Théâtre

Le Suicidé de Nikolaï Erdman

octobre 17, 2016 4:43 Publié par

Sur la scène théâtrale genevoise, il y a parfois de nouvelles têtes qui apparaissent et attisent notre curiosité. Yann Joly et Bartek Sozanski, metteurs en scène et fondateurs de la compagnie Korpüs Animüs, ont décidé de quitter leurs marionnettes afin de passer à l’échelle supérieure. Leur amour du spectacle et des challenges les a poussés à accepter la proposition d’Eric Devanthéry de travailler sur un dramaturge russe et d’adapter la pièce de Nikolaï Erdman Le Suicidé au Pitoëff. Un projet qui relance le travail commun du binôme et met en lumière une compagnie dynamique et fort sympathique. Go Out! a mené l’interview en agrémentant le tout avec quelques clichés lors des sessions de répétition de la troupe.

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Comment est née la compagnie Korpüs Animüs ?

Bartek Sozanski (B. S) : On s’est rencontrés en 1993 à Charleville-Mézières dans une école de marionnettes internationale. Très vite, nous avons voulu travailler ensemble et on a été comédiens dans la même compagnie. Notre compagnie a été fondée début 2003 avec d’autres personnes au départ, avant de se cristalliser autour de nous deux.

Yann Joly (Y.J) : Nous avons travaillé sur nos propres projets mais nous demeurons tributaires de l’accueil sur les scènes, donc nous avons connu des périodes parfois difficiles. On a été séduit par cette nouvelle proposition et c’est comme ça que la compagnie s’est reformée autour de ce texte.

Vous faites partie de l’espace Mottattom. Est-ce que l’aspect hétéroclite des différentes associations inspire votre théâtre ?

Y.J : Complètement, c’est un lieu qui génère beaucoup de choses, un lieu dans lequel on se sent bien avec des locaux appropriés. Une véritable fourmilière, moins stérile que certaines salles de répétition qui sont mises en location. Ici, il y a une vie et une liberté.

B.S : Et puis, on avait cette volonté de profiter de cette synergie. Pratiquement tous nos projets ont été faits in situ en faisant appel à des forces présentes ici, notamment les comédiens. Nous collaborons parfois avec des personnes extérieures.

Y.J : Ces espaces sont politiques, raison pour laquelle on aime investir le plateau et exprimer ce qu’on a à dire. Il y a une forme de lutte et de combat, comme une prise de risque de défendre un espace comme celui-là. Un tel espace représente du temps pour soi et pour les autres. C’est un vivier propice à la création.

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Vous décrivez votre théâtre comme « loin du réalisme » et « proche du subconscient ». Pourtant, avec Le Suicidé de Nikolaï Erdman, vous sortez de votre répertoire. Pourquoi ?

B.S : Les choix artistiques se font souvent par contraintes. Ici, il s’agit de travailler sur des auteurs russes, à savoir un théâtre qu’on ne connaissait pas vraiment. On a lu pas mal de choses et cette pièce est ressortie. Le personnage central, Sémione, nous a interpellés et on a trouvé qu’il y avait de la matière à travailler. Avec cette œuvre assez réaliste, on cherche à croiser nos univers, sans la dénaturer. C’est peut-être nouveau pour nous, mais il y a de l’espace pour s’arrêter sur l’Homme. On essaie d’élargir l’univers de cet homme qui est pris dans l’engrenage d’un système qui le dépasse et le broie.

Y.J : On ne cherche pas à calquer ce qu’on sait faire. Ce texte nous emmène aussi ailleurs. Dans cette pièce, on commence avec un personnage déprimé, qui passe par tous les états, parce qu’il est manipulé. D’autres personnages essaient de tirer profit de son suicide. Pourtant, au moment où Sémione se retrouve au bord du gouffre, il décide de ne pas y aller, car continuer à exister, c’est continuer à parler. On a donc affaire à différents états d’âme et différents états d’Homme. Un élément qu’on veut traduire sur scène. Oui c’est un texte réaliste, mais c’est un monde complètement fou, c’est notre monde, celui de l’Homme.

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Concernant l’avenir de Korpüs Animüs, vous voulez adapter un roman de Haruki Murakami chez qui on retrouve le côté onirique de votre théâtre. Où en êtes-vous avec ce projet ?

B.S : C’est un très vieux projet qui était resté en stand-by depuis un moment. L’univers nous a beaucoup parlé. Nous avions l’idée folle d’adapter ce roman de 800 pages pour le théâtre. Des rencontres ont eu lieu, des dossiers montés, mais on s’est heurté à une sorte de méfiance. Le texte de théâtre rassure, parce que c’est écrit, parce que les directeurs de théâtre ou le public le connaissent. Alors qu’une adaptation d’un texte reste une création. On n’a donc pas trouvé de personnes qui voulaient prendre le risque de se lancer avec nous. Le projet est mis de côté pour l’instant.

Y.J : C’est le genre de projet qui demande à avoir des moyens, les salaires notamment. On le voit dans cette pièce, on doit jongler un peu partout, s’occuper de la scénographie, de l’administration, etc. Un projet pareil, il faut qu’il soit soutenu. On aime se donner un temps pour la recherche, pour travailler sur le corps, pour explorer des choses avec la musique. Là, les choses sont un peu précipitées, mais les contraintes font qu’on touche à d’autres couleurs. On apprend à se structurer différemment et on est en train de faire plein de découvertes.

Texte: Ameidie Terumalai

Le Suicidé de Nikolaï Erdman
du 7 au 23 octobre.                                                               
Théâtre Pitoëff 
52 Rue de Carouge, 1205 Genève
Réservation:
022 808 04 50
www.korpusanimus.com
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