Haute-couture

Rodrigo Matheus réinvente les vitrines Hermès

mai 13, 2017 9:05 Publié par

Depuis avril dernier, des objets hétéroclites et historiques, des selles aux mors de cheval en passant par des outils d’artisan, se déploient comme un bouquet de proses dans les vitrines de la boutique Hermès sise rue du Rhône. A la croisée de l’art et du savoir-faire, cette exposition donne vie aux vitrines en happant le regard du passant. Ici, l’univers racé de la maison parisienne convie à un véritable théâtre de rue. La scénographie signée Rodrigo Matheus à qui Hermès a donné carte blanche les yeux fermés pour les rouvrir avec rêverie quelques mois plus tard s’intitule Entr’actes. Avec pour prisme « Le sens de l’objet », l’artiste brésilien s’est associé à l’univers littéraire de Lucrecia Zappi pour créer une rencontre poétique entre les objets historiques du Conservatoire d’Hermès et la nouvelle collection 2017. Le binôme pose un regard contemporain dans l’univers d’une enseigne presque bicentenaire avec un très bel hommage au travail de l’artisan et à ses outils. Visite privée éthérée aux côtés de Rodrigo Matheus.

Texte | Mina Sidi Ali

18403957_10158704062055504_7822440304051256022_oProposé comme une véritable métamorphose théâtrale, le parcours de votre exposition débute dans la première vitrine par un tableau des outils à maroquinerie datant de 1930…

C’est le premier tableau qui m’est venu en tête lorsque j’ai effectué mes recherches au Conservatoire d’Hermès. Parce qu’il représente le point de départ dans un atelier, les possibilités de la matière première. Tous les outils ci-présents appartiennent à un artisan. Ensuite sont présentés des assemblages, très variés, d’autres pièces historiques du Conservatoire, de produits actuels de la maison en interaction avec de supports transparents. La sélection a pris beaucoup de temps, car il a fallu définir les tableaux en combinant les éléments du Conservatoire aux produits des collections ainsi qu’aux sculptures acryliques imaginées comme des paysages ou des horizons. Ce qui m’a surtout plu dans ce projet c’est de pouvoir mettre en exergue des objets que personne ne voit d’ordinaire. Hermès a pris un très grand soin de son patrimoine historique. Et j’ai été vraiment honoré de pouvoir accéder à leurs archives : le Conservatoire est un lieu que peu ont eu la chance de visiter.

18449663_10158704061715504_4165829564368019474_oComment s’est déroulée la collaboration avec Hermès ?

Comme une évidence ! Nos univers sont très connectés et j’étais honoré de pouvoir collaborer avec cette prestigieuse enseigne qu’est Hermès. Avec elle, j’inaugure ma première scénographie de vitrines. Cela bouleverse mes habitudes de travail et les conditions qui en découlent. Cela permet également de m’ouvrir de nouvelles perspectives artistiques. Je ne suis plus enfermé dans un cube blanc, chapeauté par une institution culturelle que ce soit une galerie, un musée ou une foire d’art. La notion d’espace se métamorphose. Ici, Hermès m’a totalement fait confiance en me laissant carte blanche. J’ai été totalement libre dans mes propositions. Avec ce projet, j’ai saisi davantage l’ADN de la marque, ce qu’elle représente au-delà de la sphère fashion, son aptitude à se renouveler tout en conservant une identité forte empreinte de tradition et de savoir-faire.

18491830_10158704061290504_2557324775112512328_oVous avez pris l’initiative de convier à votre exposition, une écrivaine : Lucrecia Zappi. Pourquoi ce choix ?

C’était très important à mes yeux de pouvoir unir la forme, la fonction et le sens des objets. J’ai décidé d’y ajouter une touche curatoriale en conviant Lucrecia Zappi. Elle a ainsi crée des textes très poétiques conférant aux divers tableaux une touche lyrique. Cela permet de projet le visiteur dans une autre dimension.

Pourquoi avez-vous opté pour Entr’actes comme titre d’exposition ?

La référence aux lumières changeantes de la journée, vient de l’origine de l’expression « entracte », petit spectacle entre les actes destinés à remplacer les bougies des chandeliers au théâtre. Les divers tableaux se perçoivent différemment en fonction de la lumière du jour et ceux artificiels projetés de l’intérieur des vitrines. Il y a une véritable conversation qui naît entre les espaces extérieures et intérieures, entre la sphère publique et privée.

Jusqu’au 7 juin 2017
Entr’actes
Hermès
Rue du Rhône, 1201 Genève
www.hermes.com
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