Chutes Spatiales et Spéciales au Poche

Du 4 février au 17 mars se donnera au Théâtre de Poche La Chute des Comètes et des Cosmonautes, une pièce écrite par Marina Skalova, mise en scène par Nathalie Cuenet et jouée par Christina Antonarakis et Fred Jacot-Guillarmot. C’est l’histoire d’une astrophysicienne et de son père qui font Paris-Moscou en voiture, l’une avec une déception sentimentale, l’autre avec un sentiment de déracinement profond. Les deux s’embarquent dans un voyage qui s’éloigne de la réalité de la route pour s’envoler et faire les comètes de la fille se rencontrer avec les cosmonautes soviétiques déchus, symboles suprêmes, dans une chute bien humaine.

Morceaux choisis de notre rencontre avec les deux acteurs, Christina et Fred.

On va commencer par des présentations, votre parcours théâtral ?

(Christina) Je m’appelle Christina Antonarakis, j’ai 28 ans, j’ai grandi à Genève mais suis née aux États-Unis en étant d’origine grecque. Je suis dans l’Ensemble du Poche cette année, je joue dans cinq pièces et celle-ci sera la quatrième à tous les deux. Après le collège, j’ai fait le cours Florent puis suis revenue à Genève pour étudier lettres, philo et cinéma. Ensuite, avant le Poche, je suis passée d’abord par Am Stram Gram pour un job d’étudiante, et dès la fin de mon bachelor le directeur Fabrice Melquiot m’a proposé des rôles. J’ai joué ensuite au théâtre Saint-Gervais, à Pitoëff pour ensuite être prise dans l’Ensemble.

(Fred) Je m’appelle Fred Jacot-Guillarmot, j’ai 47 ans, j’ai fait ma formation au Conservatoire de Lausanne, à la SPAD (Section Professionnelle d’Art Dramatique), avant la Manufacture qui est maintenant la Haute École de Théâtre. J’ai fini mes classes en 2000 et depuis, j’arpente. Il semblerait que je sois réputé pour mon intérêt pour la langue. C’est lié à mes origines théâtrales, avec Marc Liebens, grand metteur en scène belge, avec qui j’ai travaillé une dizaine d’années. Il avait une exigence folle sur la langue et la pensée, tout autant dans le classique que le contemporain, ce qui m’a poussé à me concentrer sur ce point précis.

À propos de spécialisation en tant qu’acteurs, comment vous voyez la chose ?

(Christina) J’espère que cela n’arrivera pas, pour l’instant ce n’est pas dans mes objectifs de me restreindre à un type de pièce en particulier, à l’inverse de ce qu’on entend à propos des rôles au cinéma qui parfois sont dévolus toujours aux mêmes profils. J’ai travaillé comme Fred avec Fabrice Melquiot, donc avec un travail sur les textes directement, la langue et les artistes contemporains.

(Fred) De mon coté ça s’est fait un peu par hasard, mais c’est vrai qu’on me qualifie d’acteur assez expérimental, c’est-à-dire que je me passionne pour des projets de recherche, de forme, de langue, ce qui est ailleurs génial avec le Poche. La transdisciplinarité avec la musique et la danse par exemple. Dans l’expérimental, il y a plus de questions et moins de réponses, et même si on est obligé de le théoriser un peu, le théâtre c’est avant tout faire, il faut faire et ne pas essayer d’arrêter la recherche.

Au sein du Poche, vous avez fonctionné tant en “cargos” qu’en “sloops”, que renferment ces appellations nautiques ?

(Fred) C’est un temps de répétition différent, le cargo c’est un laps plutôt classique de six semaines, alors que le sloop c’est plus court, entre deux et trois semaines. Il y a avec le sloop une certaine urgence, moins de temps pour fignoler des détails, de satisfaire l’ego.

(Christina) Avec l’Ensemble c’était quatre semaines avec des journées très courtes puisqu’on jouait le soir l’autre pièce ! Le lendemain de la première on commençait à répéter la suivante, un peu comme des marins qui font un quart, puis se reposent et ainsi de suite.

Dans la pièce La Chute des Comètes et des Cosmonautes, on a deux monologues qui essaient de se trouver, c’est ça ?

(Christina) Il y a bien des dialogues, mais c’est vrai aussi des monologues dans lesquels on ne s’entend pas, d’autres où l’on se croise sans se croiser, et à mesure que la pièce avance les pensées de la fille et de son père se rapprochent. C’est l’histoire d’une chute où les deux vont choir chacun à leur manière et la gravité va finir par les rassembler.

Qui est la comète et qui est le cosmonaute ?

(Christina) Je pense que le cosmonaute c’est Fred (rires) !

Quand vous avez su quel personnage vous joueriez, qu’est-ce qui a fait le plus écho en vous ?

(Christina) Quand on est allé faire la lecture des pièces en juin dernier à Berne, j’ai constaté que Marina Skalova, l’auteure, devait avoir plus ou moins mon âge, et elle vient d’ailleurs et vit ailleurs donc là déjà ça résonnait. Ensuite la relation fille-père; moi je m’entends bien avec mon père mais il y a aussi ce choc des cultures entre la Grèce, les États-Unis et la Suisse, le choc des générations.

(Fred) La brisure du père dans la pièce, c’est l’histoire avec un H majuscule, la chute de l’URSS et son départ en France. Je trouve beau parce qu’on oublie à quel point la grande peut briser les petites histoires, déstabiliser des gens. Mais la beauté c’est aussi de se souvenir de ces grands mouvements qui ont eu tellement d’influence, qui ont inspiré tant de gens sur tant de plans simultanés.

La chute des comètes et des astronautes
Du 4 février au 17 mars

Théâtre Poche / GE
7, rue du Cheval-Blanc – 1204 Genève
022 310 37 59
https://poche—gve.ch/

Rédacteur-en-chef

Versatilement stable mais impermanence-curieux, l’animal ayant choisi l’anthropomorphisme pour réussir dans la vie, il tente tant bien que mal de s’y adapter. Amateur d’extase protestante et de rationalité tribale, c’est porté par des concepts dont tout le monde se fout qu’il arpente le rédactoriat du présent média histoire de modestement représenter tant les atours que la simplicité de la vie culturelle locale.