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Kafka au théâtre

novembre 7, 2016 3:07 Publié par

Du romancier au théâtre, il n’y a qu’une lettre, ou plutôt qu’un metteur en scène. Si Franz Kafka aimait le théâtre, son genre de prédilection fut le roman. Malgré tout, le metteur en scène suisse Daniel Wolf perçoit une théâtralité dans les écrits du Tchèque, notamment dans Lettre au père. M. Wolf noue une relation de longue durée avec l’auteur, puisqu’il avait déjà mis en scène La Lettre en 1984. Il s’éprend de ce texte pour nous en offrir une nouvelle adaptation à la Comédie de Genève, du 22 novembre au 11 décembre, vu qu’il connaît « beaucoup mieux Kafka maintenant ». Rencontre.

Quels sont les obstacles lorsque l’on veut adapter Kafka ?

Ce n’est pas une littérature immédiatement dialoguée, donc il faut rechercher le théâtre. J’ai essayé d’en faire la démonstration l’année passée (à la Comédie) avec le Procès en conservant uniquement les dialogues. Pour Lettre au père, nous n’avons pas affaire à un élément fictionnel, mais à une biographie familiale. La littérature intervient cependant, un sens de la représentation de la loi s’y trouve également, parce que Kafka était docteur en droit et qu’il nourrissait un rapport particulier à la procédure. Tous ses textes possèdent un côté expérimental. Dans ses lettres comme dans ses fictions, il atteint l’universel par le particulier.

Vous avez fait le choix d’une mise en scène avec la présence physique du Père. Pourquoi ?

Il s’agit de mettre en scène des relations, certes fictives, à travers une adresse et une réception, même si elle n’est qu’imaginée. Ce qui m’intéresse le plus, c’est de mettre en scène ceux qui écoutent plutôt que ceux qui parlent. Quand j’écris à quelqu’un, je le vois et donc j’ai envie de le voir sur scène. L’accent est mis sur cette relation du père avec le fils : une inadéquation de la parole s’impose par rapport à l’adresse. D’ailleurs, Kafka a donné La Lettre à sa mère. Entre le père et le fils, un système bloqué s’est créé, que ce dernier essaie d’expliquer en partie à lui-même.

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Le texte de Kafka garde-t-il toute son actualité ?

Kafka est considéré comme l’un des plus grands écrivains allemands du XXème siècle, il atteint une universalité parce qu’il entre très profondément dans la relation, dans ce qui peut s’y passer. Il y a une forme d’abstraction schématique chez Kafka qui s’ancre dans la relation. Le père, c’est un peu une brute : il n’a pas eu le fils qu’il attendait et lui inflige une humiliation, qui paraît universelle. Ce blocage d’une relation à deux donne la force au texte.

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crédits Pedro Neto

Quels sont vos futurs projets ?

J’ai un autre projet avec Kafka, j’ai fait une adaptation qui a été lue ici (à la Comédie) et ce fut un succès concluant. Le projet serait d’en faire un spectacle pour la saison prochaine. De plus, une élève de la Manufacture à Lausanne a monté un roman de Kafka, L’Amérique (qu’on appelle aussi Le disparu), et j’aimerais bien pouvoir présenter les deux romans en diptyque. D’autre part, j’ai été pris de nostalgie, sachant que dans deux mois j’allais devoir ranger tous mes livres sur Kafka. Le fait que je puisse continuer dans ce monde me fait énormément plaisir, de ce fait je n’ai pas à lui dire au revoir. Kafka c’est une inaptitude à l’existence, une sagesse, une clairvoyance.

Texte // Ameidie Terumalai

Lettre au père
Du 22 novembre au 11 décembre
Comédie de Genève
6 Boulevard des Philosophes
1205 Genève
022 320 50 01
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