Huawei nous émerveille

La symphonie n°8 de Franz Schubert revissée par Huawei au Cadogan Hall à Londres le 4 février dernier

La firme de téléphonie chinoise Huawei nous a bluffé lors d’un concert inouï donné dans la salle du Cadogan Hall à Londres en février dernier. L’orchestre de l’English Session Orchestra convié pour l’occasion a joué au public ce soir-là, la fin de la symphonie n°8 de Franz Schubert, composée par une intelligence artificielle. Une grande première, puisque le compositeur autrichien qui l’avait débuté en 1822, ne l’avait jamais achevé, mort quelques années plus tard de la syphilis. Close-up sur ce  coup de génie à graver dans les mémoires. 

L’intelligence artificielle (IA) prend de plus en plus place dans notre quotidien, sans que l’on réalise réellement. Et elle envahit rampement le marché de la téléphonie bien que concrètement cela s’avère assez difficile de vraiment prendre la mesure de ce à quoi peut vraiment servir un réseau neuronal dans un smartphone. Un vrai sujet de société qui suscite autant d’inquiétudes que de fantasmes! L’IA et le machine learning, c’est la promesse de pouvoir automatiser des tâches jusqu’ici réservées à l’être humain : reconnaissance des visages, retouche d’image intelligente, conduite autonome, synthèse vocale, mais aussi expression artistique… mais pas que! Le célèbre constructeur chinois Huawei nous le prouve. Pas toujours là où on l’attend – on se souvient encore de son StorySign, une application visant à rendre la lecture accessible aux enfants sourds –  il revient en février dernier, dévoiler une version inédite de la Symphonie n°8 de Franz Schubert. Plus connue sous le nom de « symphonie inachevée » – parce qu’elle ne comporte que deux mouvements – l’oeuvre est restée incomplète pendant 197 ans malgré plusieurs tentatives infructueuses de la compléter. En février dernier, Huawei a relever le challenge de l’achever en alliant les aptitudes de l’IA présents dans son smartphone Mate 20 Pro et l’expertise humaine pour composer les deux derniers mouvements. Cette prouesse technique musicale a pris vie lors d’un concert en direct au Cadogan Hall de Londres le 4 février dernier. Les 66 musiciens de l’English Session Orchestra ont joué devant un public de plus de 500 convives, présentant pour la première fois cette fin inédite de la Symphonie n°8 de Schubert. Pour l’occasion, la firme chinoise a lancé un site et permet à chacun de télécharger et écouter (MP3 ou WAV) cette « version achevée ». 

La symphonie n°8 de Franz Schubert revissée par Huawei au Cadogan Hall à Londres le 4 février dernier

Cette performance met avant les possibilités offertes par l’intelligence artificielle et la puissance des puces qui équipent et équiperont demain nos smartphones. Mais comment a t’elle procédé pour relever ce challenge symphonique? Après avoir analysé le timbre, la hauteur et la métrique des deux premiers mouvements déjà existants de la symphonie, le modèle d’IA a généré la mélodie des deux mouvements manquants, le troisième et le quatrième. Huawei a ensuite collaboré avec le compositeur Lucas Cantor, lauréat de plusieurs Emmy Awards, pour la création d’une partition d’orchestre à partir de la mélodie obtenue. Le travail de l’IA et de Lucas Cantor fut de proposer deux mouvements supplémentaires, faisant passer l’oeuvre d’environ 27 minutes à 48 minutes. Le compositeur a retravaillé celle-ci durant environ 9 mois pour que celle-ci tende à rester fidèle au style de la Symphonie n°8 de Schubert. Ainsi, la machine a digéré 90 morceaux de Schubert et quelques autres de ceux qui ont influencé le compositeur viennois. Mais bien que les musicologues s’accordent à dire que sur cette œuvre, le musicien avait commencé à explorer un nouveau territoire musical, le passage mélodique de l’I.A ne représentait pas tellement l’univers musical de Franz Scubert. Difficile certes de donner une fin à une oeuvre préromantique, traversée par des tempêtes tragiques et de moments paisibles sans la dénaturer. Au-delà du résultat quelque peu insolite, cette prouesse technique souligne néanmoins un point fondamental : la symbiose entre la machine et l’être humain peut faire des merveilles. Chapeau bas Huawei! 

L’API (interface de programmation) sera disponible sur le site developper.huawei.com pour les plus téméraires qui voudraient répéter l’expérience, pourquoi pas avec Beethoven ou Chopin encore.

https://consumer.huawei.com/ch-fr/

Directrice éditoriale et artistique, co-founder

Née à Genève, Mina Sidi Ali grandit à Alger puis revient entamer un cursus scolaire d’où elle sort diplômée d’un double master des Relations Internationales et de Sociologie à l’Université de Genève. Après avoir sillonné la planète terre, vécu au Japon et en Afrique du Sud entre autres, elle s’unit à l’univers des mots. Entre sémio et typo, elle s’affilie à la galaxie de l’écrit. En 2012, elle se prend à rêver les yeux ouverts et aux côtés d’Olivier Gurtner, reprend les rênes du magazine culturel Go Out! jusqu’en 2016 où elle poursuit dorénavant l’aventure éditoriale seule. Eprise de cinéma d’auteur, d’art contemporain et de design, cette sondeuse de nouvelles tendances voue un amour fou pour sa ville natale et sa généreuse culture.