Ephémère Festival

Hammamet s’embrase !

juillet 20, 2016 5:25 Publié par

A contre-courant des tendances, la Go Out team envoie valser les festivals de masse du vieux continent et se rue tête baissée dans un pays aujourd’hui largement délaissé : La Tunisie. Livrée à elle-même depuis que sa population a eu la curieuse idée de s’émanciper, désertée par sa horde de touristes adeptes de bronzette à œillère et pointée du doigt par les médias tant au niveau de son instabilité politique qu’à celui de sa productivité en matière de djihadistes chevronnés, elle n’en demeure pas moins le fruit d’un bouillonnement intellectuel et artistique.

EPHEMERE FestivalAussi surprenant qu’il soit la liberté d’expression est aujourd’hui bel et bien ancrée dans ce pays : les idéaux fusent, les artistes foisonnent et la soif de changements détonne. Avec l’art comme principal vecteur, une véritable Movida prend forme, déterminée à taillader un conformisme fruit de 54 années de dictature. Emancipation sexuelle, égalité des genres, lutte contre l’homophobie, mépris des dogmes, rejet de l’injustice sociale et de l’impunité raisonnent comme autant de fronts que de sources de création d’une jeunesse déterminée à jouir du présent comme de l’avenir. Dans cette dynamique les habitudes changent, le rapport à la fête et à la musique aussi. Exit les bains de formol façon strass et paillettes distillés par les clubs selects de Tunis ou de Hammamet, les créations musicales se démocratisent par le biais de multiples raves clandestines et festivals.

Dans cette lancée, le Festival Ephémère fait office depuis 2014 de pionnier en la matière. Dispatché en trois jours, il affichait au compteur plus de 5000 festivaliers par jours, 10 installations artistiques et 38 artistes de 15 nationalités pour sa deuxième édition. Éclairage en compagnie de l’électrique Essia Jaïbi, responsable presse et relations publiques du festival.


Ce festival est-il issu de ces raves clandestines qui se déroulaient et se produisent encore en Tunisie ?

Clairement, on en est directement issue de cette culture, le fruit-même de ces raves ! Ce festival s’en revendique puisqu’il nourrit les mêmes idéaux de liberté et d’émancipation avec la clandestinité en moins. Dans ce sens on se perçoit comme la partie émergée de cette contre-culture, comme une invitation au grand public à venir goûter à cette atmosphère si particulière et à faire le grand plongeon.

Quand est-ce que l’idée de fonder un festival a-t-elle germée?

L’initiative vient directement d’Ahmed Loubiri. Ex-directeur artistique d’un club à Hammamet, il tenait à prendre ses distances avec les évènements clubbings formatés et mettre en place une manifestation inspirée des grands festivals internationaux. Petit à petit, un noyau s’est constitué et l’idée a évolué pour viser un seul et même but : démocratiser l’accès à la culture électronique aussi bien dans son aspect créatif que récréatif. Il faut savoir qu’en Tunisie cette dernière est restée au stade de niche, par conséquent notre souhait ultime est que la musique électronique se fonde dans la culture populaire tunisienne pour qu’elle s’en accapare.

Comment le projet a pris forme pour déboucher sur sa première édition en 2014 ?

A partir de rien si ce n’est l’enthousiasme ! Très vite une équipe d’ultra-excités s’est constituées autour de journées de brainstorming, d’apéros sans fin, de rêves délirants et quelque fois de prises de tête débordantes de décibels. D’un côté on ne tenait plus sur place et de l’autre on devait avoir l’air pro. Progressivement notre énergie s’est révélée être contagieuse, les têtes d’affiches étrangères étaient emballées tout comme les partenaires. On a même réussi à secouer l’administration publique tunisienne, un miracle ! Résultat en 2014, on a sabré le champagne : la première édition a vu le jour. En 2015 Éphémère Festival c’était:  5000 festivaliers par jours, 10 installations artistiques et 38 artistes de 15 nationalités différentes dispatchés sur 2 scènes  !

Installations artistiques ?

Le festival ne se limite pas seulement à son aspect purement  festif et musical , il se concentre sur les nouveaux horizons qu’ouvrent la rencontre entre deux cultures:  tunisienne et électronique. Dans le contexte d’émancipation actuel, ceci  a un impact considérable sur les démarches d’artistes Vj, plasticiens, performeurs etc.. Par conséquent, chaque année nous effectuons des appels à projets englobant toute les disciplines.

Ce festival est-il, quelque part, un des fruits de la révolution tunisienne ?

Tout à fait ! Une véritable explosion artistique a suivi le désert culturel que maintenait le pouvoir de Ben Ali. A part le bouillonnement de quelques artistes alternatifs durement réprimés, rien ne venait troubler l’image de la carte postale que faisait miroiter le régime. Aujourd’hui, nos artistes bénéficient d’une liberté totale de création lors du festival. Chose inimaginable avant que Zba (Acronyme de Zine el Abidine Ben Ali) ne s’barre (rire). Aujourd’hui rien n’est acquis, on continue à se battre avec un contexte pas toujours des plus avenant. Face aux attentats de Bardo et Sousse en 2015 et la crise économique, on a du faire face à l’annulation d’artistes étrangers et aux soucis financiers de nos festivaliers qui ne pouvaient plus se permettre de venir. Malgré quelques annulations, la majorité des artistes se sont révélés être encore plus motivés à se produire, et les festivaliers se sont montrés à l’image-même du tunisien moyen : un irréductible assoiffé de la vie. Qu’importe la peur ou le porte-feuille vide, ils sont venus et nous, on a tenu.

Nous en sommes aujourd’hui à la troisième édition, comment le festival a évolué ?

Il s’est mué à la fois en une plate-forme et en tremplin. On a fait en sorte qu’un échange s’installe entre les artistes locaux et internationaux. C’était le but que visait  notre programmation, celui de mettre tous les artistes sur même pied d’égalité qu’importe leur renommée ou provenance et on a agrémenté le tout de workshop.  Les diverses influences se mélangent ce qui a pour effet d’ouvrir toujours plus nos artistes émergents et de nourrir leur créativité.  A terme on ambitionne clairement à se muer en un incubateur artistique.

     www.ephemere-fest.com/ Du 19 au 21 août /Hammamet – Tunisie

   A suivre: line up de l'Ephémere Festival 
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