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Sculpting the Future

juillet 3, 2017 6:51 Publié par

La Galerie Laurence Bernard présente jusqu’au 22 juillet l’exposition au titre énigmatique Light Machines, Part I: How I Built the New World Order on my Balcony. Derrière celui-ci figurent plusieurs créations de l’artiste Koka Ramishvili, né en 1956 à Tbilissi et basé à Genève depuis une quinzaine d’années. Ses créations reflètent une réflexion sur le temps, mais aussi sur le dialogue entre plusieurs médiums comme la sculpture ou la photographie. Au gré d’une rencontre, l’artiste nous livre ici sa propre vision de l’exposition ainsi que quelques clés de lecture de son importante œuvre.

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Koka Ramishvili, Galerie Laurence Bernard, Genève. Photographie: France Bellmas

Dans votre travail, il serait possible de dégager deux thématiques. L’une, d’ordre plutôt politique, qui concernerait vos réalisations vidéos et photographiques et l’autre, qui serait davantage axée sur le dialogue entre les différents médiums de l’histoire de l’art. Percevez-vous aussi ces deux axes ?

Mon travail se trouve surtout en lien direct avec ma biographie. Entre la fin des années 80 et le début des années 90, je me trouvais en Géorgie et le territoire appartenait encore à l’Union soviétique. Quand la guerre civile a éclaté, je ne pouvais plus continuer à employer les mêmes matériaux que ceux que j’utilisais auparavant pour certaines installations comme Gallery (1990-1991), car je n’arrivais plus à être concentré dans un studio. J’ai donc commencé à travailler avec un appareil photo, qui est un outil plus dynamique et que j’ai utilisé pendant une dizaine d’années. J’ai réalisé des oeuvres très importantes à mes yeux, telle que War From My Window (1991-1992). Par la suite, mon travail a connu une évolution progressive et est devenu véritablement important en 2002, lorsque j’ai commencé à renouer avec mes travaux des années 80. L’image a alors occupé une place clé, ce qui est entre autres visible dans Back to the Future présenté à la galerie Mitterand+Sanz à Zurich (2011), où à chaque fois, une couche dessine un paysage et une autre la toile blanche, formant un ensemble figuratif et abstrait.

Travaillez-vous seul ou faites-vous appel à d’autres personnes pour réaliser vos oeuvres ? Je pense notamment à certaines sculptures extrêmement léchées comme Huis Clos de l’exposition Radiance (2014), qui fait penser au minimalisme, un courant au sein duquel les artistes déléguaient volontiers la réalisation de leurs projets.

Mis à part un imprimeur avec lequel je travaille depuis un certain temps, je procède seul, car j’aime être indépendant. Je trouve intéressant de développer les idées plutôt que le travail. J’essaie donc de tout faire par moi-même. En ce sens, je suis plutôt inspiré par l’art conceptuel. Il ne faut donc absolument pas relier mon œuvre aux artistes de l’art minimal.

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Vue de l’exposition. Photographie de Yann Haeberlin

Pouvez-vous nous parler de l’exposition en cours chez Laurence Bernard ? Comment avez-vous travaillé pour celle-ci ?

Il y a deux ans, j’ai réactivé la photographie au sein de ma production après être arrivé à une sorte de verdict sur la peinture: ce médium se trouve toujours au 2ème ou au 3ème niveau de réalité en raison de l’ambre utilisée par les peintres, alors que la photographie se place plutôt au 1er niveau. Pour l’exposition, j’ai créé des sculptures, que j’appelle les « Light Machines », dans l’idée de les photographier à la façon d’une nature morte, tout en accordant une grande place à la lumière. En anglais, « still life » (nature morte) contient le mot « still » (immobile), qui fait référence au passé. J’ai joué avec cette expression en mettant mes constructions en mouvement dans mes photographies.

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Koka Ramishvili, Light Machine: De Chirico with Mooving Brancusi, 2017. Courtesy Koka Ramishvili & Galerie Laurence Bernard

Le titre de l’exposition est à premier abord extrêmement connoté. New World Order (Nouvel ordre mondial) peut notamment faire penser à la théorie de l’écrivain H. G. Wells sur un gouvernement mondial uniformisé, est-ce le cas ?

Ce n’est pas à cela que je fais référence ici. À mon sens, ce sont des hommes que doit émerger un nouveau gouvernement et non des États. Seuls les individus sont responsables pour le monde à créer dans le futur. En travaillant sur les formes, j’ai repris des motifs du peintre De Chirico et me suis inspiré de son atmosphère, qui est proche de celle que nous connaissons aujourd’hui, remplie d’attente de l’inconnu. J’ai également comparé la période actuelle, le modernisme, à l’hellénisme: l’exposition contient des photographies de colonnes que je perçois comme des « Ancient Light Machines » en référence au Temple d’Apollon qui avait été créé pour refléter la lumière. Dans la deuxième salle figure enfin une série de petits tableaux, qui sont eux aussi liés à la photographie. Ils représentent ce que j’ai appris de l’objectif et ce que j’y vois. Ils sont également liés à la musique, disposés conformément à un rythme particulier.

Laurence Amsalem

Koka Ramishvili
Light Machines, Part I: How I Built the New World Order on my Balcony
Jusqu’au 22 juillet 
Galerie Laurence Bernard 
Rue des Vieux-Grenadiers 2 
1205 Genève
www.galerielaurencebernard.ch
www.kokaramishvili.org
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