue, il fait aujourd’hui figure de mythe oublié que l’on redécouvre avec le même ébahissement que face à Atlantide surgissant des flots. Un pionnier de l’électronique des années 70 dont les compositions, minimales, résonnent aujourd’hui sans commune mesure. Immersion.

Texte | Mabrouk Hosni Ibn Aleya

Mammane Sani incarne un paradoxe comme l’Afrique en dénombre tant. Telle une figure mythologique, il est à la fois partout et nulle part. Au Niger, c’est une sorte de légende vivante, sa musique, omniprésente, retentit dans les génériques et les temps morts de la télévision nationale tandis que lui reste discret, presque anonyme. Une situation qui aurait bien pu s’éterniser si, par pure coïncidence, le fondateur de Sahel Sounds Records ne s’était pas réfugié de la chaleur de la capitale nigérienne dans les archives musicales de Niamey lors d’une virée en 2013. Il confiera sur son blog: «L’endroit débordait de CD’s poussiéreux, de cassettes et d’enregistreurs Nagra, celle de Mammane a été la première que j’ai retiré de l’étagère. J’ai autant été scotché par sa cover que sa musique, des compositions étaient simples, oniriques, répétitives mais hypnotiques». La rencontre se fera le lendemain.

Autodidacte, le parcours musical de Mammane Sani remonte aux activités culturelles de sa tendre enfance et se résume en un harmonica puis une guitare avec laquelle il interprétait Hey Joe de Jimi Hendrix. Sa passion pour la musique prendra forme plusieurs années plus tard lorsque, fonctionnaire de l’UNESCO, il côtoiera de multiples cultures durant ses voyages en Afrique, en Europe et au Japon. Un séminaire durant lequel un délégué rwandais leur fit une démonstration d’un orgue de la marque italienne « Orla » marquera un véritable tournant.  Mammane le rachète pour revisiter, dès la fin des années 70, les répertoires folkloriques nigériens. Des chants pastoraux de gardiens de troupeaux aux ballades polyphoniques des Wodaabes en passant par les rythmes du tendé Touareg, ses titres débouchent sur des sonorités électroniques rappelant le minimalisme hypnotique du Clockwerk de J.D. Emmanuel et la synth pop typique de Zuckerzeit dans Cluster. A la fois futuriste et envoûtants, onirique et surprenants, ses titres évoqueraient presque les pixels d’un rite ésotérique exécuté sur Atari. Bref un mythe et un voluptueux OVNI qui restent jusqu’aujourd’hui en avance sur leur temps.

Documentaire sur la vie de Mammane Sani

Mammane sani (Niger)
« A story of sahel sounds »
16.05 dès 20h
Le Bourg
Rue de Bourg 51,
1003 Lausanne
www.sahelsounds.com
www.le-bourg.ch
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